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Peindre

Galerie mica

Culture : 8 Fév 19:00 - 9 Mars 19:00
Peindre
Peindre. Qu'un groupe d'artistes choisisse de se réunir pour exposer sous un tel intitulé en dit long. Long sur les appréhensions quant aux dénominations sclérosantes, long sur l'importance de la pratique, long sur la préséance du faire sur le produit fini ; ne pas se dire peintre mais affirmer que l'on peint. Six artistes de la région rennaise ont convié deux jeunes diplômés brestois à les rejoindre autour de ce terme bref, entre description et injonction, pour énoncer une actualité de cette pratique autour de laquelle tant de théories se mêlent.
Karim Ould joue de l'abstraction trouvée en présentant un vrai-faux monochrome blanc à l'horizontale: isolant la part abstraite d'un plateau de Monopoly, il en reproduit les cases par un léger relief de démarcation. Posée sur une sorte de châssis développé en volume pour se faire socle, la toile affirme une certaine matérialité de la peinture, à la fois plastique et, pourrait-on dire, réaliste. Ce réalisme oxymorique de l'abstraction trouvée nous mène à l'hyperréalisme développé par Jean-François Karst dans ses reproductions de planches de bois (veiné massif ou aggloméré façon OSB ou triply, c'est selon) à la gouache sur des plaques de placoplâtre. Quand la peinture singe la décoration pour venir tromper l'œil de ses matériaux pauvres, elle duplique le réel de toute sa force de persuasion. La peinture est d'ailleurs, pour Marine Bouilloud, « de la couleur qui vient révéler une surface ». Elle souligne l'espace qui l'environne autant qu'elle se désigne elle-même, et tout particulièrement avec Garden Party où elle déploie ses couleurs en un objet sinueux qui ouvre autant qu'il clôt un territoire visuel pour le moins fugace. Muriel Taragano parle, quant à elle, de la peinture comme d'une expérience physique intense, le territoire visuel s'étendant pour elle au corps entier, réceptacle des ondes colorées jusqu'au plus profond de ses centres énergétiques. Elle tente ainsi, avec La couleur comme objet spécifique, de matérialiser l'influence des longueurs d'ondes sur les différentes parties du corps en mêlant pour cela des préceptes scientifiques et esthétiques.
Est-il possible de « bien voir » une peinture? Celles de Pierre Galopin semblent en tout cas réfractaires à une perception trop immédiate. Les vernis teintés qu'il utilise – ici un vernis bitumineux et un autre à l'eau – viennent s'affronter en une réaction chimique sur la toile avant de jouer les trouble-fête rétiniens. Forcément aléatoire, la peinture se définit ici, sur ces toiles sans titres, par la négative : les matières s'opposent, les couleurs se détachent.
« Le tableau n'est pas à voir, il sert à se déplacer, au plan de la sensation comme de la pensée. C'est un moteur. Il n’a en ce sens, comme instrument, d'autre valeur que son usage. »1
La toile reste brute dans les compositions de Jean-Benoit Lallemant, privée d'images comme pour en signaler la surabondance dans notre quotidien numérique. Elle vient incarner des données par essence fluctuantes, les fixer pour un temps sous la forme d'un réseau de cases vides reliées par un simple fil tiré de l'une d'elles. Le champ de la peinture confine à la sculpture dans les œuvres du jeune Dorian Leroy qui s'inspire autant de tableaux historiques (Les Sabines) de David que d'objets ou de structures de notre environnement (carillons domestiques, murs d'escalade…) dont il extrait les trames géométriques pour produire des volumes à la beauté dépouillée. Hélène Cressent, toute juste sortie comme lui des beaux-arts de Brest, travaille, quant à elle, la peinture dans sa dimension archéologique, passant de la restauration sur site d'une peinture murale publicitaire ancienne à ce qu'elle nomme un « wall gratting ». Elle ponce pour cela les couches successives de peinture d'un mur de l'espace d'exposition sur la largeur d'un lé de papier peint de manière à découvrir les traces des expositions antérieures. Et, au plus profond de sa perquisition, elle vient graver un motif lié à l'histoire du lieu. Peindre donc, pour mieux dépeindre.

1 Catherine Perret, Olivier Mosset, Ides et Calendes, 2004, p. 114.

Aude Launay

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En ligne 566 visiteurs / 0 membre - Mis à jour le lundi 22 décembre 2014

Crédits : Réalisation Le Studio T sous eZ publish

Photo (panoramique fond de page) : Photographe Christophe ALLAIN