Juge d'instruction : Une passion éprouvante
A 32 ans, Isabelle Pavanelli est « l'homme le plus puissant de France ». De son bureau brestois, la juge d'instruction coordonne une centaine d'enquêtes impliquant assassins, trafiquants de drogue ou violeurs présumés.
Elle est à l'origine du plus gros procès pénal jamais organisé en France. Isabelle Pavanelli fut l'une des deux juges chargées d'instruire le dossier de pédophilie d'Angers : 66 accusés, 45 victimes, 26 mois d'instruction, et quatre mois et demi de « procès exemplaire ». C'est le dossier qui l'a le plus marquée. « Parce que les faits étaient atroces et que des mères, ce qui est rarissime, y ont activement participé », souffle-t-elle. Angers, ce fut aussi son premier poste, dès la sortie de l'Ecole nationale de la magistrature (ENM), en 2001. Elle avait 27 ans.
« Seul un homme peut comprendre »
« Cela fait peur au départ », confie-t-elle. Faire face à des meurtriers, des violeurs, des trafiquants de drogue présumés, diriger des enquêteurs, ne pas se tromper... « On ne peut pas dire pour autant que ce soit plus difficile que de gérer un droit de garde d'enfant dans une situation conflictuelle, ou une affaire de servitude de passage en Corse... », relativise-t-elle. Vis-à-vis des enquêteurs, elle n'a jamais senti de défiance ou de méfiance. « Une femme magistrat, c'est devenu normal. A Angers, quand je suis arrivée, les quatre postes de juge d'instruction étaient occupés par des femmes. A l'ENM, dans ma promo, nous représentions 70 % de l'effectif (*). Et ce n'est pas quelque chose de nouveau ». Certains mis en cause, en revanche, semblent avoir du mal à accepter que l'autorité puisse être représentée par une femme. « Il n'y a jamais de réflexion, bien sûr. Mais des attitudes, de l'agressivité. Une fois seulement, un homme m'a dit qu'il aurait préféré avoir affaire à un homme car " seul un homme pouvait le comprendre " ». C'était pour une affaire de moeurs.
La carte de la séduction : mauvaise pioche
D'autres tentent de jouer sur la fibre maternelle. « Pensez à mes enfants ! Vous êtes maman, vous pouvez comprendre. Ne m'envoyez pas en prison ». Plus rare encore : la carte de la séduction. « Cela m'est arrivé une fois. J'étais juge d'application des peines. Le condamné que j'avais en face de moi ne voulait absolument pas aller derrière les barreaux. Il a tout essayé pour y échapper : la corruption, l'intimidation et la séduction ». Rien n'y a fait. « Ne pas se laisser entraîner sur un terrain qui n'aurait rien à voir avec l'instruction ». C'est la règle. Cela ne l'empêche pas de mal dormir certaines nuits. Cela ne l'empêche pas non plus « de sourire, de serrer la main des mis en examen, de demander s'ils vont bien ». « Pas vraiment féministe », Isabelle Pavanelli estime que la Journée de la femme n'est « pas une très bonne idée ». « Cela donne l'impression que nous sommes une minorité ou que nous sommes à part ». La parité ? « Dans la magistrature, ce sont plutôt les hommes, moins nombreux, qui devraient la demander ! », s'amuse-t-elle. Un bref sourire avant de poursuivre : « Pour les postes hiérarchiques, en revanche, il y a vraiment très peu de femmes. Alors oui, vu la lenteur avec laquelle évoluent les mentalités, s'il faut passer par une parité stricte pour ces postes-là, je suis pour le recours à une parité stricte. Vous en connaissez beaucoup des femmes procureur général, vous ? ».
* Ces dix dernières années, le pourcentage de femmes admises à l'ENM a régulièrement franchi les 75 %, sauf exceptions, comme, par exemple, en 2005, où il n'était « que » de 70 %. Mais en 2006, il est remonté à 78,80 %.






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