Suivez le guide. Julien, les yeux du sillon
Chaque jour, à la belle saison, il y pose les pieds et le regard : Julien Houron, garde animateur, connaît chaque pouce du sillon du Talbert. Un long cordon de galets de trois kilomètres qui serpente dans la mer en direction de l'île de Bréhat. Un univers rare et menacé. Raison de plus de le faire découvrir. Pour mieux le protéger.
« Le but de la sortie est de se réapproprier le sens de l'observation que l'homme moderne a perdu », explique Julien à la quinzaine de personnes prête à partir à l'aventure en ce jeudi matin ensoleillé. Et quoi de mieux pour observer qu'un observatoire ? Celui de Crec'h Maout, qui surplombe une immensité de cailloux : à l'ouest, l'estuaire du Jaudy et trois taches sombres, les îles Rouzic, Malban et aux Moines ; au large, le phare des Roches Douvres et, à l'est, le fameux sillon. « Mais il faudra patienter avant d'atteindre l'Eldorado ». La quête du cordon passe par une marche initiatrice le long du sentier côtier. C'est loin d'être une punition tant le paysage en met plein les yeux. Des yeux sollicités par le guide qui en profite pour parler de la lande, en voie de disparition, des conséquences de la plantation de résineux sur la biodiversité. Et cette herbe fine et souple, qui incite à la sieste ou au pique-nique ? « C'est la pelouse du littoral », explique Julien, « ici, elle n'est pas en très bon état ». « Chez nous, à Ouessant (29), elle est belle », ajoute un jeune garçon, l'oeil affûté et pas le dernier à se précipiter quand l'animateur installe sa longue-vue.
Ne pas nettoyer les plages
Ea tombe bien car ça piaille dans les rochers : huîtriers pies, aigrettes ou goélands s'en donnent à coeur joie ; l'heure du casse-croûte ou l'observation amusée des bipèdes qui s'agitent sur le sentier ? En tout cas, du côté des humains, Julien relève la présence de goélands cendrés, en provenance de Scandinavie et de bécasseaux de l'Arctique, premiers signes de migration hivernale. En attendant, ça commence à cogner sous les chapeaux et casquettes. Petite halte près d'une falaise où nichent des hirondelles, non loin de leur supermarché : la laisse de mer, ces algues abandonnées par les flots et riches en insectes. « C'est pourquoi il n'est pas bon de nettoyer les plages ». Finalement, à force de flâner, le voici, le sillon. Quelques participants à la balade en profitent pour réserver le repas au restau du coin.
30 t de galets s'envolent
L'exploration peut commencer. Au début, du sable qui gagne inexorablement du terrain : à l'origine, le cordon de galets (tombolo) était relié à la côte, jusqu'aux îlots du Talbert. Puis, sous l'action des marées, il s'en est séparé, mais on ne connaît pas l'époque exacte. « En revanche, il est certain que la flèche a commencé à onduler au XVIII e siècle », explique le guide. Autre certitude, c'est au XX e siècle que l'homme a abîmé ce que la nature a mis des centaines de milliers d'années à construire sous l'action de deux courants (du Jaudy et du Trieux) et de la houle du nord-ouest. Les occupants allemands mais aussi les artisans ont largement puisé dans les stocks de galets. « Aujourd'hui encore, les promeneurs emportent comme souvenir 30 tonnes de galets par an ! » Et comme les enrochements réalisés dans les années 70, pour protéger le site, ont créé l'effet inverse, la houle emportant les galets, le site est aujourd'hui menacé d'éclatement. « Ce qui serait une catastrophe pour le littoral » ; d'où des mesures draconiennes de protection, depuis trois ans : « Les enrochements ont été concassés en galets et déposés en arrière du sillon, afin d'accompagner son mouvement (un mètre par an) ». Par ailleurs, fil de fer et ganivelles canalisent le flot des visiteurs ; en deux ans, la végétation a presque repris sa place, « mais les gens ont toujours tendance à marcher sur les oyats ; regardez ce sentier pirate », commente Julien. « Un sentier de pirates, où ça ? », demande aussi sec le jeune Ouessantin à son frère.
Le sillon bleu
Ces pirates-là sont surtout dangereux pour les chardons bleus (72 recensés) qui commencent à réapparaître : « Les gens du coin se rappellent, qu'à une époque, le sillon était tout bleu >». En passant, c'était aussi le nom de la boîte de nuit locale. En tout cas, mieux vaut marcher sur l'estran, conseille Julien. Ce qui évitera de toute façon de se fouler les chevilles et d'écraser le nid de gravelots à collier interrompu, invisible dans les galets. Petite pause ; on s'assoit ; l'animateur en profite pour sortir des trésors de son sac : une aile de raie - « un petit requin, en fait. Ici, il n'y en a aucun de méchant ; même le pèlerin de douze mètres ne mange que les crevettes » -, une belle coquille d'oursin et une mandibule supérieure de pingouin des Sept Iles. « Des phoques ? Oui, l'autre jour, il y en a un qui est venu jouer avec un pêcheur ». Mais pas de farceur, ce matin-là. Le soleil tape ses douze coups. Gare au coup de bambou. Il est temps de reprendre la marche, avant de bifurquer vers la côte, non sans force haltes, via une vasière, à mi-sillon. Là encore, un riche prétexte à observations. Puis retour au point de départ. Il est 13 h 30 : « Quatre heures ; la sortie a duré plus longtemps que d'ordinaire. Le groupe était réactif », confie Julien. Plus que trois visites et le jeune homme, employé par la commune de Pleubian (22), jusqu'à fin août, devra, lui aussi migrer, vers un autre travail. Aucune certitude pour l'instant. Mais Julien aimerait bien ne pas se sentir éternellement un oiseau sur la branche et que ses connaissances du terrain et en biologie des populations s et des écosystèmes soient plus largement exploitées.
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Sorties : vendredi, à 9 h 30 ; mardi 28, à 13 h 15. Inscriptions au 02.96.22.16.45. Gratuit.





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