L'oiseau rare des Sept Iles
Les Sept Iles, au large de Perros-Guirec, abritent de nombreux oiseaux rares ou remarquables : macareux, pingouins, fous de bassan et... André Connan, le « matelot bavard ». Un marin animateur qui justifie, à lui seul, la visite de la réserve.
On ne sait par quel sortilège ce commerçant en chaussures, puis tenancier de bar, a posé son sac à bord des vedettes des Sept Iles, par un beau matin de 1994. En tout cas, Dédé s'y est plu : brevet de pilote, de mécanicien... l'homme a fait ses classes et est resté, pour le plus grand bonheur des passagers. « Bonjour madame, donnez-moi la main... » Courtois, André est omniprésent dès la coupée du Fou-de-Bassan II. « L'accueil, c'est mon domaine mais je participe aussi aux manoeuvres. De plus, je vérifie les niveaux d'huile, d'eau et de gazole. Elémentaire pour éviter de rester en carafe en pleine mer ». Mais ce sont les passagers qui font l'objet des petits soins du « matelot » : « Il faut rassurer quand la mer n'est pas confortable. E l'inverse, quand c'est calme, il faut tempérer les intrépides qui veulent faire des acrobaties ».
« Un trésor unique »
« On veut faire profiter les gens du sentiment de liberté qu'on éprouve à bord d'un bateau. Et puis ce qu'ils vont voir là, c'est comme à Thalassa ou Ushuaïa mais en vrai ! ». Le Fou-de-Bassan II prend son envol sous la conduite de Laurent, capitaine âgé de 27 ans, vers les Sept Iles magiques. « Ce que vous allez voir est un trésor unique en France. Plus de 40.00 oiseaux... » Dédé, micro au menton, a, lui aussi, tel un albatros, pris son envol. Plus rien ne l'arrêtera. Surtout pas les questions. « Pourquoi les oiseaux sont là ? Pour faire un bébé, puis on ne les revoit plus pendant quatre ans ».
Pas fous les fous !
Cap sur l'île Rouzic : une myriade de taches blanches, des milliers de becs, tournés vers la même direction. « Ce n'est pas pour l'apéro, c'est pour défendre le garde-manger ». Dure loi de la nature : le grand goéland marin, c'est le plus fort. Et pas gêné : « Hier, il est venu prendre les chocos dans les mains des gamins ». Et ça, faut pas toucher aux gamins : « C'est eux qui sauveront le monde des catastrophes écologiques ». Pas fous les jeunes. C'est comme les fous de Bassan : « Les marins croyaient qu'ils étaient frappés car ils plongent comme des fous, à 100 km/h, sur les poissons jusqu'à 10 mètres sous l'eau. Quand ils remontent, ils n'ont rien dans le bec. En fait, ils ont déjà avalé leur casse-croûte pour ne pas susciter la convoitise des goélands ».
Gentils requins
« Regardez, des macareux ! » La proie rêvée des goélands : « C'est pour cela que leur dos est marron, pour que les prédateurs ne les repèrent pas quand ils pêchent ». Déjà qu'il n'en reste plus beaucoup : « 20.000 couples en 1900. Les hommes les ont décimés au ball-trap. C'est ce qui entraîné la création de la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux), en 1912. En 1967, ils étaient à nouveau 7.000, mais la marée noire du Torrey Canyon les a décimés. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 120 couples ». « Dédé, regarde à bâbord ! » Le patron a repéré un phoque sur les rochers : « Ils sont 30-35 dans le secteur. Ils vivent en harem ». En revanche, pas de requins-pêcheurs, aujourd'hui : « Ils sont gentils mais font 6-7 mètres. Ea semble tellement irréel, ici, que les passagers pensent que c'est un gag ! »
Moines, pirates...
L'île aux Moines, elle, n'est pas non plus un gag. Des moines y ont bien habité : « Ils avaient trop bien vécu à Bégard ; là, ils étaient en pénitence ». Des pirates leur succèdent : « Pour interrompre le pillage des navires, Louis XV fait construire une forteresse... » Retour vers la terre. Petite pause pour André : « Je me tais quand on passe devant le château de Costa Eres, à l'entrée du port de Ploumanac'h, qui appartient au Mister Bean allemand ». Plus loin, entre les roches de granit rose, la maison de Gustave Eiffel : « Ici, on n'a pas BB mais on a les bébés phoques ! », commente André, avant de lâccher ses passagers : « Vous allez retrouver la civilisation. Ea fait du bien après six mois de navigation ». « Si tous les guides bretons sont comme vous, on prolonge notre séjour en Bretagne », lance une Suissesse. Sourire de « Dédé » : « Ea aide à faire passer la fatigue ». Eh oui, il envisage de « prendre congé au 31 du mois d'août » : « J'ai la soixantaine, je sens mes jambes. Trois sorties par jour, c'est un vrai semi-marathon ». Et comment ! Impossible de suivre le Dédé quand il escalade ou redescend les escaliers quatre par quatre, tout en parlant...
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Pratique
Les Sept Iles (Le Cerf, île Plate, île aux Moines, Les Costans, Bono, Malban et Rouzic) sont un archipel sauvage de 40 hectares, royaume de 27 espèces d'oiseaux marins : fous de Bassan, macareux moines, petits pingouins, guillemots de Troïl, fulmars boréaux, cormorans huppés, goélands marins, bruns et argentés... Excepté sur l'Ile aux Moines, le débarquement est interdit. La seule façon d'approcher ces oiseaux est d'emprunter les vedettes. Embarquement : Trestraou, Gare Maritime à Perros-Guirec (tél. 02.96.91.10.00). Tarifs : visite de 2 h 30 (escale de 45 mn sur l'Ile aux Moines), 19 € (à partir de 12 ans) et 13 € (de 3 à 12 ans) ; visite de 2 heures, 16 et 10 €; visite d'une heure quinze (île Rouzic et île Malban), 14 et 9 €.






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