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Yvon Étienne : Les ballades d'un homme heureux

Chanteur, animateur, chroniqueur, raconteur et rieur, sur les ondes de France Bleu Breiz Izel ou sur scène avec ses complices des Goristes, Yvon Étienne est l'une des voix les plus populaires de l'Ouest.

Avec deux prénoms pour un nom qui est vraiment le sien, l'émigré francilien s'est lancé dans le métier il y a trente-cinq ans, ne tardant pas à conquérir l'Armorique, affinités comprises. Surfant sur la déferlante celtique des années 70, il troquait son uniforme de mataf dégagé pour emprunter les chemins de la Bohême chers aux amis Glenmor, Stivell, Servat, Tri Yann et consorts. Aguerri par les scènes des soirées cabarets des MJC de la région parisienne, « Tonton » aura juste changé son répertoire. Il passera de Brassens, Leclerc, Ferré, Fanon, Aufray et autres « bluettes bretonnes », à du... Étienne brut de pommeau que l'on consommera sitôt sans modération. Comme cette « Confiture » d'anthologie qui, trois décennies plus tard, colle toujours à la figure des demandeurs de rappels à la fin d'un concert.

Rencontres marquantes

Mieux qu'un coup de... pot, le produit mis en tube se vend à la louche sur son premier « vrai » microsillon commercial. Un « live » sur lequel, cinq ans après les grands débuts en première partie de Gilles Servat au Foyer des jeunes de Lesneven (29), l'artiste reproduit un show éclectique. Y figure entre autres : « la complainte du P3 » d'un certain Jean Yanne, et la « Java des hommes grenouilles » de Ricet Barrier. Y apparaît aussi l'incontournable Gégé, complice des années d'école, débarqué de son Algérie natale un jour maudit de l'année 61. N'étant plus à un exode près, Gérard Emsalem suivra son frère de coeur jusqu'en Finistère, préférant, comme lui, « être au chômage en Bretagne plutôt qu'à Paris ». Ce qui ne durera pas longtemps. « La vie étant faite de rencontres, les miennes ont été déterminantes », souligne Yvon Étienne, qui cite volontiers André Le Thiesque, premier manager de Gilles Servat et des Tri Yann (« il a été ma chance ») et Jean Foucher, producteur mayennais du label « Pluriel » auquel il est resté fidèle (une dizaine d'albums). « Le mérite de ces gens-là était de pouvoir nous faire travailler avec peu de relais audiovisuels, à part Radio Armorique. Nos supports essentiels étaient les critiques des spectacles dans la presse. Mais le turbin ne manquait pas, grâce aussi aux organisateurs qui, à cette époque, osaient prendre des risques. » Les qualifiant « d'espèce devenue rare », l'auteur de « La race des mat'lots (en extinction, comme celle des curés, des Bolchos, des hannetons...) » estime aussi, « que la prolifération des concerts gratuits subventionnés est en train de tuer le métier ».

Soutien aux artistes

Autre rencontre importante : le chanteur brestois Robert Joubain, créateur du cabaret « Ar Styvel » à Guilers (29), précurseur de ce que l'on appellera familièrement les « p'tits lieux » en Bretagne. Joubain trouvera en Yvon Étienne, un allié de choix dans la programmation et l'animation quotidienne. Beaucoup ont mis chez lui le pied à l'étrier, comme Hubert-Félix Thiéfaine, l'une des signatures édifiante parmi celles d'un livre d'or épais comme un dictionnaire. Mais en cette époque faste, beaucoup pêchaient encore par manque de prévoyance : « J'ai été le premier, par exemple, à exiger systématiquement des organisateurs les vignettes de sécurité sociale. Les collègues m'ont d'ailleurs vite emboîté le pas à la suite du grave accident d'Annkrist. » À l'époque, un grand gala de soutien avait réuni de nombreux artistes au théâtre de Morlaix. Ardent défenseur du régime des intermittents, l'adaptateur franco-breton de l'ode corse de Dume Gambibi « Liberta » est aussi allé au charbon, plus qu'à son tour pour des causes « charnelles et justes » comme le conflit Lip à Besançon, Plogoff (« avec Higelin »), Diwan et... les radios libres. « C'était avant la libéralisation des ondes de la FM. On les appelait les radios locales libres qui, après intrusion policière, devenaient des radios privées de local ! »

Premiers pas à « RBO »

Depuis, « Tonton Yvon » s'est mis à « causer dans le poste » le plus légalement du monde. Car s'il accuse aujourd'hui 35 ans de chansons, il pèse en même temps son bon quart de siècle d'animation au micro de « France Bleu Breiz Izel » alias « RBO ». Installée à Quimper en 1982, cette décentralisée de Radio France pour l'Ouest Bretagne lui fera du charme vite fait par le biais d'Yves Quentel, vieille connaissance, promu directeur des programmes. « Pop's, comme on l'appelait, m'a proposé d'assurer quatre heures d'émission chaque dimanche. Tu parles d'une surprise. Je dois dire que sans son soutien et celui de son équipe technique, j'abdiquais au soir de ma première. » En studio, autant qu'au micro baladeur de ses interventions aux quatre coins des événements de Bretagne, Yvon Étienne, est l'un des piliers porteurs de l'identité locale de l'antenne. Basée sur un relationnel conséquent, la « méthode Étienne » est avant tout celle de la diversité. « Il faut rechercher l'intérêt de l'auditeur avant tout et faire parler les gens. Plus que la forme, je recherche le fond et préfère mille fois le spontané aux logorrhées de certains chargés de com' ». De l'interview de Joan Baez aux Vieilles Charrues (« mon souvenir indélébile ») aux championnats du monde de dominos ou de courses d'escargots en direct, il ratisse large en toute bonhomie teintée d'humour permanent.

Les Goristes persistent

Et s'il fallait choisir entre la chanson et la radio ? « Impossible ! J'ai la chance de faire deux métiers en un, qui sont autant de richesses personnelles, même s'il faut jongler avec l'emploi du temps. » D'autant qu'avec l'épopée « incroyâb' » des Goristes dont il est l'un des huit poids lourds, ça passe la vitesse du son. Actuellement en studio pour la mise en boîte du septième album « Kig ha farz mambo », qui sortira le 15 novembre, Yvon et ses acolytes mesurent toujours avec une pointe d'étonnement la proportion gigantesque prise par l'aventure lancée à l'occasion de Brest 92. « Il s'agit là d'une belle aventure humaine qui a le bonheur d'obtenir l'adhésion d'un public ravi de cette retranscription du quotidien. Car si notre substrat est le microcosme brestois, tout le monde est concerné. La preuve, ça marche partout ! » Quant à savoir si le groupe continuerait sans l'un d'eux, la réponse d'Yvon Étienne est claire et nette : « Difficile de faire du Goriste light ! »

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En ligne 285 visiteurs / 0 membre - Mis à jour le dimanche 27 juillet 2008

Crédit photo (panoramique fond de page) : Christophe ALLAIN