Yvon Pouliquen : Dix années brestoises
Aujourd'hui entraîneur de Grenoble, Yvon Pouliquen a passé dix ans de sa vie au Stade Brestois. Il y est arrivé en cadets, à l'âge de quinze ans, et il en est reparti dix ans plus tard avec 146 matchs de D1 dans les jambes. A Brest, Yvon Pouliquen a construit sa carrière mais aussi sa vie.
À la fin des années 70-début des années 80, un jeune de 15 ans n'avait pas besoin de traverser les régions, les pays et les continents pour devenir footballeur. 60 kilomètres à peine ont suffi à Yvon Pouliquen, ceux qui séparent Pleyber-Christ de Brest, ceux qui séparent son enfance de son adolescence. « J'ai choisi pour rester près de chez moi », reconnaît Pouliquen qui était aussi demandé par le Stade Morlaisien et le Stade Rennais.
Aller-retours Morlaix - Brest
« De toute façon, je ne voulais pas qu'il aille au Sports Etudes de Bréquigny », balaie sa mère. Anne-Marie et Yves, les parents d'Yvon, habitent toujours près du stade de Pleyber, celui de ses débuts. « Il n'était pas spécialement plus fort que les autres balles au pied, mais mentalement et dans l'intelligence du placement défensif, je n'ai aucun doute là-dessus, il n'avait déjà pas d'égal », dit Jean-Yves Caroff, qui fut son entraîneur de poussins à minimes à l'Etoile Sportive. Anne-Marie et Yves, qui ont gardé précieusement tous les articles de presse sur la carrière de leur fils, n'ont jamais raté un match d'Yvon. Ce n'est donc pas demain que ça va commencer. Peut-être évoqueront-ils, chemin faisant, ces innombrables aller-retours Morlaix - Brest, quatre par week-end, du samedi midi au dimanche soir. « Bien sûr qu'on y pensera, ces souvenirs-là ne s'oublient pas », lâche le père. La mère, elle, se souvient surtout des soirs de Gambardella. « L'angoisse des mamans pendant les tirs au but, oh la la la... ». Elle en tremble encore. Assis dans la tribune, ils ne penseront sûrement pas que le temps a passé. Pourtant, quand Yvon, qui jouait déjà en sélection de l'Ouest, est arrivé à Brest, à l'âge de 15 ans, Le-Blé s'appelait l'Armoricaine.
De Martigny et Lamour
À la place de la tribune, il y avait un terrain stabilisé. C'est là, sur ce bout de sable, qu'Yvon Pouliquen a fait ses premiers entraînements au Stade Brestois, au sein d'un groupe espoir mis en place par Alain De Martigny, « qui est venu me chercher à Pleyber », et Jean-Louis Lamour, « à qui je dois beaucoup », dit Yvon aujourd'hui. « Quand je suis arrivé, j'étais le plus petit. Je n'étais que cadet mais je m'entraînais tous les soirs dans ce groupe avec des joueurs qui avaient tous deux, trois ans de plus que moi comme Yvon Le Roux. J'ai été élevé à la dure », dit Pouliquen en rigolant.
Solidarité de pensionnaires
Les deux Yvon n'ont joué qu'une saison ensemble mais tous deux étaient pensionnaires à Charles-de-Foucaud. « Après les entraînements, on mangeait ensemble presque tous les soirs. Lui comme moi n'avions pas d'arrière-pensée pour la suite de notre carrière. Nous étions juste fiers de porter le maillot du Stade Brestois, qui était le club-phare de la région. Entre nous, il y avait une vraie solidarité de pensionnaires. J'étais de Plouvorn, lui de Pleyber, ça nous a aussi rapprochés. De quoi parlait-on ? De foot, bien sûr », raconte Yvon Le Roux.
Premier match premier but
De cette promotion cadets-juniors « avec les Jean-Marc Geffroy, Yann Cotton, Doudou Stéphan », Pouliquen sera celui qui fera la plus grande carrière. Ou plutôt est celui qui fait la plus grande carrière car la sienne n'est pas vraiment terminée, celle d'entraîneur n'étant qu'une continuité de celle de joueur. Et puis, des footballeurs bretons qui comptent plus de 400 matchs pro et qui entraînent une équipe pro, il n'en existe pas cent cinquante. À Brest, ses débuts en équipe première furent fracassants. Première journée de la saison 82-83, Brest reçoit Tours. « Nemkovic avait gardé 14 joueurs pour 13 places jusqu'à une heure du coup d'envoi. Finalement, j'étais le 13 e . À la mi-temps, il n'était pas content, il a sorti deux joueurs, ce qui était très rare à l'époque ». Pouliquen remplace donc... Le Roux et, dix minutes plus tard, il trompee Desrousseaux et marque son premier but chez les pros. « Je n'en ai quasiment plus marqué par la suite », dit-il en se chambrant. Effectivement : cinq petits en 146 matchs sous le maillot brestois ; dix au terme d'une grande carrière couronnée par 455 matchs en pro, dont 424 en D1.
Les chaussures de Nemkovic
Personne n'ira le lui reprocher, et surtout pas ceux qui ont joué avec lui. Pouliquen a toujours été meilleur pour empêcher les autres d'en marquer. À chacun son rôle. À chacun sa place. Pouliquen, lui, n'a pas trouvé la sienne tout de suite au Stade Brestois. Peut-être est-il resté trop longtemps sur cette première saison, « la plus belle, où tout était découverte ? Je côtoyais des grands joueurs et des sacrés tauliers. J'étais le gamin du groupe, je portais le matériel et je nettoyais les chaussures de Nemkovic tous les matins. À l'époque, c'était comme ça pour les nouveaux. Vous m'imaginez aujourd'hui demander la même chose à l'un de mes joueurs ? » C'est un fait, même s'il a grandement participé à ces cinq belles années d'aventures brestoises, Pouliquen, du fait de sa jeunesse, a souvent été l'homme qui bouchait les trous à Brest. « On m'a toujours un peu baladé à Brest, confirme-t-il. Partout, au milieu, arrière droit ou gauche. J'aurais peut-être dû rester là d'ailleurs, il y avait moins de concurrence », reconnaît-il.
Yvinec : « Trop facilement 12 e ou 13 e »
Le président de l'époque François Yvinec - que Pouliquen compare « à Gervais Martel maintenant » - pense même qu'il a vraiment pâti de cette situation, que la discrétion du personnage l'a sûrement empêché de devenir un titulaire indiscutable, un taulier lui aussi, comme sont souvent les numéros 6, ce qu'il est devenu par la suite. « C'était un jeune homme très intéressant, dit Yvinec, mais tellement discret qu'il acceptait trop facilement d'être le 12 e ou le 13 e homme. Parfois, il s'est retrouvé sur le banc à cause de ça : l'entraîneur ne faisait pas un choix sportif mais il savait ainsi que l'harmonie de son groupe ne serait pas brisée. Il acceptait trop de choses et, pourtant, il devait ronchonner dans son for intérieur. Pour le bien de sa carrière, il était important qu'il change de cadre et il est parti à Laval. Il a été brillant par la suite. Il a même fini capitaine et toute sa carrière est pour moi un exemple. Quand il est devenu entraîneur, je pensais qu'il aurait été plus vite et plus loin car il a toujours été fait pour ça. Mais, dans ce métier, il y a toujours des aléas mais je ne suis toujours pas persuadé que sa carrière d'entraîneur ne sera pas encore plus brillante », dit Yvinec, de sa maison d'Espagne.
Chambre commune avec Le Guen
Comme beaucoup de ses confrères, l'entraîneur Pouliquen préfère souvent s'effacer et laisser la gloire du succès à ses joueurs, comme il y a quinze jours lors d'une victoire arrachée par Grenoble dans les dernières minutes face au Havre. Pouliquen n'a pas à se forcer dans ces moments-là, ce n'est pas le style du personnage, et il a toujours eu plus d'allant pour parler des autres que de lui. Quand il s'agit de ses anciens équipiers, ça sort tout seul. « J'ai côtoyé des joueurs exceptionnels à Brest : Vabec, même si, humainement, je n'avais pas spécialement d'affinités avec lui. Gérard Bernardet était aussi très fort techniquement et m'a toujours donné de bons conseils. J'étais aussi très proche des Bosser, Rico, Pardo. Puis, sur la fin, je m'entendais aussi très bien avec les plus jeunes qu'étaient Vincent Guérin et Paul Le Guen, avec qui je faisais chambre commune lors des déplacements. Paul et moi, on s'appelle toujours de temps en temps », raconte-t-il.
Baby « Chez Rémy »
À cette époque, entre ses 15 et 24 ans, entre le foot et le Stade Brestois, Yvon Pouliquen n'a pas non plus oublié de vivre. D'étudier d'abord puisque son passage à Charles-dde-Foucaud fut couronné par un bac D, comme on disait à l'époque. De s'amuser aussi lors « de mémorables parties de cartes ou de baby Chez Rémy, le bar qui faisait l'angle Place de Strasbourg » ou encore lors des sorties « plus souvent avec des amis du Lycée que du club ». Et d'aimer surtout car c'est à Brest qu'il croisa la route de Laurence, sa femme. « Après dix ans au club, je faisais un peu partie des meubles. Il fallait que je quitte le cocon familial et les copains », reconnaît-il pour justifier son départ à Laval après une saison terne avec Kéruzoré. Yvinec avait raison. Le p'tit Pouliquen, que tout le monde appelait désormais fièrement Yvon, était prêt à voler de ses propres ailes. Voilà notre oiseau désormais posé à Grenoble, au pied des montagnes, loin de son nid breton, que le temps n'a pas détruit.
Pratique
Né le 17 octobre 1962 à Morlaix. 44 ans; 1,72 m, 62 kg.
Palmarès.
Joueur : finaliste de la Coupe de France 1995 (Strasbourg).
Entraîneur : vainqueur de la Coupe de France 2001 (Strasbourg) et 2002 (Lorient).
Carrière.
Joueur. Pleyber-Christ. Arrivée au Stade Brestois en 1977 en cadets. 1982-83 : Stade Brestois (D1, 27 m. , 1 b.); 1983-84 : Stade Brestois (D1, 32 m. , 1 b.); 1984-85 : Stade Brestois (D1, 32 m., 1 b.); 1985-86 : Stade Brestois (D1, 35 m., 0 b.); 1986-87 : Stade Brestois (D1, 20 m., 1 b.); 1987-88 : Laval (D1, 38 m., 1 b.); 1988-89 : Laval (D1, 38 m., 1 b.); 1989-1990 : Saint-Etienne (D1, 37 m., 1 b.); 1990-91 : Saint-Etienne (D1, 38 m., 0 b.); 1991-92 : Strasbourg (D2, 34 m., 0 b.); 1992-93 : Strasbourg (D1, 22 m., 2 b.); 1993-94 : Strasbourg (D1, 38 m., 1 b.); 1994-95 : Strasbourg (D1, 35 m., 1 b.); 1995-96 : Strasbourg (D1, 29 m., 6 m. de C3). Entraîneur. Strasbourg (1997-2001) : responsable du centre de formation puis entraîneur de l'équipe première (2000-2001); janv. 2002-2004 : Lorient; 2004-2005 : Guingamp; depuis 2006 : Grenoble.





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