Rochevilaine. Escapade en dehors du temps
Aux confins des terres, un vaisseau de pierre échoué sur la lande domine la pointe de Pen-Lan, sur la commune de Billiers (Morbihan). Ici débute le domaine de Rochevilaine, lieu chargé d'Histoire et havre de quiétude pour les clients de cet hôtel quatre étoiles.
La découverte du labyrinthique domaine de Rochevilaine ne laisse personne insensible. Epargné par la course du temps, l’endroit baigne dans une félicité paisible propice à l’introspection et au recueillement. Une atmosphère propre à rasséréner, mais qui n’est pas le seul atout de cet hôtel de luxe. Bertrand Jaquet, Sarthois d’origine, qui fut en son temps plus jeune chef étoilé du Guide Michelin de France, dirige le domaine depuis 1997. Il en est aussi le propriétaire depuis que le docteur Liégois, un fortuné médecin parisien, lui a passé le relais.
Centre de soins
- Le maître des lieux dévoile sa recette : " C’est comme un cocktail, un mélange harmonieux. Normalement, vous ne devez pas sentir quelque chose qui prédomine dans sa composition ". Et de citer les ingrédients : " Il y a cinq facteurs qui forment un tout : le site exceptionnel, les vieilles pierres, la gastronomie, le confort général et les soins... ". Car c’est une autre des spécificités de Rochevilaine. Un luxueux centre de soins y a été construit, décomposé en plusieurs thématiques : " Phénicien ", un clin d’œil aux temps anciens (voir ci-dessous), " Nomade " et " Nopal ". De quoi ragaillardir les organismes les plus éreintés à grands renforts de jacuzzi, hammam, sauna, de bains hydromassants aux algues ou d’enveloppement de boue de Jordanie.
- Le centre de soins permet aussi au domaine -chose assez rare- de rester ouvert toute l’année, tous les jours. " Nous fonctionnons normalement toute l’année avec le même nombre d’employés ", assure Bertrand Jaquet. En Bretagne, on a trop tendance à résonner en "saisons". Ici, j’ai 75 employés. Avec ce nombre, quelle entreprise supporterait de n’ouvrir que l’été ? ". Le chiffre d’affaires de 5,8 millions d’euros (donnée 2004) et le taux d’occupation de 86 % à l’année (60 %au plus bas et 100 % tout l’été) lui donnent raison.
Une table courue
- Le restaurant n’est pas en reste avec une moyenne de 100 couverts par jour. On y déguste en semaine le menu " Retour de marché " au déjeuner (37 euros) ou, pour les repas de fêtes, le menu " tout homard" (93 euros), constitué de trois plats élaborés autour du délectable crustacé.
Sans oublier le nec plus ultra, le " menu confiance " : une carte blanche au chef en harmonie avec les vins remontés d’une cave qui a du répondant avec pas moins de 500 références (115 euros).
Jusqu’à 490 euros la nuit
- Le client vient à Rochevilaine passer des week-ends mais rarement par hasard. " Nous sommes complets jusqu’au 15 septembre ". En s’y prenant largement à l’avance (en moyenne trois mois), on peut espérer séjourner dans l’une des 35 chambres de 30 et 90 mètres carrés, toutes avec vue sur la mer. Evidemment, l’accès à ce petit coin de paradis terrestre a un coût : de 120 euros la chambre la moins chère en hiver à 490 euros pour la plus chère lors de la pleine période d’été.
Elément incontestable de confort, la piscine intérieure rappelle que le domaine hôtelier propose des soins aquatiques. (PhotoFrançois Destoc)
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Un brin de démesure dans un jardin de pierres
Bien sûr, Rochevilaine a eu, et a encore, des hôtes célèbres. Mais on n'en saura pas beaucoup plus. " Je pense qu'une partie de notre métier consiste à préserver l'intimité des gens ", déclare Bertrand Jaquet. " Et on ne fait aucune différence : tous les gens sont importants ici ". Un certain Dominique de Villepin l'a constaté à ses dépens. " Il avait réservé trop tard. Nous n'avions plus une chambre de libre. Nous n'allions pas mettre un client à la porte ".
Riche d'Histoire
Si le patron du domaine n'est guère prolixe sur les "peoples" et leurs histoires, il connaît en revanche un rayon en matière d'Histoire : " Rochevilaine est un endroit stratégique, à l'embouchure de la Vilaine. Il y a toujours eu ici une présence militaire ou commerciale ". De ce foisonnant passé, témoignent un monumental porche du XIIIe siècle, des manoirs du XVe, une petite fortification construite sous Vauban, des blockhaus érigés par les Allemands, des statues de vieilles églises et des pierres gravées d'idoles antédiluviennes... Pour comprendre l'architecture chaotique de Rochevilaine, il faut remonter à l'aube des temps.
Déesse phénicienne
- La machine s'enclenche dans le dédale du jardin de pierres. On y découvre une stèle gravée d'un symbole ancien, représentant celle que les Egyptiens -et par récupération les Phéniciens- adoraient sous le nom de Hathor, la déesse aux cornes de vache. " 1.500 ans avant notre ère, les Phéniciens avaient déjà installé un comptoir sur cette bande de terre qui creuse la mer. Avec leurs embarcations rudimentaires, ils remontaient en cabotant toute la côte jusqu'à la Cornouailles anglaise pour aller chercher de l'étain qu'ils mélangeaient avec le cuivre pour en obtenir du bronze ". Un fort, une batterie côtière, une caserne pour les douaniers qui taxaient les paludiers ont ici monté la garde par la suite. Puis la guerre et la cohorte de destructions qui l'accompagne ont redessiné les lieux. " Les Allemands, pour régler le tir de leurs batteries, s'exerçaient sur la caserne des douaniers ". A l'abandon, la pointe n'a eu pour seuls habitants que les fantômes jusqu'en 1958. Cette année-là, le fondateur de la société Dresch-Motors, Henri Dresch, s'éprit du lieu.
- L'industriel, d'origine alsacienne, se lança dans une entreprise flirtant avec la démesure. " On ne sait pas si son idée au départ était de créer un hôtel, mais il voulait faire quelque chose de ce site ". Une buvette fut créée, puis une crêperie qui se diversifia pour proposer des fruits de mer à sa clientèle parisienne de l'époque.
Manoirs « transportés » au bord de la mer
Des chambres d'hôtes virent le jour, et pour les ouvrir, Henri Dresch ne fit pas les choses à moitié. Il acheta des petits manoirs datant du XVe siècle dans les campagnes. Les édifices furent démontés et reconstruits pierre après pierre sur le site. Albert Dresch est mort à Rochevilaine à l'âge de 78 ans, laissant un héritage unique sur la pointe de Pen-Lan, qui ne se découvre qu'au bout de multiples visites.
Le domaine, véritable hameau sur une presqu'île, se dévoile à chaque détour, à chaque pas. (Photo François Destoc)






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