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Sur la piste du sentier des douaniers

Long de 1.700 km, le GR 34 permettait autrefois aux douaniers de sillonner la côte pour empêcher la contrebande. Tombé ensuite en désuétude, il connaît aujourd’hui un nouveau souffle grâce à l’engouement suscité par la randonnée en France.

Épousant chaque crique et chaque avancée dans la mer, le sentier des douaniers n'a pas toujours été le paisible chemin de randonnée que l'on fréquente aujourd'hui pour la beauté de ses paysages.

Les maisons de douaniers, les tours de gué ou les corps de garde que l'on peut croiser le long des 1.700 km du chemin, entre le Mont-Saint-Michel et Le Tour-du-Parc, rappellent aux randonneurs qu'autrefois, ce sentier fut le théâtre d'une lutte sans merci entre douaniers et contrebandiers.

Les côtes quadrillées

Qu'est-ce qui a conduit l'État français, au XVIIIe siècle, à placer des milliers d'hommes le long de ses côtes ? Qui dit douane dit taxe à percevoir. Jean-Baptiste Colbert, contrôleur général des Finances sous Louis XIV, considéré comme le père de la douane moderne, met en place, en 1667, un tarif national aux frontières françaises.

Une taxe est alors prélevée sur les marchandises qui passent les frontières, le but étant de restreindre le plus possible l'entrée des produits anglo-hollandais, permettant ainsi à la France d'exporter beaucoup et d'importer peu. C'est ce contexte qui amène l'État français à surveiller ses côtes pour empêcher la contrebande.

En Bretagne, en 1791, le sentier douanier est alors créé. À la veille de la Révolution française, c'est la Ferme générale qui se charge de percevoir les droits de traite et les droits indirects tels que la gabelle sur le sel. C'est d'ailleurs de la gabelle que vient l'origine du mot «gabelou», utilisé à l'époque pour nommer les douaniers.

Le douanier appartient à une brigade. Chacune d'elles a en charge une penthière, territoire reproduit sur un tableau qui fait office de plan : les sentiers, les points de stationnement ou encore les lieux-dits y figurent. Ces indications sont accrochées au mur de chaque corps de garde. L'ensemble des côtes bretonnes est alors divisé en plusieurs penthières.

Pour empêcher la contrebande, les douaniers ont accès à une zone large de 60 km, qui part du littoral jusque dans les terres, et ce tout au long des côtes. À l'époque, le sentier représente la frontière française, et le «gabelou» chemine à pied le long du littoral, jour et nuit et par tous les temps. Il s'arrête parfois pendant de longs moments à des postes fixes, desquels il observe les endroits propices aux débarquements frauduleux.

Le littoral breton propice aux trafics

Chaque douanier passe trois fois par jour le long du sentier, ce rythme étant contrôlé par un chef de brigade, chargé de contrôler le respect de cette consigne. Difficile alors pour le contrebandier d'échapper au douanier. Pourtant, à l'époque, d'intenses trafics existent aux frontières bretonnes, notamment du côté de Guérande.

Le sel étant très recherché, puisqu'il permettait de conserver les denrées, il alimente l'une des contrebandes les plus connues, celle des «faux sauniers». Ces contrebandiers font alors transiter le sel de Bretagne jusqu'au Maine sans s'acquitter de la gabelle.

Ces échanges illégaux s'expliquent par la différence des prix pratiqués en Bretagne et dans le Maine. Ainsi, sous le règne de Louis XVI (1774 à 1792), une livre de sel coûte 3 à 8 sous, contre 12 à 13 sous dans le Maine, du fait de la gabelle. Un intense trafic se développe également avec les Britanniques. Bien qu'après la Révolution française, les Bretons aient interdiction de commercer avec eux en raison du blocus continental, les contrebandiers sont nombreux à transborder des marchandises en provenance des bateaux anglais qui mouillent au large.

Le douanier, posté le long du sentier du littoral ou en haut de sa tour de gué, a donc la tâche d'ouvrir l'oeil afin de repérer les commerces illégaux. Plus étonnant, les douaniers doivent également surveiller que les Bretons ne s'approprient pas et ne pillent pas les épaves échouées sur la côte, celles-ci étant, comme le veut la République à l'époque, propriétés de l'État.

La seconde vie du sentier

Avec le développement des nouvelles techniques de transport des marchandises, les sentiers des douaniers tombent peu à peu en désuétude au début du XXe siècle, laissant la nature reprendre peu à peu ses droits.

Pourtant en 1968, grâce au travail de quelques passionnés du Comité national des sentiers de grande randonnée (CNSGR), le premier GR breton est tracé, reliant Beg-Léguer à Pors Mabo, près de Lannion. C'est à ces bénévoles que l'on doit les désormais célèbres balises rouges et blanches qui guident le randonneur sur la piste à suivre.

À l'époque, ces amoureux de la nature, maniant la pelle, la serpe et la faucille, souhaitent mettre des routes à disposition des marcheurs en les reliant à des hébergements situés dans les terres. Seulement le chemin des douaniers n'existe pas partout sur la côte. Une loi vient, en 1976, les aider à réaliser leur projet. Cette loi découle du vaste programme lancé dans le but d'ouvrir aux piétons un passage qui longe le littoral. Elle stipule que «les propriétés privées riveraines du domaine public maritime sont grevées d'une bande de 3 m de largeur, servitude de passage destinée à assurer exclusivement le passage des piétons».

Quarante ans après le balisage de la première portion du GR 34, le dernier tronçon vient d'être bouclé dans le Morbihan, près du barrage d'Arzal. Reste maintenant à le finaliser et à l'amener jusqu'à La Roche-Bernard, pour que le promeneur puisse continuer sa route en Pays de la Loire.

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En ligne 503 visiteurs / 0 membre - Mis à jour le samedi 2 août 2014

Crédits : Réalisation Le Studio T sous eZ publish

Photo (panoramique fond de page) : Photographe Christophe ALLAIN