Golfe du Morbihan, un parc naturel fait son nid
Et si les abords du Golfe du Morbihan étaient classés en Parc Naturel Régional ? En dix ans, le projet s’est affiné. Aujourd’hui, quelques irréductibles du Syndicat intercommunal d’aménagement du Golfe peaufinent le projet qu’ils présenteront un jour -c'est sûr- à la Fédération Nationale des Parcs.
Dans un bruissement de plumes, une avocette vient se poser sur une vasière du Golfe du Morbihan. A quelques mètres, une bernache prend son envol. L'image se reflète comme un symbole sur le golfe puisque l'échassier y a fait son apparition voilà quelques années tandis que la petite oie migratrice, qui en est une espèce caractéristique, le déserte. Il en va ainsi aux abords du golfe : certaines espèces apparaissent tandis que d'autres s'éclipsent. "C'est particulièrement significatif avec les oiseaux", souligne David Lédan, du Syndicat d'Aménagement du Golfe. L'Europe du Nord rejoint l'Afrique dans le Morbihan
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"Certains oiseaux d'Europe du Nord descendent aujourd'hui jusque sur nos rivages sans être jamais descendus autant vers le Sud. A l'inverse, d'autres, habitués au climat africain, s'aventurent jusqu'ici". Une particularité parmi tant d'autres qui font du golfe un site remarquable. L'exceptionnel tiendrait à ce que cette richesse et cet équilibre persistent "face à l'urbanisation croissante, d'un côté, et l'abandon des terres agricoles, de l'autre".
"Tout ça fait qu'aujourd'hui il est important de montrer, d'expliquer, de sensibiliser et de discuter avec les uns et les autres", souligne la petite équipe du syndicat. Mais la préservation du site, de sa faune et de sa flore ne repose pas sur les épaules des habitants, même s'ils en sont acteurs. Il s'agit, en fait, d'un vaste projet que seuls les politiques peuvent défendre car la zone d'intérêt s'étend sur 38 communes (1) et implique quelques aménagements par celles-ci.
Quinze ans déjà
Le plus loin possible des ambitions politiques, le Parc Naturel Régional s'esquisse. Lentement. Cela fait déjà près de 15 ans que le projet se monte. Aujourd'hui, les plus sensibilisés tentent de convaincre les élus qui restent réticents. Et les trois acolytes du syndicat poursuivent leur travail de fourmis : recenser les espèces, rédiger une charte... Une tâche qui reste colossale, même pour ces passionnés qui ne disposent, par ailleurs, que de rares exemples. Dans le courant de l'année 2002, alors que les migrateurs seront de retour dans le golfe, les membres du syndicat présenteront leur projet, charte en main, devant les représentants de la Fédération nationale des Parcs.
Des oiseaux au bout des longues vues
9 h 30. La brume ne veut pas se dissiper sur la presqu'île de Rhuys. David Lédan, entouré d'un petit groupe d'observateurs, installe tout de même ses longues vues sur les berges d'un marais. L'animateur nature se réjouit de la halte de dizaines d'oiseaux sur l'eau. "Oh, dites, là, c'est quel oiseau ? Non, laissez-moi deviner !". Quiconque participe aux sorties ornithologiques proposées par l'Office du tourisme de Sarzeau ne peut que se prendre au jeu de l'animateur. "Il n'est pas question que je me contente de montrer un oiseau en donnant son nom", précise David Lédan. C'est à chacun d'observer et surtout de tenter de l'identifier, livres en mains et indices en guise de commentaires. La sortie ornithologique n'a rien d'un cours magistral ni même d'une visite guidée : "Je leur apprends à observer". Et les néophytes y prennent très vite goût.
Une autre bécassine
En une matinée, les participants ont reconnu une dizaine d'oiseaux (avocette, chevalier aboyeur, bécassine des marais, bécasseau minute...), beaucoup d'espèces protégées et quelques-uns des "plus beaux oiseaux au monde", selon l'animateur, pas toujours objectif. L'enthousiasme de David Lédan pour les oiseaux et leur mode de vie n'a rien de feint. Le naturaliste a sillonné le globe de l'Arctique canadien au Cap Horn en passant par le Kénya, l'Inde... pour leurs belles plumes. De ses périples, il ramène, outre des centaines de photos, de saisissantes anecdotes dont il fait profiter son auditoire. Les yeux s'écarquillent alors et les cils viennent très vite se coller sur la longue vue, pour observer un peu plus un oiseau qui, subitement, devient exceptionnel. Et pour donner encore plus de relief à son intervention, l'animateur n'hésite pas à mimer un animal et même à en imiter le chant. Il en maîtrise plus d'un millier.
"Oh, il a disparu", se désole une observatrice derrière ses jumelles. "Il s'est certainement envolé. Eh oui, ils ne sont ni en plastique ni empaillés."
(1) L'intégration de la ville de Vannes dans le parc relève de la Fédération Nationale. Actuellement, aucun des 40 Parcs Naturels Régionaux n'inclut de cités d'une telle importance. (2) La charte est établie pour dix ans. A lire : "Golfe du Morbihan, grandeur nature" (éditions Keltia Graphic).
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Pratique
Une petite mer intérieure
Le Golfe du Morbihan est parsemé d'une multitudes d'îles et d'îlots. Une quinzaine d'îles sont habitées. Les plus connues s'appellent Arz et l'île-aux-Moines.
Embarqué ou à terre, on ne se lasse pas d'admirer le spectacle toujours changeant de cette petite mer intérieure aux îles multiples. D'un côté, les rochers de Locmariaquer, de l'autre les collines d'Arzon et de Sarzeau. Au centre, l'océan qui force le passage, et, de ses courants puissants, emprisonne les îles sauvages : Lerne, Bodec, Iluric..
- Avec ses 30.000 hectares couverts par les eaux de l'Océan Atlantique et des rivières d'Auray, de Noyalo et de Vannes, le Golfe du Morbihan est donc modelé par une géographie complexe. Il se soumet à la double influence de l'océan sauvage et des cours d'eau nonchalants : à l'ouest des courants violents, à l'est des vasières ouvertes sur le ciel à marée basse.
Des vestiges prestigieux
Les hommes du néolithique ont marqué de leur empreinte les îles et rives du golfe. Le tombeau de l'île de Gravrinis demeure un des vestiges le plus prestigieux des civilisations mégalithiques. Citons aussi le cercle àdemi-immergéd'Er Lannic, le dolmen de Gornevez, à Séné; les dolmens de Pen-Louise, au sud de l'île d'Arz; le dolmen de Penhap, à l'île-aux-Moines, etc.
Aujourd'hui, les hommes du golfe sont plaisanciers. Les voiliers modernes se jouent des courants. Et, si le sinagot -bateau de pêche traditionnel- laboure toujours la petite mer de sa coque puissante et lourde, c'est pour promener les touristes. Par vent puissant, frisson garanti.
- Office de tourisme de Vannes : 1, rue Thiers, tél. 02.97.47.24.34; fax. 02.97.47.29.49.






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