Rennes: Chef-lieu devenu métropole

2002-2007. Durant ces cinq dernières années, séparant deux scrutins présidentiels, la société française a connu bien des changements, certains prenant même la forme de véritables bouleversements. Pour mieux les mesurer, nous vous proposons un voyage dans les principales agglomérations bretonnes. Première étape dans la capitale administrative de la région: Rennes.

Les cinq dernières années ont vu Rennes avancer à marche forcée vers son statut revendiqué de métropole régionale. La ville y a gagné les signes extérieurs de noblesse propres à son rang, comme un métro, un luxueux équipement culturel ou une monumentale oeuvre d’art. Elle est aussi entrée dans la spirale infernale de la centrifugation urbaine, éjectant ses classes moyennes de plus en plus loin. Quoi de neuf depuis 2002 ? D’abord, une attractivité grandissante, portée par une image de cité où il fait bon vivre et par une remarquable vitalité économique. Avec l’inévitable corollaire de la séduction : la sélection. Car la belle n’est pas en mesure d’ouvrir son coeur à tous ceux qui sont tombés sous son charme…
Rennes était l’aimable capitale de la Bretagne, chef-lieu ordinaire d’une région administrative française. Elle peut désormais se hausser du col en se proclamant métropole européenne. Propulsée par « l’effet métro », l’apanage des mégalopoles, elle a tout d’une grande. De quoi valoriser son capital intellectuel (avec ses deux universités et ses grandes écoles), ses atouts économiques (avec ses entreprises de pointe et sa technopole qui réussit à fixer de fructifiantes start-up) et son rayonnement culturel (avec les Tombées de la Nuit, les Transmusicales, l’Opéra, les festivals de théâtre…).

Le tertiaire au galop

Certes, l’image de la ville a subi quelques accrocs. Les épisodes mouvementés des raves, des jeudis alcoolisés de la place Sainte-Anne, des violences urbaines de 2005 ou des heurts liés à la contestation du CPE ont pu contribuer à ternir son côté lisse et serein.
Côté entreprises, la délocalisation de STMicroélectronics (600 salariés) a été un coup dur pour l’emploi industriel. L’affaire a résonné comme un tocsin aux oreilles des ouvriers dans ce bassin largement industriel où prime la fabrication automobile aux perspectives incertaines (18.000 emplois).
Dans le même temps, l’évolution galopante du tertiaire et le formidable développement des nouvelles technologies ont dopé les emplois de haut niveau. Plus que jamais, Rennes a attiré les cadres venus prendre ici des responsabilités après une expérience junior acquise en région parisienne.

Richesse et inégalité

Cet afflux de cadres à hauts salaires a propulsé Rennes au troisième rang des grandes villes françaises pour le revenu médian, derrière Paris et Toulouse. L’une des plus inégalitaires aussi, avec un écart de rémunération de 1 à 6,2 entre les 10% les plus pauvres et les 10% les plus riches (1 à 5 en France, 1 à 4 en Bretagne).
Car, si le tonus économique de Rennes a su attirer les classes aisées, son faible taux de chômage a aussi attiré les plus défavorisées. Les premières ont pu accompagner - et entretenir - la flambée immobilière. Le prix des logements, qui était déjà très élevé (troisième ville de France), a doublé en cinq ans. Le dernier programme privé, boulevard de la Tour d’Auvergne, propose des appartements de plus de 100 mètres carrés à 4.500 euros le mètre carré.
Les plus défavorisés ont, quant à eux, fait l’objet d’une politique de construction de logements sociaux menée tambour battant sur tous les quartiers de la ville. Edmond Hervé n’a pas attendu la loi SRU pour développer les programmes HLM bien au-delà des 20% imposés. Depuis cinq ans, le rythme est de 25%. Aujourd’hui, sur les 106.000 logements que compte la ville, 28.000 appartiennent au parc social et hébergent 30% des Rennais.

Au-delà des cités-dortoirs

Pas facile pour les classes moyennes de trouver leur place en ville. Pas assez riches pour accéder au marché, mais trop pour bénéficier d’un logement social, les familles ont massivement essaimé vers la périphérie. D’abord dans les citésdortoirs de la première couronne sud ou en deuxième couronne. Et de plus en plus au-delà, à 30 ou 40 kilomètres de la capitale tentaculaire, dans d’anciennes bourgades devenues de vraies villes, bien équipées et à leur tour génératrices d’emplois.
Qu’est devenue la métropole au terme des cinq années de centrifugation accélérée ? Au coeur de l’agglomération, la ville concentre 50.000 étudiants, des Rennais « historiques » vieillissants, de jeunes couples bourgeois façon bobo ou golden boys, et des familles modestes ou démunies. Ici, 17% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.
La première ceinture est le domaine des plus riches au nord (Saint-Grégoire, Pacé, Cesson, avec un revenu médian supérieur à celui de Rennes et un taux de pauvreté inférieur à 4%), et des familles à ados, assez aisées, au sud. Puis, hors des limites de Rennes-Métropole, là où la propriété demeure accessible, on trouve les familles à bébés, plus jeunes et plus modestes.

Commentaires pour Rennes

Il n'y a actuellement aucun commentaire pour Rennes


Envoyer à un ami Version imprimable Haut de page


En ligne 592 visiteurs / 0 membre - Mis à jour le jeudi 20 novembre 2008

Crédits : Réalisation Le Studio T sous eZ publish
Photo (panoramique fond de page) : Christophe ALLAIN