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Une armature urbaine originale et équilibrée

Le concept de ville est plus difficile à définir en Bretagne qu’ailleurs. En effet, l’organisation de l’habitat breton est un incessant continuum allant de la métropole à la ferme isolée, sans réelle rupture, et la limite basse de la ville est particulièrement difficile à cerner. De même, les pratiques récentes des populations (emploi, loisir…) associent de plus en plus espace urbain et espace rural.

Aujourd’hui, le réseau urbain breton demeure beaucoup plus équilibré que dans d’autres régions françaises. L’originalité du tissu breton réside dans la rareté des espaces très faiblement peuplés et surtout dans la forte proportion des personnes habitant dans les communes entre 1.000 et 5.000 habitants (40,4 % des habitants contre 24 % en France). Et encore ce chiffre ne prend pas en compte toutes les communes de plus de 5.000 habitants étant organisées de façon polycentrique. Les facteurs expliquant cette singularité procèdent de paramètres très complexes. Il sont structurels et géographiques : « tendance fondamentale à la dispersion de l’habitat », selon Camille Vallaux, dans une région où « l’eau fuse de partout et n’impose pas le groupement ». Paysages de bocage favorisés par la structure économique des activités, région longtemps rurale : 20 % de population « urbaine » en 1876 ; seulement 33,6 % de la population en 1954. Impulsions politiques pour conserver un certain « équilibre urbain - rural » (action du CELIB, politique des pays, etc.).

Une hiérarchisation urbaine plus marquée

L’évolution montre en simultané un essor très rapide de l’urbanisation (57,3 % de population urbaine en 1990, 71,5 % en 1999). On constate une forte croissance des villes les plus puissantes et, partant, une accentuation de la hiérarchie urbaine. On constate également le poids croissant de Nantes et de Rennes et une perte d’influence relative de Brest.
L’essor de la littoralisation des hommes et des activités est générale sur tout l’espace breton. On constate également un essor supérieur des villes du Sud.

Le rôle de l'économique

  • Des modifications fines liées aux évolutions économiques générales et aux politiques d’aménagement. Prenons l'exemple du tourisme : s'il est "digéré", il est un élément de dynamisme économique. S’il devient une activité exclusive, il peut au contraire tuer les activités permanentes (comme on le constate sur la plupart des îles bretonnes) et renforcer l’impression d’un « environnement égaré ».

  • Certaines villes ont perdu de l’influence pour des raisons complexes (Dinan, Morlaix…). D’autres se sont nettement développées (Vitré, Lannion…). A l’échelle locale, on constate une grande complexité des évolutions, liée à des paramètres industriels, humains, des effets de filière ou de mode, etc.

La métropolisation : un phénomène inéluctable

La métropolisation est un phénomène problématique car elle peut contrib

uer à générer une inégalité croissante entre l’Est et l’Ouest, entre les villes et les campagnes etc. Elle induit aussi un effet de déversement ou de  "parapluie" des croissances de Nantes et Rennes sur l’ensemble de la Bretagne.
A l’échelle locale, la Bretagne est enfin confrontée à la question suivante : comment contrer les problèmes nés de la périurbanisation ? Plusieurs stratégies peuvent être mises en oeuvre pour contrer les effets néfastes de ces phénomènes.

Vers la promotion d’un Plan Urbain Breton ?

Aujourd’hui, c’est un peu du "chacun pour soi". On ne peut que regretter le peu de planification urbaine régionale. Les enjeux sont aujourd’hui très forts. Quel type d’urbanisation en Bretagne à l’horizon 2030 ? Possibilité d’un "Plan Urbain Breton" axé sur le double jeu des spécialités et des complémentarités ?

  • Aujourd’hui, les différentes villes bretonnes se déchirent pour attirer certaines entreprises ou certains services alors que l’on pourrait, tout au contraire, imaginer une mise en réseau des activités pour créer des spécificités marquées et des stratégies d’entraide entre les différents pays : d’un côté, au-delà d’une présence minimale de services, une planification régionale créerait des spécialités ciblées dans les différentes villes, en correspondance avec les héritages locaux.
    Aujourd’hui, la performance internationale impose la spécialisation et chaque ville-pays pourrait s’organiser avec une activité spécifique correspondant à ses prédispositions (la mer à Brest, les télécoms à Lannion, l’automobile et l’électronique à Rennes, les activités commerciales et portuaires à Nantes, les chantiers navals à Saint-Nazaire, les activités logistiques à Pontivy-Loudéac, la pharmacie et les cosmétiques à Vannes, l’économie culturelle à Carhaix, les industries mécaniques à Redon, etc.).

Pour des filières territorialisées...

S’il ne s’agit évidemment pas de déménager brusquement des activités, l’enjeu est bel et bien dans une visée prospective de tendre à l’établissement de filières territorialisées pour créer progressivement un réseau de villes-pays. Ces spécialisations pourraient s’effectuer en étroite liaison avec un tissu universitaire plus diffus et adapté, permettant de garder les jeunes au pays et d’associer (contrairement à aujourd’hui) les formations aux besoins réels.
On aurait ainsi de réels « clusters » et des approches territorialisées par filières correspondant à l’identité des pays, permettant aux différents acteurs de croiser leur compétence dans un rayon d’action commode, ce qui renforcerait la réactivité et l’efficacité économique de l’ensemble.

  • Grâce à la proximité, le temps gagné permettrait aux individus d’avoir davantage de temps personnel pour s’amuser, s’éduquer, s’associer. Ce modèle s’associerait à une nouvelle modernité résidentielle et urbaine, axée sur l’accessibilité en distance-temps et non la concentration, la volonté de donner du temps libre aux populations, le désir de limiter les inégalités sociales et de ségrégation générationnelle qui s’opèrent aujourd’hui de plus en plus, selon des logiques d’accès. Le choix global renforcerait l’unité de pôles performants, au sein desquels les populations seraient unies autour d’un projet, auraient des choses à échanger et du temps pour l’échange.

Un fonds de solidarité inter-pays

  • D’autre part, la création d’un fonds de solidarité inter-pays permettrait aux villes et aux pays bretons de s’entraider en cas de crises ponctuelles et localisées, chaque pays ayant besoin des autres pour exister. En effet, si la spécialisation renforce la performance économique, elle est aussi source de fragilité.
    En cas de crise ponctuelle d’une ou l‘autre des activités, ce fonds permettrait de soutenir le tissu fragilisé et de l’aider à passer un cap difficile.
    Comme chaque pôle serait complémentaire et aurait besoin de l’autre pour exister ou renforcer son existence, cette mise en solidarité bretonne associerait la performance localisée à la complémentarité des fonctions.

Aujourd’hui, les villes bretonnes répètent des activités identiques et ont peu de choses à échanger. Elles sont donc faiblement complémentaires. Demain, au-delà de services basiques répartis de façon équitable sur chaque ville-pays et dans un périmètre de vingt minutes (services médicaux, services sociaux et culturels…), la présence de ces spécialisations rendra nécessaires les échanges et la solidarité inter-villes. En effet, l’échange n’existe et n’est fécond que si des activités différentes ou complémentaires s’entraident pour plus de compétitivité et de performances.

  • La région créerait ainsi un territoire solidaire de tous ses espaces en évitant des tensions accrues entre l’Est et l’Ouest, entre les villes et les campagnes, entre les villes voisines.

Du poing sur la table

  • Elle serait éventuellement capable de "taper du poing sur la table" pour éviter des rivalités stériles créatrices de doublons onéreux ou d’équipements peu efficaces et pourrait au contraire imposer ponctuellement des équipements performants utiles à tous (infrastructurels, économiques, culturels…). Elle représenterait les intérêts de toutes les villes bretonnes, ce qui lui permettrait de parler au nom de quatre millions d’habitants et de jouer d’un effet de masse pour défendre les différents projets. Une ville-pays oubliée au temps « t » serait concernée au temps « t + 1 » et la communauté de réalisation créerait une solidarité de fait.

Le système aurait pour avantage d’éviter les doublons et les querelles stériles, de créer une réelle complémentarité régionale, de porter de vrais projets, d’afficher clairement les spécificités de chaque ville ou de chaque pays, de susciter un nouveau modèle fondé réellement sur le partenariat inter-urbain.

Pour en savoir plus :

  • La conférence des villes de Bretagne ( http://www.villes-de-bretagne.com.) regroupe des géographes soucieux de l'enjeu des villes en Bretagne, dont M. Ollivro, que nous remercions pour sa collaboration (extraits d'un de ses articles).

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