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Les centres des villes bretonnes se réveillent

Concurrencés férocement par les immenses zones commerciales des périphéries urbaines, les centres-villes seraient-ils en train de se réveiller ? Dans les grandes villes bretonnes, les projets foisonnent et les grandes enseignes se disputent les pas-de-porte. En jouant la carte de la complémentarité, en rénovant trottoirs et chaussées et en améliorant circulation et stationnement, les centres cherchent à inverser la tendance. Quels sont les projets de nos villes ? A quoi ressembleront leurs centres dans deux, cinq ou dix ans ? Le Télégramme vous invite à partir d'aujourd'hui et durant toute la semaine en page économie, à un tour de Bretagne. Aujourd'hui : Saint-Brieuc.

Depuis une cinquantaine d'années le paysage urbain s'est profondément modifié. Avec le développement progressif de la voiture, des axes routiers et de la grande distribution, l'activité commerciale s'est progressivement déplacée vers les périphéries au détriment des centres villes. La disponibilité des terrains et leur prix modique et des réglementations architecturales moins contraignantes ont encouragé l'implantation de vastes zones commerciales à l'entrée des villes, avec des magasins-hangars toujours plus grands. La plupart des collectivités n'ont pas forcément mesuré les effets négatifs de développement parfois anarchique de ces espaces périurbains : à commencer par la désertification des centres-villes, souvent pénalisés par leurs problèmes de circulation et de stationnement.

« Eviter une évasion des consommateurs »

Aujourd'hui, faire battre à nouveau le coeur des centres-villes est devenu une priorité et beaucoup de villes bretonnes comme Saint-Brieuc, Vannes, Lorient et bien d'autres se sont engagées dans la rénovation de leurs centres pour faire revenir les consommateurs. Un enjeu important car si le centre-ville n'est plus le seul espace marchand, il n'en reste pas moins essentiel. « Une ville sans coeur, sans âme, c'est mauvais pour l'image de l'agglomération tout entière pas seulement pour son centre », souligne un commerçant de Vannes. A Saint-Brieuc, on a bien compris qu'un centre-ville qui se vide de ses commerces se vide aussi de sa population. « Le commerce va de pair avec l'habitat. En 10-15 ans, notre centre a perdu 10.000 habitants », observe Nolwenn Rouault-Briand, directrice du développement de l'urbanisme et des affairés économiques de la ville de Saint-Brieuc. La préfecture costarmoricaine, qui accueillera en 2009 une grande galerie marchande de 10.000 m² au Champ-de-Mars (lire ci-dessous), a pris le taureau par les cornes pour redynamiser son centre sans pour autant délaisser la périphérie. Comme Brest, elle s'est dotée d'une charte d'urbanisme commercial dans laquelle elle s'est fixé des priorités pour maintenir un équilibre entre le centre-ville et la périphérie. « Nous préférons jouer la complémentarité plutôt que l'opposition. Nous devons éviter aussi une évasion des consommateurs briochins vers Rennes », souligne encore Nolwenn Rouault-Briand.

Enseignes locomotives

Comment redonner un pouvoir d'attraction aux centres-villes ? Pour Joël David, président de la fédération des commerçants du centre-ville de Vannes, il s'agit avant tout de rendre la ville plus accessible en réorganisant la circulation et le stationnement. Il s'agit aussi d'y faire venir des enseignes locomotives des grands noms de la franchise. « Le commerce en centre-ville ne sera plus comme avant. Il y aura une redistribution des cartes. Les commerçants indépendants font figure aujourd'hui de dinosaures. Si on n'accepte pas cette évolution, on court à la catastrophe. Il y a encore cinq ans, 25 % de chiffre d'affaires se faisait en centre-ville. Aujourd'hui nous ne sommes pas sûrs de faire 20 % ».

Jean-Pierre Lehmann est président de la fédération nationale des centres-villes qui regroupe une cinquantaine de villes adhérentes.

Comme expliquez-vous le déclin des centres-villes ?

L'urbanisme commercial échevelé dans les périphéries a affaibli les centres. Dans la plupart des cas, les maires ont laissé faire. Le problème, c'est que l'on ne peut continuer indéfiniment à créer des mètres carrés supplémentaires. Comme les portefeuilles ne sont pas extensibles, les centres-villes ne sont pas les seuls à être touchés. D'autant qu'il faut aussi tenir compte des nouveaux circuits, comme internet...

Comment revitaliser les centres-villes ?

D'abord en les rendant plus accessibles en terme de stationnement et de transports en commun. Il faut trouver des formules pour alléger les coûts des parkings. Notre fédération essaie de monter des partenariats avec les villes et des concessionnaires de parking. Ensuite, il faut orienter les consommateurs. A Nancy, par exemple, nous avons monté en plein coeur de la ville un office du commerce où l'on accueille les gens et on leur offre à boire. Grâce à un système de base de données, on les renseigne sur tous les commerces existants. S'ils recherchent une marque de chaussures précise, on leur indique l'adresse où la trouver. On a mis en place une consigne ainsi qu'un service de portage de paquets aux véhicules. Nous avons également installé des bornes wi-fi pour que les gens puissent utiliser leur ordinateur.

Face à la concurrence des périphéries, comment inciter les gens à faire les achats au centre-ville ?

Avec les banques, notre fédération a mis en place un système de chèques cadeaux qui peuvent être échangeables dans l'ensemble des commerces de la ville : restauration, coiffure, bijouterie, magasins de vêtements... A Mulhouse, le chiffre d'affaires s'est élevé à 800.000 euros la première année de test. Le chèque-cadeau est en train de devenir un moyen de paiement universel. En 2006, 30 % des cadeaux ont été offerts sous cette forme en France.

Cette relance ne coûte-t-elle pas très chère ?

Si, mais il est impératif de corriger les erreurs du passé. La rénovation des centres ou le ravalement des façades ne suffisent pas. Avec la mondialisation, on nous promet des milliers de visiteurs. Nos villes doivent s'adapter aussi à cette clientèle de passage et mettre en place des services. Il faut rendre les coeurs des villes agréables en y réintroduisant du commerce, des loisirs, des marchés et adapter au besoin les horaires d'ouverture.

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