L'été 2006 sera-t-il celui de l'accalmie immobilière ?
Après des années de hausse, le marché de l'immobilier tend vers une stabilisation des prix. Conscients de cette tendance, les acquéreurs sont moins rapides à signer et refusent de payer le prix fort, contraignant les vendeurs à revoir leurs prétentions à des prix raisonnables. (Photo François Destoc)
Les notaires, agents immobiliers et banquiers, premiers observateurs de la sensibilité du marché, y croient sérieusement: depuis trois mois, les négociations entre acheteurs et vendeurs se font de plus en plus âpres, la durée des transactions s'allonge, et les propriétaires qui veulent ou doivent faire affaire commencent à se résigner à baisser leurs prétentions. Certes, les prix continuent à augmenter, mais à un rythme nettement moins soutenu qu'au cours des cinq dernières années. La flambée semble aujourd'hui éteinte, sous l'effet conjugué de la hausse des taux d'intérêt, des limites financières des familles candidates à la propriété et de la diminution de la rentabilité pour les investisseurs.
Des prix immobiliers qui progressent cinq à six fois plus vite que le coût de la vie, ça ne pouvait pas durer éternellement. Le premier ralentissement de la hausse a été enregistré l'été dernier, à Paris. Les métropoles ont suivi dès le début de l'année et le mouvement a tendance à se généraliser.
Le vendeur lâche le premier
« Depuis quelques mois, nous assistons à une sorte de round d'observation entre les acheteurs et les vendeurs », témoigne Me Pierre-Luc Vogel, notaire à Saint-Malo. « Les acquéreurs sont plus frileux et moins rapides et les vendeurs sont peu enclins à accepter des offres inférieures ».
Résultat : moins de transactions, un stock croissant de biens disponibles et plus de choix offert. « Il n'y a pas de secret, poursuit le notaire, quand les vendeurs ont plus envie de vendre que les acheteurs n'ont envie d'acheter, ils sont obligés de lâcher les premiers. On l'a déjà vu par le passé, il vient un moment où la flambée s'arrête, parce que le vendeur est contraint à la raison par la réalité du marché ».
Assagissement n'est pas retournement
Même constatation chez Philippe Rivoal, à Châteauneuf-du-Faou. « Les prix continuent à monter, mais moins vite qu'avant. Les vendeurs ont toujours dans l'idée que leur bien vaut plus que le marché. Les acheteurs, de leur côté, ont pris conscience qu'on s'orientait vers une stabilisation et refusent de payer le prix fort. On va se rapprocher d'une évolution normale de l'immobilier, proche de l'évolution globale des prix. Oui, c'est un assainissement en perspective ».
A Lannion, Me Hubert Jaguin estime que cette stabilisation est déjà atteinte. Il parle même de «stagnation » globale, sauf, toutefois, pour les « biens d'exception », les belles villas de la Côte de Granit rose pour lesquelles l'achat coup de coeur peut défier les tendances.
« Pour autant, on ne peut pas parler de retournement de marché », précise Hubert Jaguin. Comme les autres professionnels, il ne croit guère à l'éventualité d'une baisse des prix. « Sauf si les taux d'intérêt approchaient les 6 % », remarque Pierre-Luc Vogel, pour qui cette éventualité est improbable.
Par Alain Le Bloas
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