Construction : La région brestoise a la cote
Le mouvement de bascule se confirme très nettement. Alors que la côte sud du département a longtemps été la figure de proue de la construction neuve dans le Finistère, cette fois, c'est la côte nord qui prend nettement le dessus, le boom crozonnais de 2005 (445 permis accordés) ayant, en quelque sorte, servi de passage de relais entre sud et nord. Des chiffres 2006 de la construction dans le département, il ne faut bien sûr pas déduire une désaffection pour la côte sud, mais bien la conséquence d'une certaine saturation dans des secteurs littoraux, entraînant un transfert, vers le nord, de l'afflux de population en grande partie lié au papy-boom. Des résidants qui se fixent réellement car, selon les données très détaillées collectées par la direction de l'Équipement, la proportion de résidences secondaires est encore en baisse en 2006 : une sur onze environ, avec une chute spectaculaire dans certaines stations balnéaires.
La construction est toujours aussi dynamique dans le Finistère : plus de 10.000 logements autorisés en 2006 (individuels, collectifs ou en résidences) alors qu'il y a cinq ans, on se situait à 5.600. La progression, depuis, n'a pas cessé (5.886 en 2002, 6.277 en 2003, 8.316 en 2004, 9.609 en 2005) avec, toutefois, une constante : c'est le littoral qui attire toujours autant, malgré la hausse parfois vertigineuse du foncier à bâtir. L'autre enseignement de la carte ci-contre, c'est que la densité de la construction se manifeste maintenant très nettement sur la côte nord où la disponibilité foncière et les prix pratiqués autorisent l'accès à la propriété neuve, devenue nettement moins abordable sur la côte sud.
Afflux de néo-retraités
Si l'on fait exception de Brest et Quimper (lire ci-contre), c'est Plouguerneau qui arrive en tête des délivrances de permis de construire en 2006 (275), cette commune étant à la fois symbolique du transfert de population brestoise vers la deuxième couronne de la ville et de l'afflux de néo-retraités qui, en d'autres temps, auraient peut-être opté pour la côte sud. Crozon qui, en 2005, avait décroché le pompon avec son nombre record de permis de construire (445) continue de se situer dans le peloton de tête (226), cette commune ayant, il est vrai, la plus forte disponibilité foncière du département, après Quimper et Scaër.
Mais ces deux communes sont également symboliques des résistances qui peuvent se manifester sur les zones littorales contre le mitage du paysage. Une association régionale, l'Union des associations pour la défense du littoral (Udal) n'a-t-elle pas décerné un prix citron à Crozon, suscitant une controverse acide avec le maire qui a répliqué en arguant que sa commune figure parmi celles de Bretagne possédant le plus d'espaces protégés et en se disant prêt à poursuivre l'Udal en justice ! Du côté de Plouguerneau, des interrogations se manifestent également devant cette forte poussée qui se résume en un chiffre : en 2006, des permis pour plus de 500 maisons ou logements neufs ont été accordés dans les communes limitrophes des Abers. La carte ci-dessus recense les communes ayant délivré plus de 100 permis de construire en 2006. Dans certains cas, de gros projets résidentiels (comme au Guilvinec ou à Landerneau) peuvent suffire à gonfler les chiffres.
Pôles urbains. Brest repart Quimper se renforce
1.103 logements autorisés en 2006, contre 336 un an plus tôt : la cité du Ponant veut inverser une tendance démographique défavorable. On s'en doutait un peu, mais la correction est plus sévère que prévu, à en croire les chiffres publiés en fin d'année dernière, faisant état d'une perte de 4.000 habitants entre deux recensements. Il faut y voir des causes conjoncturelles comme la réduction du format de la Défense qui a forcément des conséquences démographiques, mais également l'incidence d'une tendance structurellement lourde : le transfert d'une partie de la population brestoise vers la première couronne dans les années 80-90, puis plus récemment vers la deuxième couronne. Du coup, le maire, François Cuillandre, a sonné la mobilisation de tous les services pour augmenter l'offre et la qualité de logements dans la ville, première étape pour espérer une inversion démographique. Mais ce n'est pas gagné d'avance.
Quimper : oui mais...
E Quimper, le phénomène est presque totalement inverse. La ville, qui dispose de bonnes réserves foncières, demeure à un niveau élevé d'autorisations de logements : 839 en 2006 et 579 en 2005. Donc, autant que Brest sur ces deux années, alors que la population est deux fois moins élevée. Il y a là un signe de bonne santé pour la ville, mais pas forcément pour le Pays de Cornouaille car, contrairement à Brest, Quimper n'a pas de communes-satellites à forte expansion démographique. D'où les inquiétudes qui se sont manifestées au sein du Pays de Cornouaille, instance dans laquelle certains élus s'interrogent sur le dynamisme réel du Sud-Finistère, pas forcément en adéquation avec l'image prospère du chef-lieu quimpérois.
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1. Plouguerneau. 2. Crozon. 3. Guissény : ce sont les trois communes finistériennes qui ont accordé, en 2006, le plus de permis pour des résidences secondaires. Le tiercé serait surprenant s'il n'y avait l'ouverture prochaine d'un port de plaisance, du côté de l'Aber-Wrac'h...
Premier constat à propos des résidences secondaires (individuels ou collectifs) : elles représentent désormais moins de 10 % des constructions dans le Finistère. 909 pour un total de 10.333 logements autorisés en 2006. On est loin de l'époque où plus du tiers de la construction annuelle, surtout dans le sud du département, était constitué de résidences secondaires. D'année en année, la proportion diminue et compte tenu de la raréfaction foncière, la tendance est irréversible. Du moins dans le neuf, car sur le marché de l'ancien, la résidence secondaire reste dynamique, avec parfois des effets redoutables, notamment sur les îles.
Plouguerneau 99-Bénodet 7
Avec ses 320 places inaugurées le 14 juillet prochain, le nouveau port de plaisance de l'Aber-Wrac'h a incontestablement eu un effet d'entraînement sur la construction de résidences secondaires dans ce secteur des Abers, puisque Plouguerneau (99) et sa voisine Guissény (60) figurent sur le podium départemental. Si on ajoute Crozon (65), on constate que ces trois communes littorales totalisent à elles seules plus du quart (224) des 909 autorisations de résidences secondaires délivrées dans le département l'an dernier. E l'inverse, la frénésie s'est très nettement calmée sur la côte sud, forcément la plus recherchée jusqu'ici, mais où certains secteurs frôlent la saturation, sous l'effet conjugué de la raréfaction foncière et de l'envolée des prix des terrains qui mettent le m² à des niveaux très supérieurs à ceux pratiqués sur la côte nord. Le secteur de Quimperlé échappe encore un peu à la tendance, mais dans les stations balnéaires huppées de Cornouaille, le nombre de permis accordés pour des résidences secondaires se situe à des niveaux inégalés depuis des décennies : sept seulement à Bénodet en 2006. Mais dans ce secteur-là, il n'y aura pas grand monde pour s'en plaindre.
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