
Entre Iroise et abers, au confluent de la Manche et de l'Atlantique, là où se dessine le front de la Bretagne, une terre, plus loin... Une terre âpre, de rocs et de sel, où les croix de pierre semblent pousser mieux que les arbres. Une terre-frontière posée au bord d'une mer hostile que, même par beau temps, le courant agite de puissants et inquiétants remous.
Une terre superbe et attachante pourtant. Pourquoi ? Sans doute parce que les phares couronnant ses falaises évoquent autant la solidarité de ses hommes que la rudesse de sa géographie; sans doute aussi parce que les agriculteurs qui s'y accrochent savent la valeur du lion au point d'en préserver la fertilité jusque dans le creux des rochers; sans doute enfin parce qu'ici, le poisson est plus beau d'avoir été pêché dans les eaux difficiles.Comme si le bout du monde avait voulu concentrer ses talents, à l'extrémité du vieux continent.
Si son voisin de la ria du sud s'enorgueillit de sa production de tourteaux, le port de l'Aber-Idult est quant à lui leader en production goémonière. C'est un spectacle étonnant, que celui de ces petits bateaux franchissant les passes de l'aber au pied du Grand Crapaud, chargés de monceaux d'algues brunes débordant de leur pavois. L'aber est également un important port sablier.
La pointe de Corsen, en Plouarzel, se trouve exactement à la longitude de 4°47.7 Ouest. Ce qui lui vaut le privilège d'être l'extrême pointe occidentale du vieux continent. Le vrai bout du monde, c'est ici. Un lieu de toute beauté, d'où l'on domine, du haut des falaises, des criques de sable fin baignées par les eaux sans cesse renouvelées par les puissants courants du chenal du Four. Surplombant la plage qui borde la pointe, le CROSS-Corsen dresse ses antennes et ses bâtiments modernes.
Le CROSS peut être visité par des groupes qui doivent faire une demande par écrit.
Emergeant des hauts murs gris de l'abbaye en ruines, la tour du phare de Saint-Mathieu en est presque incongrue tant sa blancheur est éclatante et le rouge de son dôme lumineux. Elle se dresse à 37 mètres au dessus de la falaise. De son sommet, à près de 60 mètres d'altitude, l'oeil embrasse le fabuleux spectacle de l'Iroise, des chaussées de Molène et d'Ouessant puis du chenal du Four. Construit en 1835, cet ouvrage a permis de remplacer le feu qui, depuis des siècles, brûlait au sommet du donjon de l'abbaye. Dès le XXe siècle, en effet, les moines bénéficiaient du «droit de bris» sur les navires abordant la côte, afin d'assurer l'entretien de ce feu.
Cet ouvrage passe inaperçu en Bretagne, mais vaut à son auteur la vénération des Gallois. Une vénération qui dure toujours : non seulement c'est une souscription galloise qui a permis de relever la tombe de Le Gonidec, détruite par la foudre en 1845, mais chaque année, un groupe vient du pays de Galles se recueillir sur la tombe, entonner des chants religieux, et entretenir la sépulture.
L'ancienne église paroissiale Notre-Dame de Grâce, aux portes de l'abbaye, présente, en panneaux et photos, quelques éléments sur l'histoire de l'édifice. L'exposition, quant à elle, n'est ouverte qu'en juillet et août.
Un tel spectacle, ça vous donne inévitablement une petite faim sélective, une gourmandise de fruits de mer. Ceux qui craquent peuvent alors demander directement au marin de leur vendre quelques crabes. Les poissonniers de la ville sont bien sûr directement approvisionnés par les producteurs locaux.