
Désertés depuis une dizaine d’années, et faute d’entretien suffisant, les phares en mer sont entrés dans l’ère la plus sombre de leur histoire. De marées en tempêtes avec une patience d’éternité, l’océan ronge les ciments gâchés à l’eau de mer, disloque les blocs de granite. Leur survie passerait par la Société nationale pour le patrimoine des phares et balises qui tire la sonnette d’alarme.
Si les phares à terre ne craignent pas a priori pour leur survie, le son de cloche est différent pour les phares en mer et particulièrement pour Ar-Men (Sein) et la Jument (Ouessant). Jeudi dernier, des techniciens du laboratoire régional des Ponts et Chaussées de Saint-Brieuc conduits par Nathalie Metzler, ingénieur de la subdivision de Brest, ont débarqué sur la Jument. Le but : « Expertiser l'état des câbles qui l'ancrent dans le fond ».
Construit dans l'urgence en sacrifiant la solidité de l'ouvrage pour répondre au v?u du donateur Charles Eugène Potron, le feu est allumé en 1911. En décembre de l'année suivante, branlé dans le gros temps, la Jument se met à bouger. Le mercure déborde de sa cuve. Des travaux de consolidation sont réalisés. Mais ce n'est qu'en 1934, que l'ingénieur Coyne décide d'haubanner l'édifice dans le fond par trois câbles métalliques d'une trentaine de mètres de long. Ce sont encore les incessantes « fuites » de mercure révélatrices de l'instabilité de la tour, qui ont provoqué, après sollicitation, cette visite du laboratoire briochin. Les résultats de l'étude géophysique de l'état des câbles et du mortier seront connus au printemps. S'ensuivra des travaux appropriés. On l'espère.
Sincère et fort, dans le film « L'Equipier », tourné en partie dans le phare de la Jument, Philippe Torreton, face à la tristesse de la tour, a dit son émotion. « J'aimerais voir la restauration de ce phare, qui chante quand la mer cogne ». Le comédien vient tout juste de confirmer sa collaboration à la Société nationale pour le patrimoine des phares et balises.
Deux énormes pierres de taille du massif de renfort d'Ar-Men, ont été emportées par la mer et remplacées par du béton. « C'est moins joli », a dit un marin. Les plongeurs qui vérifient sa base tous les ans écrivent « RAS ». « Pour autant, reconnaît l'ingénieur brestois Claude Louarn, l'homogénéité du massif de consolidation est une inconnue. Des solutions sont à l'étude. « Aucune indication scientifique ne permet de dire, en dépit des rumeurs, que le phare d'Ar-Men va tomber et que la Jument se porte mal », rassure pourtant Nathalie Metzler.
Y compris les travaux de consolidation de 1897 à 1902, la construction du mythique phare d'Ar-Men, aura duré 45 ans. Quinze années après son allumage en 1881, la fragilité de ce phare extrême, préoccupait déjà la Direction des phares. « Nos phares en mer, note l'historien Jean-Christophe Fichou, selon les ingénieurs de l'époque, devaient tenir un siècle. Qu'en est-il de leur espérance de vie ? ». « Il faut faire lourd », disait, en 1872, Léonce Reynaud, le directeur des phares. En arrivera-t-on à couler du béton dans les fûts ? » Mais, « une journée de mer d'une équipe de travaux coûte de l'ordre de 3.000 ¤ », note Claude Louarn. Qui ajoute : « Personne ne sait quand frappera la vague scélérate ». En attendant, et faute d'intérêt, serons-nous alors, coupables d'abandon ?
Construits pour l'essentiel à la fin du XIXè siècle,...
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