
Il fallait oser ! À 52 ans, le facteur de Plélan-le-Grand (35) l'a fait : Alain Maignan a bouclé, hier, son tour du monde en solitaire et sans escale. Après 185 jours de mer, le marin morbihannais est revenu hier à La Trinité, où il a été fêté par 2.000 personnes.
Sa mère, âgée de 89 ans, ne voulait pas en entendre parler. Sa compagne Nicole non plus. Mais rien ni personne n'a pu empêcher Alain Maignan, domicilié à Beignon (56), de larguer les amarres pour une circumnavigation osée. « Il y a quatre ans, il avait disputé la Route du Rhum en "pirate", car son bateau n'était pas homologué. C'est à ce moment-là qu'il a pensé à repartir autour du monde en solitaire », explique Nicole.
Et, tant qu'à faire les choses, le facteur a voulu les faire dans les règles de l'art, c'est-à-dire sans escale et avec un chronométreur officiel. Et surtout à bord du bateau de "monsieur-tout-le-monde", un voilier de 10,22 m sorti des chantiers Jeanneau, en 1986 : « Pendant quatre ans, j'ai cumulé mes vacances afin de pouvoir partir pendant six mois ». C'est sur ce voilier acheté avec ses économies qu'il s'est élancé, le 7 octobre : « En partant, je ne savais pas si j'allais revenir. Ma seule motivation, c'était de réussir. Je me disais : "Alain, si tu ne réussis pas, t'y restes" ».
À deux reprises, ce marin expérimenté a failli faire son trou dans l'eau. Il raconte, la voix tremblante : « J'en ai connu des moments difficiles, notamment quand le bateau a chaviré : cela a dû arriver sept fois, peut-être plus... (il s'interrompt, submergé par l'émotion). Rien que d'en parler... Une fois, j'ai cru que le bateau allait faire un tour complet. Une vague de plus et... » La scène se déroule dans le Pacifique. À une semaine du cap Horn, porte de délivrance : « J'ai cru que j'allais y rester ».
Épuisé par des derniers milles difficiles dans le golfe de Gascogne, le facteur se demande encore comment il a été « assez fou pour tenter un tel truc, sur un tel bateau ». Un bateau dont il s'est occupé 24 h sur 24, « comme un bébé », dit-il. « Je dois admettre que les chantiers français savent construire des bateaux solides, car il a tenu ». Le Sunrise a tenu et le bonhomme aussi. Forcément, il est revenu un peu changé par ces 185 jours de solitude, coupé d'un monde dont il voulait juste faire le tour. « Oui, mais ça me donne encore plus envie d'aimer la vie, les gens ». Ce terrien, fils de cultivateur, devenu marin par hasard, est allé au bout de son rêve. Bientôt, le facteur reprendra sa tournée à Plélan-le-Grand. Presque comme si de rien n'était...