
Certains châtelains ne mènent pas la vie de château. Jean-Éric Germain en sait quelque chose, lui qui, depuis six ans, a entrepris de restaurer un château du XIII e siècle, à Ploubezre.
« Des gens prêts à s'investir dans un tel projet, c'est très rare ». Admiratif, Volker Platen l'est. Cet expert géomètre allemand a mené, début avril, une mission archéologique au château médiéval de Coatfrec, à Ploubezre. Un coup de main précieux pour le propriétaire des lieux, Jean-Eric Germain. Charpentier de métier, il s'est lancé un défi de titan : restaurer ce qui n'était plus qu'une ruine moyenâgeuse, où la nature avait repris ses droits.
E l'origine de cette folle aventure, un coup de foudre entre l'homme et la pierre. « Avec ma copine, on passait nos vacances à visiter des châteaux. Puis un jour, on est tombé sur celui-ci. On a tout de suite flashé sur lui », raconte Jean-Eric. Lui, c'est le château de Coatfrec, à Ploubezre, dont les premières pierres auraient été posées à la fin du XIII e siècle. Sous le charme, Jean-Eric fera une offre au propriétaire de l'édifice médiéval, un marquis. En 2001, l'affaire est conclue. Prix de la transaction : 150.000 ?. Un million de francs. « Sans l'aide de ma famille, je n'aurais pas pu », précise Jean-Eric.
Six ans plus tard. Le domaine de Coatfrec a bien changé. Jean-Eric, épaulé par les fidèles bénévoles d'une association créée autour de son projet, s'est retroussé les manches. « Quand on a commencé, toute cette partie était recouverte de lierre », se souvient-il, le doigt pointé vers la seule tour encore debout (à l'origine, le château fort en comptait quatre). Mettre le château hors d'eau, dégager les pierres éboulées, étayer, défricher, etc. Un programme de forçat, qui en aurait découragé plus d'un. Mais pas Jean-Eric Germain. Son secret ? « L'amour que je porte à ce site ». Pourtant, ce Toulousain d'origine aurait très bien pu baisser les bras. Il y a un mois, par exemple, lorsque le tribunal de Guingamp l'a condamné à une amende, pour avoir installé des caravanes et cabanes de chantier sur un espace naturel. Décision dont Jean-Eric entend faire appel. En 2005, ce fut un arrêté interdisant les travaux, pris par le maire pour des raisons de sécurité. La commune de Ploubezre, par ailleurs plutôt favorable à la restauration de Coatfrec, exigeait, et exige toujours, le dépôt d'une demande de permis de construire. Ce à quoi Jean-Eric s'est, jusqu'alors, toujours refusé.
Toutefois, cette querelle administrative devrait prochainement n'être plus qu'un mauvais souvenir. Dès que les archéologues en auront fini avec son château, Jean-Eric entend bien déposer un permis de construire, avant d'entamer la phase de restauration en elle-même. Son projet : rénover la tour et une partie des logis attenants, et les couvrir d'une toiture. « Le tout, comme à l'époque médiévale. Il n'y aura pas de chauffage », rigole-t-il. E l'intérieur, un musée devrait ensuite voir le jour. Jean-Eric sait que le chemin est encore long, mais il croit plus que jamais en sa future vie de château.