
Le prix Nobel de la Paix rejaillit sur un Breton de Janzé, en Ille-et-Vilaine, Jean Jouzel, un scientifique de 60 ans, qui planche depuis une vingtaine d'années sur le changement climatique. Cette distinnction va, selon lui, renforcer l'urgence « d'agir aujourd'hui pour nos enfants et nos petits-enfants »
Jean Jouzel est membre du bureau exécutif du groupement intergouvernemental d'export sur l'évolution du climat (Giec), qui partage le prix Nobel de la Paix avec l'ancien vice-président américain Al Gore. Relier la paix et l'évolution climatique ? Le spécialiste breton ne s'en étonne guère, convaincu que « la lutte contre le réchauffement climatique devrait être normalement un facteur de paix dans le monde et implique des échanges au niveau international ». Il s'agit, selon Jean Jouzel, d'un problème de gouvernance mondiale qui revêt un aspect Nord-Sud, avec, d'un côté, des émissions de gaz à effet de serre au Nord et, de l'autre, des pays du Sud très vulnérables.
De ce prix Nobel, Jean Jouzel, pas plus que les autres experts du Giec, ne tire aucune gloire personnelle. Il devrait, espère-t-il, donner davantage de poids et de parole aux scientifiques et stimuler la mobilisation internationale, notamment dans les prochaines négociations de Bali (Indonésie), en décembre, et l'an prochain, à Poznan (Pologne), sur les suites à donner au Protocole de Kyoto. « Il faudra absolument prendre des mesures concrètes et déterminantes ». Quant au partage du prix Nobel avec Al Gore, il ne gêne pas du tout l'expert breton, bien au contraire. Le diagnostic du Giec sur le changement climatique n'aura de valeur que si le monde politique s'en empare : « La décision lui appartient ». Dans son film intitulé « Une vérité qui dérange », l'ancien vice-président américain s'inspire d'ailleurs des travaux du Giec. « Le fait qu'Al Gore soit associé dans ce prix est un message très fort pour les États-Unis. Ce prix ne laissera pas les Américains insensibles, ils ne regarderont plus le problème du climat comme avant, commente Jean Jouzel. Au lieu de se dégager du problème, les États-Unis, qui veulent être leader au plan international, devraient, au contraire, prendre le leadership de la lutte contre le réchauffement climatique ».
Outre le Giec où il est vice-président du groupe scientifique, Jean Jouzel est directeur de recherche au CEA (Commissariat à l'énergie atomique) et directeur de l'Institut Pierre-Simon-Laplace qui, dans la région parisienne, regroupe l'ensemble des laboratoires impliqués dans le réchauffement climatique. Il participe actuellement au Grenelle de l'Environnement où il copréside le groupe dédié au réchauffement climatique et aux problèmes de l'énergie. « Nous avons fait une série de propositions, nous espérons qu'elles seront prises en compte pour que la France se situe sur une trajectoire de gaz à effet de serre visant à répondre à l'objectif européen de diminuer les émissions de 20 %, à échéance 2020 ». Jean Jouzel reste fidèle à la Bretagne et notamment à Janzé où son frère exploite la ferme familiale. Il a également des points d'attache à Brest, puisqu'il préside l'Institut polaire français Paul-Emile-Victor... et que sa fille est mariée avec un Brestois.
Hervé Le Treut est le second Breton récompensé, au sein du groupement intergouvernemental d'export sur l'évolution du climat (Giec), par le prix Nobel de la Paix. Il est né en 1956, à Toulon, où son père était médecin de la Marine nationale, mais sa famille est originaire de Locronan (29) où il ne manque jamais la Grande Troménie. Ancien élève de l'École normale supérieure, il est directeur de recherches au CNRS et professeur de mécanique à l'École polytechnique où il dirige le Laboratoire de météorologie dynamique. Les travaux d'Hervé Le Treut portent sur la modélisation numérique du système climatique et la compréhension des perturbations radiatives du climat, en particulier le rôle de l'effet de serre additionnel lié aux activités humaines.