
« 57 portraits de ménages domestiques » sont à voir à Nantes. L'expo est siignée du Bigouden Jean-Yves Corre. Tiens... Ses dieux et ses fées du logis sont nus sous leur tablier et ils portent une auréole. Eh ben, c'est du propre
Monsieur Corre rend tout si propre que l'on peut se voir dedans. Monsieur Corre, super brillant ! Oui, bon, OK, ça fait un peu réclame mais n'empêche, l'expo de Jean-Yves Corre, à Nantes, vaut bien un petit coup de pub. Mettre seize Bigoudens, vingt-quatre Nantais, onze Angevins et six Parisiens tout nus sous leur tablier pour briquer les sols, astiquer les carreaux, vider les poubelles... Et les prendre en photo ! Moi j'vous l'dis : Jean-Yves Corre, E, c'est d'l'art dépoussiérant.
Oui, oui : 24 femmes et 33 hommes, dont plusieurs couples, se sont laissés brosser le poil et tirer le portrait par le facétieux photographe de Lesconil. Nus sous leur tablier ! Vendeuse, ébéniste, comptable, marin-pêcheur, psychologue, journaliste, retraité, sage-femme, garçon de café, bibliothécaire, moniteur de voile... Ils ont de 19 à 72 ans et y vont tous de leur plumeau. « Qu'importe la classe pourvu qu'on ait la crasse ! », disait le dieu Vigor. Et ses descendants l'ont tous, la niaque ammoniaquée : Catherine balaie la cuisine, Jakez passe l'aspi dans la salle à manger, Marie fait ses carreaux dans la chambre, Nono cire ses pompes dans le salon, Hermine lustre le service de table, José débouche les chiottes... Mais ils n'ont pas vraiment l'air content nos canards WC qu'on les surprenne en si domestique posture. « Le ménage domestique est un sujet de conflit récurant et abrasif pour le couple parfait », s'amuse Jean-Yves Corre. Oui peut-être mais est-ce que ça arrange les choses de mettre ses modèles tout nus avec une auréole sur la tête ? Je vous l'demande Monsieur Corre !
Bien plus érudit qu'un balai, l'artiste essuie la pique et cite le sociologue Jean-Claude Kaufmann : « La danse du propre est au plus profond du corps dissimulant son importance vitale dans la banalité de ses automatismes ». Alors, un p'tit sein par-ci, une p'tite fesse par là... Et vas-y que j'te cife, et vas-y que j'te brique. Sous l'auréole, nos dieux du ménage ont les yeux « brillants et lumineux, investis de cette tâche sacrée de l'être civilisé ».
Ici, on jexe, on mire, on vigore... « L'action ménagère repose-t-elle sur une quête originelle de la pureté ? », questionne J.-Y. Corre. « Je sais pas. Passe-moi plutôt l'éponge », lui répond Sophie, sa femme. Oui, en ce joli jour de mai, la table n'est pas encore débarrassée chez les Corre. Et il est 14 h 30. Alors y'a pas photo : faut se retrousser les manches... Manquerait plus qu'une scène de ménage !
« 57 portraits de ménages domestiques », dès vendredi, jusqu'au 20 mai, galerie Roger Portugal, rue Santeuil, à Nantes. Tél. 06.10.50.68.33