
Leur CV ne les favorise guère. Et de plus, ils habitent un quartier sensible où le taux de chômage explose. Parmi eux, Florence, Thierry et Henriette... Hier à Rennes, ils avaient quinze minutes pour convaincre des entreprises en mal de recrutement.
Aux Champs-Manceaux, dans la ZUP sud de Rennes, le taux de chômage atteint près de 20 %. C'est là que la Maison de l'emploi, de l'insertion et de la formation du bassin d'emploi rennais a décidé d'organiser un job dating. L'expression est curieuse, sa conception controversée. En clair, vingt-trois entreprises, de toute taille, ont donné rendez-vous à une centaine de chômeurs au pôle municipal du quartier : chacun a pris trois à quatre rendez-vous en fonction des profils d'emploi proposés. L'entretien se déroule dans des boxes de 4 m².
« Je connaissais le speed dating pour les rencontres amoureuses, raconte Florence, une jeune femme de 22 ans, titulaire d'un bac pro commerce. Là, je ne pense pas que ce soit aussi sentimental ». Pas courant de voir des entreprises venir à la rencontre des sans-emploi. Intimidant, angoissant même, pour les chômeurs de ces quartiers, notamment les plus jeunes, de répondre à l'invitation du monde patronal, dont l'image sociale n'est pas reluisante dans leur environnement quotidien. Mais quand même, quand EDF, GDF, McDo, la SNCF, l'hôtel Mercure, PSA Peugeot-Citroën ou France Télécom vous tend la main...
Florence a pris trois rendez-vous, mais c'est le premier qui l'intéresse en priorité. Dans le box d'EDF-GDF, elle commence par se présenter avant de développer sa motivation. Après son CAP vente, elle a travaillé en contrat de professionnalisation dans un commerce de fruits et légumes aux Halles de Rennes, puis dans une boulangerie. Depuis septembre, les petits boulots intérimaires se succèdent, la chaîne dans les usines, le nettoyage des wagons à la SNCF... « Le contrat de professionnalisation pour être télévendeuse m'intéresse, je connais les ventes en face à face. Ici, c'est autre chose, mais il faut là aussi être à l'écoute des gens, j'aime çà ». En face, le représentant de l'entreprise recruteuse prend bonne note. Florence a tout donné, elle espère un prochain courrier dans sa boîte à lettres... « Un emploi stable serait formidable ».
Henriette, 52 ans, « Guyanaise française et fière de l'être », a dû quitter son poste d'aide-soignante pour raison de santé. Une fracture du bras s'est compliquée, elle cherche du travail après une interruption de plus de trois ans. Aujourd'hui, elle se sent apte à reprendre dans l'aide à domicile au sein d'une association rennaise. Elle ressort de l'entretien plutôt dépitée. « On me trouve toutes les qualités, mais il parait que la charge de travail serait trop lourde pour moi. Qu'on me laisse au moins essayer », déplore Henriette. Elle a l'impression que sa couleur de peau l'a, une fois encore, desservie. Thierry, 44 ans, marié, père de famille, aimerait que la galère de la recherche d'emploi s'arrête. Il était cadre en marketing dans un hôtel des Maldives que le tsunami a emporté. Aujourd'hui, de retour au pays, il est RMIste depuis un an. « J'ai écrit une centaine de lettres, j'ai reçu, en tout et pour tout, dix réponses négatives », explique-t-il. Aujourd'hui, il est prêt à accepter un emploi de manager junior adjoint chez McDo. « E condition qu'on m'offre des perspectives d'évolution de carrière par la suite ». Il espère avoir été entendu.