
Les dents n'ont pas fini de grincer et les zygomatiques n'ont pas fini de se tendre. Jeudi, les Goristes, poids lourds de la scène brestoise, mettent en bac leur septième album, « Kig Ha Farz Mambo », qui dépassera et de loin, par sa verve et ses délires, les rives de la Penfeld. Comme d'habitude.
Si vous voulez vraiment faire plaisir à un Goriste, alors dites-lui, comme cet homme politique qui voulait jouer au plus malin, que leur répertoire n'est après tout que « Bresto-brestois ». Les huit gars sortiront fièrement le ventre et répliqueront que quand « les Brésiliens viennent en France, ils font de la musique brésilienne. Fernandel a chanté Marseille toute sa vie. Nous, c'est pareil. On parle de Brest ailleurs qu'à Brest. D'ailleurs, nos textes sont meilleurs que ceux des Beatles ».
Les preuves du succès galopant des huit chansonniers, qui n'épargnent rien, ni personne, sont légion. « À la fête des Chants de marins de Paimpol (22), on a fait plus que Johnny Clegg sur la place. On nous a dit qu'il y avait 15.000 à 20.000 personnes. C'est dingue », s'en remet à peine Jacquy « Blet » Thomas. Patrick Audouin, autre Goriste patenté, sait encore que chacun des disques précédents s'est vendu « au moins » à 10.000 exemplaires, de Vannes à Redon, en passant par Rennes et Saint-Brieuc. « Moi, j'explique ça parce que les gens qui nous découvrent au hasard achètent ensuite la collection complète parce que nous faisons des chansons à texte », analyse « le Chétif » de sa belle voix grave. Les textes, parlons-en. Des coups de tatane délicieux, nourris aux expressions ti'zefs et au langage pop', qui ne respectent surtout pas ce qu'il est de bon ton de respecter. C'est ainsi que le premier vrai succès des Goristes, acheminé par le bouche-à-oreille, voulait rendre la Penfeld aux Brestois avant une moquerie en règle sur les péripéties du porte-avions Charles-de-Gaulle. À chaque coup, les Goristes tapent droit dans le mille et fédèrent un public de plus en plus nombreux. Comme se souvient Yvon Etienne : « Au premier concert, nous connaissions tous les noms des spectateurs, maintenant, ce sont les spectateurs qui connaissent tous les noms des Goristes », allègre contraction de goret et choriste.
Pour ce nouvel album, « la septième merveille de l'immonde », dixit Henry Girou, la recette n'a pas été oubliée. Cette fois-ci, les gars ont mitonné un « Cassoulet politique » riche en bouche et un sauté de volaille qui risque de faire du bruit dans la basse-cour. « Le poulet de Brest » est, en effet, bien épicé, presqu'autant que celui de Brive-la-Gaillarde cher à Brassens.
« En fait, dans cet album, nous parlons pas mal de bouffe et de vin », s'excusent presque les gars et notamment lors du fameux « Kig Ha Farz Mambo » où le triathlon breton (acide urique-cholestérol-triglycérides) ne veut être sacrifié sur l'autel de la salade de crudités. « Quand les Goristes seront maigres, alors nous aurons fini de chanter », pleurnicheraient-ils presque. Ils ne pourraient plus resservir le public en lipig, cette sauce au beurre et aux échalotes qu'ils offrent, ici, à Brest Poubelle Océane (BPO) en considérant que « pour Brest 2008, c'est bien parti. On a déjà deux bateaux d'inscrits, le Colbert et le Clemenceau ». Ce n'est plus la peine d'essayer de les corriger. Et gare à celui qui relèvera le gant. Il aura fort à faire, fois huit.