Minoterie Hinault : Une histoire de famille

Alors que les moulins disparaissent, Benoît, 36 ans, et Julien, 30 ans, ont décidé de reprendre la minoterie familiale. C'est la quatrième génération de meuniers chez les Hinault.

En cette période de pluies incessantes, la petite rivière qui court au pied de l'entreprise charrie une onde puissante et abondante. « Jusqu'aux années 50, c'est elle qui faisait tourner les cylindres de la minoterie », raconte Benoît Hinault. L'image fait ressurgir la nostalgie du passé, l'époque où l'arrière-grand-père, François, allait livrer les boulangers du pays au volant de son camion. « Reprendre l'entreprise était pour nous dans la logique des choses, une sorte de mission familiale, commente-t-il. Mais nous reprenons le flambeau par plaisir, pas par contrainte, c'est un beau métier ».

Du blé 100 % français

En 1928, la minoterie ne présentait pas le même visage. Un modeste bâtiment abritait l'atelier. Le grand-père achetait son blé à des agriculteurs du coin et fabriquait quelques dizaines de tonnes de farine dans l'année. De quoi approvisionner, par sacs de 100 kg, les boulangeries implantées dans un rayon de 50 km. François était épaulé par un conducteur de moulin, son unique salarié. Au fil des générations, d'abord avec André, puis André junior, l'affaire familiale s'est industrialisée. En dix ans, le chiffre d'affaires a été multiplié par quatre et l'entreprise emploie aujourd'hui douze personnes. La Minoterie du Bocage dispose désormais d'un contingent de 20.000 tonnes de blé et produit annuellement 15.000 tonnes de farine. Avec du blé 100 % français, issu essentiellement des grandes plaines d'Eure-et-Loir.

Complémentaires

Benoît et son frère Julien ont plongé très tôt les mains dans la farine. Dès l'âge de 12 ans, ils venaient donner la main aux parents, pendant les vacances scolaires. « E 75 ans, notre grand-père venait parfois passer un coup de balai dans l'atelier et nous donnait encore quelques conseils quand on faisait les sachets de 500 grammes », se souvient Benoît. Depuis janvier dernier, ce sont eux qui tiennent les rênes de la maison. Le métier, ils le connaissent bien. Benoît est entré dans l'entreprise il y a douze ans, Julien il y a six ans. Ils se complètent. L'aîné possède une formation commerciale, le second est spécialisé dans les techniques céréalières. La minoterie a élargi son horizon commercial et vend sa farine aux grandes surfaces, aux industriels et aux artisans boulangers, biscuitiers et crêpiers.

De la farine label rouge

Pour obtenir les farines demandées par chaque client, les minotiers procèdent à une alchimie savante, dosant avec précision les mélanges entre les variétés de blé. Le haut de gamme, c'est la farine label rouge, qui sert notamment à fabriquer les pains de tradition prisés par les consommateurs. L'inquiétude aujourd'hui, c'est la mondialisation du marché du blé avec, en corollaire, la spéculation. L'an passé, sur fond de sécheresse et de développement des biocarburants, les cours ont augmenté de 30 %. Cette année, la hausse s'élève à 40 %. « La profession est en crise, soulignent Benoît et Julien Hinault. E cette allure, il ne restera plus que le tourisme en France, et encore plus en Bretagne, grande région agroalimentaire ». En 1972, les Côtes-d'Armor accueillaient 32 moulins. Il en reste cinq aujourd'hui. Et demain ?

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