
A l'Institut universitaire européen de la mer, à Brest, Marie Boyé et Sabrina Speich coordonnent un projet international d'étude de l'océan Austral. 26 laboratoires et une centaine de scientifiques sont impliqués.
Le projet « Bonus-Goodhope » amènera Marie Boyé et Sabrina Speich, en février 2008, à bord du Marion-Dufresne II, pour 41 jours de mer, dans l'océan Austral, au sud de l'Afrique du Sud (*). Sabrina Speich, 42 ans, maître de conférence à l'UBO, n'a jamais renoncé à un temps complet : « En gros, mon salaire, je le donne aux gardes d'enfants ».
Avec le sentiment qu'elle est un peu « une Martienne », au regard de la génération précédente, dans sa famille. « Si on veut rester dans la course, on ne peut pas lâcher. Il faut proposer des projets, qu'ils soient évalués, que des fonds arrivent. Un mi-temps, un quart-temps, ce n'est pas possible », estime, de son côté, Marie Boyé, 36 ans, chargée de recherches au CNRS. Un labo d'accueil à Brest a constitué une opportunité pour elle mais Marie Boyé voit peu son compagnon, qui travaille à Marseille. Sabrina Speich trouve toutefois qu'être une scientifique en France est plus facile qu'en Italie, d'où elle est originaire. « Dans ma promotion, sur 50, nous étions deux filles et une seule a terminé ». Ou encore qu'aux Etats-Unis : « Pour mon premier enfant, j'ai eu deux semaines de congés de maternité ».
Toutes deux ont le sentiment qu'« une femme doit prouver beaucoup plus qu'un homme que sa science vaut le coup ». Marie Boyé ajoute qu'« en général, une femme qui a envie de dire quelque chose, le dit alors qu'un homme a plus tendance à " sédimenter ". Les rapports de forces entre hommes sont plus codifiés qu'entre homme et femme, et souvent liés à la hiérarchie. Nous pouvons apparaître comme agressives parce que moins respectueuses des codes. Dans la vieille génération, il y a quelquefois du sexisme. Dans la nouvelle, c'est la compétition entre tout le monde ». Ce qui peut se solder aussi par une accusation de « carriériste ».
Toutes deux n'en sont pas à leur première mission sur un bateau et ont connu la cohabitation hommes-femmes à bord, celle aussi entre l'équipe scientifique et l'équipage. « J'ai eu droit à un capitaine hollandais qui ne me parlait pas », se souvient Marie Boyé. « Et sur une mission d'un mois et demi, au large du Pacifique, ils étaient " affamés " », plaisante Sabrina Speich.
* Ce projet vise à en savoir plus sur une zone peu connue car hostile. Y aller coûte cher (2,5 M? le Marion-Dufresne pour cette campagne).