Les carnets de route d'un pèlerin breton

Il a plus l'allure d'un marathonien que d'un pèlerin. Il marche pour écrire. Le Morbihannais Patrick Huchet, âgé de 58 ans, vient de boucler Séville- Saint-Jacques de Compostelle. Mille kilomètres, des ampoules aux pieds et une tendinite. À peine un exploit pour ce pèlerin, historien et journaliste, enfant de Mai 68, qui revendique une seule chose : sa liberté.

S'il marche beaucoup, Patrick Huchet écrit tout autant. Saint-Jacques-de-Compostelle est devenu sa muse et son inspiration depuis qu'un éditeur lui a demandé, il y a dix ans, si ça l'intéressait d'écrire sur ce pèlerinage venu du Moyen Âge. Il s'est donc mis en chemin. Sans trop savoir ce qui l'attendait. Illustré par les photos de son ami Yvon Boëlle, un Vannetais, l'ouvrage a bien marché ! Dix-sept retirages et 200.000 exemplaires plus tard, Patrick Huchet a repris son sac à dos, pour alimenter « Les nouveaux chemins de Compostelle en terre d'Espagne », qui sortira en 2010.

Passionné d'art roman

Il n'est d'ailleurs pas au bout de ses peines. Et les mille bornes parcourues ne sont qu'une mise en jambe ! En 2009, pour compléter ses carnets, il va crapahuter au départ de Faro, au sud du Portugal, et sur la voie nord espagnole, la Puerta del Camino. « Cette fois, j'ai suivi l'ancienne chaussée romaine de Séville à Astorga, empruntée par les envahisseurs berbères », explique à son retour le Breton, six kilos en moins et à peine marqué par son périple. « Seul sur le chemin, c'est très dur, témoigne-t-il. Marcher trente kilomètres par jour sans voir personne avec des paysages grandioses en Andalousie, d'immenses troupeaux, ce n'est pas toujours drôle ». Lui qui recherche les rencontres humaines, les découvertes, est resté cette fois sur sa faim. Passionné d'art roman, il a dû faire l'impasse sur les églises romanes de Zamora. Un crève-coeur. Soulagé cependant qu'un ami et voisin du Fort Bloqué, à Ploemeur, Jean-Pierre Lucas, ait pu l'accompagner la moitié du trajet, de Salamanque jusqu'à Saint-Jacques. « Sur cet itinéraire, les pèlerins français sont rares », dit-il. Il n'a pas perdu de temps : le soir, à l'étape, il a méthodiquement noirci ses carnets de ses impressions de voyageur.

Quiberon - Saint-Jacques

C'est en 1999 qu'il a bouclé son premier pèlerinage : Quiberon - Saint-Jacques de Compostelle d'une traite et en deux mois. Avec une arrivée à Compostelle le jour de ses 50 ans. Des souvenirs inoubliables sur un « chemin de fraternité, d'humilité et de découverte de soi, une démarche à la fois spirituelle et philosophique ». Une magie du chemin, avec de formidables rencontres, que ce « lève-tôt » - mieux vaut marcher dès que le soleil se lève - raconte avec passion. Après son apogée au Moyen Âge, le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle ira déclinant jusqu'aux années 1950. Depuis une quinzaine d'années, il est devenu une sorte de « must », même pour des non-croyants, après Jérusalem et Rome. Du pain béni pour certains éditeurs. L'an prochain, Patrick Huchet va devoir s'acheter des « Pataugas » neuves. Il prépare pour 2009 « Les nouveaux chemins de Compostelle en terres de France ». Les étapes de son périple sont arrêtées : Cluny - Le Puy-en-Velay, puis Mont-Saint-Michel - Saint-Jean-d'Angély (Charente-Maritime), balisé par l'association bretonne des Amis de Saint-Jacques. À l'automne, ce seront les voies du Roussillon jusqu'à la frontière catalane. Peu importe la distance, Patrick sait qu'il connaîtra l'ivresse de la découverte !

2.300 km à pied et la bénédiction du Vatican

Tous les chemins mènent à Rome dit-on. Y compris les chemins de Compostelle. C'est la route qu'a empruntée Louis-Claude Guirriec. Il vient d'ajouter 2.300 km supplémentaires à son podomètre.

Il n'y a que quelques années que ce retraité vannetais s'est entiché de la marche au long cours.

En commençant, raisonnablement, par le Tro Breizh. Mais maintenant, il fait dans le lourd. En 2004 puis en 2005, il a marché vers Compostelle, au départ du Puy-en-Velay, puis de Vannes. Cette fois, il a vu encore plus long, en faisant à l'envers l'itinéraire que suivent les pèlerins transalpins. Seul, comme il aime le faire. « C'est ainsi qu'on se donne le plus de chance de rencontrer des gens ». Et il en a eu, des occasions, entre le 18 mars, date de son départ, et son arrivée à Rome le 27 mai. 71 jours de marche, 2.300 km, 32 km de moyenne, avec des pointes de plus de 50 km ! « À part une ampoule au talon, je n'ai pas eu de problème. La hantise, c'est la tendinite, mais je n'en ai jamais eu ». Pour preuve de son périple, cette attestation délivrée par le vicaire du Vatican (ci-contre, photo L.B.).

Ô Jérusalem !

Dans une autre vie, l'homme était formateur sportif à l'école de police de Vannes. Ceci dit, il ne s'attendait pas à perdre 12 kg en route. Il ne s'attendait pas non plus à ne trouver que du bitume en terre italienne. « En fait, c'est un chemin qui n'existe pas. On marche donc au bord de la route. J'ai même marché le long d'une quatre voies ! » Fin juillet, on le retrouvera sur le Tro Breizh qui, cette année, reliera Dol-de-Bretagne (35) à Vannes. Une grosse centaine de kilomètres, de la rigolade. Dans un avenir plus lointain, Louis-Claude Guirriec s'imagine bien retourner sur les chemins. Pour rallier les deux Finistère, de la pointe Saint-Mathieu au Cap Fistera, en Galice. Et puis plus tard, pourquoi pas, un petit périple vers Jérusalem...

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Pratique

Une association bretonne pour les mordus

Ils sont des dizaines à partir de Bretagne chaque année - surtout au printemps - en direction de Saint-Jacques de Compostelle, distante de 1.700 à 1.800 km. Que ce soit du Mont-Saint-Michel, de la pointe Saint-Mathieu, au bout du Finistère, de l'abbaye de Beauport, à Paimpol (22), où encore de Locquirec (29) où la légende dit qu'aurait débarqué saint Jacques, à bord d'un vaisseau de pierre. L'association bretonne des amis de Saint-Jacques conseille les pèlerins, délivre à qui veut la crédencial (passeport pour accéder aux gîtes). « Nous avons un millier d'adhérents et il y a un vrai engouement des Bretons pour Compostelle, mais beaucoup partent de chez eux où le font en plusieurs étapes », explique Yves Métivier, le président de l'association. Le Morbihannais, à 70 ans, vient de marcher 650 km depuis le 20 mai, au départ du Puy-en-Velay (Haute-Loire). Un parcours qui l'a conduit à Saint-Jean-Pied-de-Port (Pyrénées-Atlantiques), à la frontière espagnole, et qu'il reprendra l'an prochain.


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