Patrick Roger : Le virus de l'info.

C'est un Breton d'Ille-et-Vilaine qui reprend les rênes de France Info. Depuis quelques années, la station perdait des auditeurs et Patrick Roger, 41 ans, vient d'être nommé pour redresser la barre, au moment où la radio fête ses 20 ans. Un challenge pour ce fils de paysan de Plesder, qui a fait une carrière éclair, de Combourg à Paris.

Il arrive en courant, son duffle-coat camel volant derrière lui, s'excuse platement de son retard, et pose sa grosse pochette en plastique vert pomme, digne d'un étudiant, sur la table du pub de Boulogne où a lieu le rendez-vous. Le planning de Patrick Roger est plus que chargé, et il n'a pas encore de secrétariat pour l'aider à prendre ses rendez-vous. Alors forcément, il s'emmêle un peu les pinceaux. Ajoutez à cela qu'il est papa pour la deuxième fois depuis peu, et que sa fille de huit mois a un peu de mal à s'endormir, et vous comprendrez à quel point la vie de cet homme est trépidante ! Il faut dire que depuis lundi dernier, Patrick Roger a pris les manettes de France Info, à la place de Michel Polacco. Les audiences de la station baissent régulièrement depuis 2003, avec une accélération l'année dernière (8,9 % de moyenne en décembre 2006, contre plus de 10 % douze mois auparavant). Équipes démotivées, flottement dans la ligne éditoriale, le patron de Radio France, Jean-Paul Cluzel, a décidé de changer les têtes pour tenter de faire s'inverser les chiffres. Plusieurs noms ont circulé, plus ou moins sérieusement, dont celui Thomas Hugues, mais c'est celui de Patrick Roger qui s'est vite imposé.

« Raconter le monde en direct »

En misant sur ce jeune patron de 41 ans, journaliste à la Maison ronde depuis les années 90, successivement comme présentateur, rédacteur en chef, puis numéro 2 d'Info, avant de partir sur France Inter, Jean-Paul Cluzel sait qu'il a affaire à quelqu'un qui connaît parfaitement les rouages de la maison. Et qu'il est opérationnel depuis la minute où il a traversé les portes vitrées qui amènent au coeur de la radio d'infos en continu. D'ailleurs, les premières déclarations n'ont pas traîné puisque que Patrick Roger explique dès mercredi dans « Le Monde » (*) que la mission de sa radio est de « raconter le monde en direct. Aujourd'hui, ce but n'est que partiellement atteint, parce que France Info accorde beaucoup de place à des sujets plutôt " magazine " et peut-être insuffisamment liés à la stricte actualité. »

Remettre de l'ordre

Trop de chroniques (« à force de les multiplier, on n'entend plus rien ») sur trop de sujets différents, le nouveau patron va remettre de l'ordre dans la chaîne, et dévoiler des personnalités qui émergent dans la vaste pépinière de la radio. « Quand je demande aux gens quelle est la voix qui les a marqués, ils me citent très souvent Yolaine de la Bigne, alors qu'elle n'est plus à l'antenne depuis longtemps. Pour reprendre un slogan de la station "prendre une longueur d'avance", c'est ce que l'on va tenter de remettre en place au quotidien. » Il est vrai que l'offre d'information est devenue plus abondante, entre internet, la presse gratuite et les généralistes, et France Info n'est plus la seule à interrompre ses programmes, quand un événement important se produit. « Pour faire la différence, il faut que notre antenne soit tournée vers l'avenir, qu'elle suive les bouleversements géostratégiques, qu'elle soit capable de montrer tout ce qui va se passer », enchaîne le journaliste. Un programme ambitieux à l'image d'un homme consciencieux, rigoureux, qui sait où il va. Des qualités qu'on ne lui discute pas. « On a débuté en même temps, il est devenu patron et pas moi », rigole Gérald Roux, chroniqueur rock sur Info. Arrivés tous les deux à Paris, l'un de Bretagne, l'autre d'Annecy, les deux hommes se rencontrent il y a 23 ans sur les bancs du Studec, une école de radio privée. Même ambition, même enthousiasme pour ce média qu'ils ont, tous les deux, découvert de façon amateur et dont ils comptent bien faire leur métier.

Parcours éclair

En plus des ondes, les deux jeunes gens partagent une passion commune pour le punk-rock et après l'antenne, écument les concerts de « Killing Joke » ou des « Ramones ». Très vite, Patrick Roger délaisse l'animation pour le journalisme, et enntre dans le réseau de Radio France. Il enchaîne les stations, Laval, Clermont-Ferrand, Nantes, où il se fait très vite un nom, une bonne réputation. Gérald Roux, lui, est embauché à France Info et quand une place de présentateur se libère, il donne le tuyau à son copain, qui rentre à Paris. « Je me suis rendu compte qu'il avait énormément appris, qu'il était très pro, attentif, très travailleur, il a ce que les Américains appellent le " fresh eye ", l'oeil neuf. J'ai beaucoup appris en le regardant faire », remarque Gérald Roux. Entré à France Info en 1990, Patrick Roger grimpe rapidement les échelons : en 1995, il devient rédacteur en chef adjoint de l'antenne, rédacteur en chef, puis en 1998, directeur adjoint de la station. Il a 33 ans et y croise celle qui deviendra sa compagne et la mère de ses deux filles, Emmanuelle Daviet, en charge de la chronique « Tous consommateurs ». Après 10 ans d'antenne, le journaliste décide de changer d'air, il n'est pas Breton pour rien. Emmanuel Chain lui propose de devenir le chef des infos de sa nouvelle émission, destinée à occuper la case du désormais disparu « 7 sur 7 ». Le magazine « 7 à 8 » est un succès, mais il manque à Patrick Roger l'actualité chaude. Alors, quand Jean-Marie Cavada lui propose de revenir à la radio, cette fois à France Inter... il plonge. Et signe pour devenir rédacteur en chef de la matinale, et présentateur du journal de 8 h, celui qui fut pendant cinq ans le plus écouté de France. « C'est vrai qu'on a fait la course en tête », reconnaît modestement ce fils de paysan breton.

Voisin de François Pinault

Quand il regarde en arrière, Patrick Roger mesure le chemin parcouru. A sa naissance, en 1965, sa famille est plus proche des bêtes et de la nature que des bouleversements du monde. Ses parents sont exploitants agricoles, et il n'a que six mois quand son père décède d'un problème au coeur. Sa mère déménage de Pontorson, dans la Manche, pour Plesder, un petit village de 600 âmes à côté de Dinan, qui a une particularité, c'est d'être voisin du fief familial de François Pinault, à Champs-Géraux, à quelques kilomètres de là, mais dans les Côtes-d'Armor. Elle se remarie avec un agriculteur, dont elle aura une petite fille, la demi-soeur de Patrick. Celui-ci évoque une enfance campagnarde et heureuse, les tournois de foot, la musique, la troupe de théâtre, les copains, un amour très modéré pour les études, et une vraie passion pour l'info. « Déjà à 10 ans, en rentrant de l'école, je lisais le journal. J'ai toujours eu le virus », confie le journaliste. Patrick Roger a 16 ans lors de l'explosion des radios libres, et 17 ans quand il anime sa première émission, le week-end, sur « Radio Chantepleure », à Combourg, où il se rend à mobylette deux fois par semaine et le week-end. Une passion d'adolescent, qui n'est pas près de le quitter. Et même s'il n'aura plus, au quotidien, le frisson du direct, il est impatient d'imprimer sa griffe. « Ce ne sera pas une révolution, mais une évolution rapide. »

* Le Monde daté de jeudi 5 avril.

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