Unesco : Rhimou veut être utilie à l'humanité

C'est le sourire timide et la voix chevrotante que Rhimou Bouhlal, jeune doctorante marocaine, est montée à la tribune de l'Unesco, à Paris. Elle y a reçu une bourse qui l'aidera à poursuivre ses études à Vannes.

Certaines sont montées sur l'estrade avec assurance pour présenter leur projet avec fougue. D'autres, plus stressées peut-être, ont détaillé le leur avec minutie. D'autres, enfin, visiblement impressionnées, ont expliqué leur rêve avec timidité. Comme Rhimou. Petit bout de femme de 28 ans qui venait de quitter pour la première fois son Maroc natal et sa ville de Tetouan. Laissant derrière elle, mais sans doute pour leur plus grande fierté, ses parents et ses six frères et soeurs. La benjamine de la famille est en effet la seule à poursuivre ses études. Et quelles études...

Au laboratoire de Vannes

104 dossiers, 15 boursières

104 dossiers de 63 pays différents étaient en lice cette année, seuls 15 ont été retenus. Dont celui de Rhimou, qui sera la seule à venir en France. Une chance pour la jeune femme qui, depuis un an, voyait ses recherches avancer au ralenti faute de moyens techniques adaptés dans le laboratoire de l'université Abdelmalek Esaadi, à Tetouan où elle a suivi tout son cursus. « Cette année, je pouvais seulement rechercher de la documentation... Maintenant, je vais pouvoir repasser à une phase de recherches plus active dans le laboratoire de Vannes, spécialisé dans mon domaine : les algues marines ».

De nouveaux médicaments grâce aux algues

Car l'ambition de Rhimou est de déterminer le potentiel pharmacologique d'extraits d'algues marines prélevés sur les côtes marocaines. « Un grand nombre de médicaments classiques ont perdu de leur efficacité », explique-t-elle. « Il est donc essentiel de développer de nouveaux traitements ». Pendant son séjour breton, la jeune chercheuse testera ainsi l'activité anti-virale de plusieurs espèces d'algues marocaines, afin de sélectionner celle qui aura l'activité biologique la plus prometteuse. « On pourra ainsi développer au Maroc de nouveaux traitements médicaux ». Car son rêve est bien là : être avant tout utile à son pays et « laisser une trace ». Elle se définit elle-même comme « ambitieuse ». Des ambitions qui lui ont déjà permis d'avancer petit à petit dans un monde de la recherche très masculin et dans un pays où « très souvent, les femmes arrêtent leurs études à la licence ». Sa timidité aurait pu être un obstacle que sa curiosité a vite fait de mettre en sommeil. Aujourd'hui, Rhimou attend avec impatience de découvrir son futur laboratoire et de se replonger à corps perdu dans le travail. Afin de concrétiser son rêve : « Faire quelque chose de bien pour l'humanité ». Rien de moins. Comme l'a rappelé mercredi l'une des représentantes de l'Unesco, citant Margaret Meade, l'anthropologiste américaine : « Ne jamais douter qu'un petit groupe de citoyens sensibles et engagés peut changer le monde »...

* 500.000 ? à partager entre les 15 jeunes chercheuses.

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Pratique

Les prix pour les femmes et la science 2007 remis hier à Paris

Depuis 1998, l'Unesco et L'Oréal se sont unis pour créer leur prix « Pour les femmes et la science » afin de « rendre justice à celles qui n'ont reçu que 3 % des quelque 500 prix Nobel de sciences », mais aussi « pour encourager les femmes à s'engager dans la voie scientifique ». Chaque année, le prix récompense ainsi cinq chercheuses des cinq continents. Les noms des lauréates 2007 étaient dévoilés, hier, à Paris, à la Maison de l'Unesco. Sont donc primées cette année : les professeurs Ameenah Gurib-Fakim (île Maurice) pour son inventaire des plantes de l'île Maurice et sa recherche sur leurs applications biomédicales, Ligia Gargallo (Chili) pour ses études sur les solutions de molécules flexibles à longue chaîne, Mildred Dresselhaus (Etats-Unis) (Photo ci-contre, DR) pour ses études théoriques en physique des solides, et en particulier, sa conceptualisation des nanotubes de carbone, Margaret Brimble (Nouvelle-Zélande) pour ses synthèses de produits naturels, en particulier des toxines trouvées chez les mollusques et enfin, Tatiana Birshtein (Russie) pour ses recherches sur la forme, la taille et les mouvements des molécules en longue chaîne.


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