
Les vaches aussi prennent soin de leurs pieds. Ou plutôt leurs éleveurs s'en préoccupent. Thibault Le Gal est pédicure bovin, à Guidel. Une profession émergente et pas très courante.
« Une vache qui marche à dix heures dix, tous les éleveurs vous le diront, ce n'est pas bon ! Elle n'est pas à l'aise, reste couchée, mange et boit moins, donc produit moins de lait ». Thibault Le Gal, pourrait vous parler des heures durant, des bêtes qu'ils soignent à longueur de journée, dans le Centre-Bretagne : pédicure bovin de son état, pareur et aussi écorneur, c'est ce qu'il a inscrit en grosses lettres vertes sur les flancs de son énorme pick-up. Dans sa trousse à outils, foin de limes à ongles et encore moins de vernis, mais une meuleuse en tungstène, des couteaux anglais appelés reinettes, des cisailles sur vérins hydrauliques et surtout, une drôle de cage, montée sur la remorque tractée par son pick-up. Un attelage qui ne passe pas inaperçu sur les chemins vicinaux de Plouay, Spézet, ou Châteauneuf-du-Faou, son secteur d'intervention.
« Mon boulot, c'est de rectifier les ongles des bovins, mais aussi de couper les cornes des vaches pour qu'elles ne se blessent pas entre elles », explique-t-il. « Une bête cornue est une bête potentiellement dangereuse. On a vu des vaches avorter à cause d'un coup de corne. Quand les éleveurs n'ont pas pris, ou pas eu le temps, de brûler les cornes des veaux très peu de temps après leur naissance, ils nous appellent pour qu'on s'en occupe ». Aujourd'hui Thibault Le Gal intervient à Plouay, à la ferme de Rillaouec : treize vaches à écorner et deux à parer. Urfa et Tirelire boitent bas. « Allez ma poule, viens dans la boîte, entre ! » Ceint d'un grand tablier en plastique, de gants en Kevlar et d'un aiguillon, tranquillement, Thibault, avec l'aide du couple d'éleveurs, amène la bête dans la cage, qui la maintiendra pendant toute l'opération. Pas la partie la plus facile.
« Il faut penser vache », commente Thibault. « Il faut qu'elle voit ses copines, ça la rassure et surtout, ne jamais se fâcher. Elles sont plus costaudes que nous et tu peux vite te prendre un mauvais coup. La grosse partie de notre boulot est la manipulation de bovin. Tu ne peux pas faire ce boulot si tu n'aimes pas les bêtes ». Finalement, Urfa a fini par entrer dans la cage. Avec un couteau anglais, Thibault taille dans la corne pour rectifier les onglons. Pas de chance, elle souffre d'une dermatite, apportée par une bactérie douloureuse et contagieuse qui attaque entre les deux doigts,. Un petit coup de désinfectant ne suffira pas. Thibault aiguille l'éleveur vers le vétérinaire, qui devra prescrire une antibiothérapie.
Car la profession de pédicure bovin est très réglementée. Pas question de se substituer aux vétérinaires ; un pareur n'intervient que sur la corne, pas sur le tissu vivant. Une formation est dispensée près de Rennes, au Rheu, dans un centre de formation pour adultes. Le seul pour toute la France. La méthode appliquée est hollandaise, un pays où les éleveurs parent les pieds des vaches depuis longtemps. Ce qui n'est pas le cas en France. Dans le Sud-Bretagne, seulement, trois pédicures bovins sont en activité. Mais de plus en plus d'éleveurs prennent soin des pieds de leurs vaches. Pas par coquetterie. La boiterie est la troisième cause de réforme pour une vache.