
Il est l'un des trois ou quatre archéologues les plus renommés de Bretagne. À son tableau de fouilles, on compte notamment les mégalithes de Monteneuf (56), découverts et redressés suivant d'anciennes techniques. Aujourd'hui, Yannick Lecerf coule une retraite tout sauf paisible à l'ombre de la motte médiévale de Betton (35).
Originaire d'un monde marin, le natif de Cancale (35) était plus destiné à parcourir les océans qu'à remonter les fleuves de l'Histoire. Un oeil invalide le rejettera à terre quand il s'apprêtait à faire carrière dans la Marine. Puis quelques rencontres avec des archéologues feront naître une flamme en lui. Un feu qui ne s'est jamais éteint et qui a fait de lui LE spécialiste du mégalithe armoricain. « Il y a des menhirs dans toutes les civilisations. Chaque pierre dressée nous raconte quelque chose. Les menhirs servaient à porter le souvenir ». On le laisserait causer pendant des heures sur ces totems de pierre, qui « peuvent être aussi bien féminins que masculins ». Yannick Lecerf n'est pas seulement un beau parleur, intarissable sur les us et coutumes de nos lointains et encore plus lointains ancêtres. Il est aussi un découvreur. « Pendant des années, on s'est beaucoup intéressé aux sépultures, sans aller plus loin. On n'y trouvait pas beaucoup d'objets. Les anciens archéologues avaient délaissé ces sites ». Une nouvelle génération d'archéologues a changé les règles, refusant de se contenter de découvrir et s'obligeant à interpréter.
Yannick Lecerf est intervenu sur tous les grands alignements de Bretagne, mais c'est à Monteneuf qu'il a pu conforter certaines théories et véritablement expérimenter d'anciennes techniques. « Je devais redresser un menhir qui tombait. En débroussaillant autour, on s'est aperçu qu'il y avait, non pas trois menhirs perdus dans la lande, mais plus de 400 blocs étalés sur plus de 600 m de long ». Pendant dix ans, de 1979 à 1989, Yannick Lecerf et son équipe ont redonné une partie de leur splendeur d'antan aux mégalithes de Monteneuf. Un site qui était resté à l'abri des fréquentations pendant des années, protégé par son armure végétale. C'est là que, pour la première fois de l'ère moderne, tout un ensemble a été redressé avec des bras de levier en bois, les archéologues reproduisant les gestes des premiers Bretons. « Un menhir moyen pesait 15 tonnes et une quinzaine de personnes étaient nécessaires pour le redresser. J'ai essayé de retrouver les techniques de manutention et de levage de ces énormes blocs. Les mégalithes de Monteneuf ont servi à relancer les études sur les menhirs, abandonnées depuis des années ». Et ont permis de découvrir que la construction du site s'était étalée sur 2.000 ans : « Ce qui fait que ceux qui avaient commencé à dresser les menhirs ne savaient pas comment ça devait se terminer, et ceux qui ont levé les derniers ne savaient pas pourquoi ils le faisaient ».
Yannick Lecerf aurait pu laisser le passé en paix, après son départ à la retraite. Mais non, c'est plus fort que lui. Dans son sillage, deux associations sont nées dans le pays de Rennes. L'une d'elles, à Betton, a décidé de prendre d'assaut une motte médiévale, dont il ne restait que le monticule sur lequel reposait une tour. Depuis trois ans, les bénévoles s'échinent à faire revivre la place forte, à partir des savantes indications de Yannick Lecerf. Sur 1.200 m², des bâtisses ressurgissent, avec les moyens du bord : ceux qui étaient à disposition de ces petites communautés du Moyen Ege vivant en autarcie. Deux mille curieux ont voulu voir de leurs yeux ce pan de passé retrouvé lors des Journées du patrimoine. E Betton, Yannick Lecerf n'a pas fini de réécrire l'Histoire.