Trois millions de Bretons !

Les Bretons sont plus de trois millions depuis l'été 2004. Avec une augmentation de population plus forte que la moyenne française, la région fait preuve d’un dynamisme démographique certain. Plus que la natalité, c’est le retour de jeunes Bretons exilés en début de carrière et l’arrivée d’habitants venus d’autres régions qui portent cette courbe ascendante.

Entre les opérations de recensement, l’Insee procède à des estimations annuelles d’évolution de population. Les dernières corrections de l’estimation, effectuées cet été, ont porté le résultat 2003 à 2.977.732, soit 5.032 habitants de plus que l’estimation provisoire de l’an dernier. La projection de la courbe de croissance laisse penser que la barre des trois millions aurait été franchie vers fin avril. On peut toutefois supposer qu’elle n’a été atteinte que cet été, au moment où les migrants affluent en plus grand nombre.

Bretons d’ici et d’ailleurs

S’il y a trois millions d’habitants en Bretagne administrative, on compte bien plus de Bretons à travers le monde. D’abord, il y a le million 2 de voisins de Loire-Atlantique, dont le département a été séparé de la Bretagne voici 63 ans. Et puis, il y a les enfants de la diaspora. S’il est impossible de chiffrer aujourd’hui les descendants des exilés, on estime qu’il y a eu environ 1,1 million de jeunes adultes à quitter leur région entre 1860 et 1960.

  • La vague d’exode a été particulièrement puissante entre les deux guerres : saignée par la Grande Guerre, la Bretagne a continué à se vider avec 13.000 départs chaque année. Neuf communes sur dix ont alors connu une dépopulation.

Les jeunes reviennent

Qui sont ces migrants qui font aujourd’hui le dynamisme démographique de la région ? 28 % d’entre eux sont nés en Bretagne. La plupart reviennent comme jeunes actifs, vers l’âge de 35 ans, après avoir émigré pour engager leur première partie de carrière professionnelle. Il y a également beaucoup de retours de retraités mais, contrairement à une idée répandue, ils sont nettement moins nombreux que les retours de jeunes. Les jeunes actifs (25-35 ans), sans origine bretonne, sont de plus en plus nombreux à venir travailler dans la région : en dix ans, leur nombre a progressé de 26 %. 0,05 % de l’humanité sur le siècle écoulé, la Bretagne se classe 15e sur les 22 régions de France pour l’accroissement de sa population. Mais, sur la dernière décennie, elle arrive à la 7e place. La France n’est que 13e de l’Europe des 15, une Europe elle-même à la traîne du monde.

Résultat : les Bretons, qui pesaient 0,15 % de l’humanité voici 100 ans, ne représentent plus que 0,05 %.

Les Côtes-d’Armor de la 1re à la 4e place

  • Lors du premier recensement de 1801, le département des Côtes-du-Nord était le plus peuplé de Bretagne. Aujourd’hui, ce sont les Côtes-d’Armor qui comptent le moins d’habitants. Le Finistère l’a dépassé en 1866, l’Ille-et-Vilaine en 1891 et le Morbihan en 1962.

  • Après avoir longtemps marqué le pas, il se montre à nouveau tonique depuis le dernier recensement, avec une progression estimée de 11.600 habitants en quatre ans. C’est un peu plus que le Finistère ( 11.400), mais bien moins que le Morbihan ( 21.700) et l’Ille-et-Vilaine ( 27.100).

L’irrésistible ascension rennaise

  • L’Ille-et-Vilaine et le Morbihan bénéficient de la très forte attractivité de leur chef-lieu : Rennes, qui comptait 38.000 âmes en 1841, était alors loin derrière la métropole brestoise ( 62.000). Elle a bien grandi depuis, avec un coup d’accélérateur dans les années 50 qui lui a permis de dépasser Brest.

Au cours du siècle écoulé, Brest a progressé de 118.000 à 150.000 habitants tandis que Rennes passait de 76.000 à 210.000, Lorient de 50.000 à 60.000, Saint-Malo de 30.000 à 52.000, Quimper de 28.000 à 60.000, Vannes de 24.000 à 57.000, Saint-Brieuc de 22.000 à 48.000, Morlaix de 19.500 à 16.000, Lannion de 10.300 à 18.500, Guingamp de 9.500 à 8.000, Pontivy de 9.400 à 14. 000, Redon de 7.800 à 9.500 et Châteaulin de 3.900 à 5.200.

Alain Le Bloas

Des hauts et des bas

  • La première catastrophe démographique connue remonte à la fin du IVe siècle. L’Armorique gallo-romaine vit la déliquescence de l’empire comme une période d’anarchie et d’insécurité.

  • Ravagée par les raids de pirates venus du Nord et de l’Est, elle ne compte que 150 à 180.000 habitants lorsqu’arrivent les premiers Bretons.

L’âge d’or du XVe siècle

  • Dynamisée par cet apport de population des « cousins » celtes d’outre-Manche, l’Armorique - devenue Bretagne- connaît au Moyen Age un essor enviable : préservée des guerres par la politique prudente de ses ducs, elle devient un état prospère grâce au développement du commerce maritime, de l’industrie toilière et des progrès de l’agriculture.

Avec son « âge d’or » de la fin du XVe siècle, elle franchit le cap du million d’habitants.

Les siècles noirs

Pour les deux millions, elle devra attendre le début XIXe . Entre temps, la situation a changé. Le rayonnement économique breton n’a pas survécu bien longtemps au rattachement à la France. Le règne de Louis XIV lui porte plusieurs coups sévères, avec ses guerres qui ruinent le commerce maritime et la terrible répression des révoltes ( papier timbré et bonnets rouges) qui met villes et campagnes à feu et à sang. Plus tard, l’empire entraîne aussi une forte récession. La flotte marchande bretonne, privée de son trafic avec l’Angleterre, ne survit pas au blocus continental.

L’exode de 1850

Sous le Second Empire, la Bretagne manque le tournant de la révolution industrielle : non seulement elle n’a ni charbon ni minerai mais, en plus, elle perd son activité textile. Alors, elle commence à exporter la seule richesse qui lui reste : sa population, que sa terre ne suffisait plus à nourrir. L’exode commence à la fin des années 1850 alors que la Bretagne atteint 2,3 millions d’habitants. Il durera plus d’un siècle : le recensement de 1962 n’enregistrera que 70.000 Bretons de plus que celui de 1856, soit 3 % de hausse. Dans le même temps, la France gagnait 10 millions de citoyens, soit 28 %.

L’inversement des tendances

  • Depuis le recensement de 1962, la courbe de l’évolution de la population bretonne est comparable à celle du pays. Mais les fondamentaux démographiques sont désormais inversés. La Bretagne, qui battait les records de natalité avant guerre, est depuis 20 ans moins féconde que les autres régions : 8 % des bébés nés en 1900 étaient Bretons; aujourd’hui, ils ne sont plus que 4,3 % ( alors que les Bretons représentent 5 % de la population française). Dans le même temps, la région devenait une terre d’accueil au lieu d’être une terre d’exil.

Son taux de solde migratoire est devenu positif pour la première fois en 1968. Depuis, il n’est jamais redescendu dans le rouge.

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