Locquénolé-Taulé : entre terre et estuaire

Que l'on suive son cours côté Trégor à l'est ou côté Léon à l'ouest, on découvre en longeant la rivière de Morlaix un des plus jolis paysages de Bretagne. Lorsqu'on atteint son embouchure sur la rive gauche, au départ de la cité du Viaduc, en direction de la station balnéaire Carantec, on traverse les territoires de deux communes : Taulé et Locquénolé. La seconde, d'une superficie de 84 hectares seulement, est enclavée dans la première, 36 fois plus étendue.

Entre terre et estuaire, ces deux localités invitent à une halte. Elles disposent de nombreux atouts pour séduire les amateurs d'histoire, d'ornithologie ou de promenades en forêt. Les vasières de Locquénolé et l'estuaire de la Penzé sont réputés jusqu'en Sibérie. Chaque année, plusieurs centaines d'oiesbernache cravant prennent leur envol de cette partie septentrionale de l'Asie pour venir passer l'hiver sur ce morceau du littoral finistérien. La richesse de ces biotopes tranquilles n'a pas non plus échappé à d'autres migrateurs. Jusqu'à 7.000 petits bécasseaux variables -les plus nombreux sur le site avecles mouettes rieuses- peuvent y séjourner. Ils arrivent en bandes des pays d'Europe du Nord.

Une soixantaine d'espèces

Parmi les autres pensionnaires habitués du lieu, on peut observer des grands gravelots allemands et polonais, des grands cormorans britanniques, des hérons cendrés danois... Leur présence ne semble pas trop troubler le rythme de vie de la «population locale», composée entre autres de petits canards tadorne de Belon et d'huitriers-pies, pas toujours très copains avec les ostréiculteurs. En tout, une soixantaine de variétés d'oiseaux cohabitent l'hiver dans ce petit coin de paradis pour les ornithologues.

  • La plupart sont des espèces protégées. Le message n'est hélas pas passé auprès des rapaces, et le conservateur des réserves de la baie de Morlaix, ne voit jamais d'un bon oeil un faucon-pèlerin survoler les vasières. Interrogé sur la meilleure façon d'observer les oiseaux, ce spécialiste passionné rappelle d'abord un grand principe : il ne faut pas faire de bruit. Cette nécessité de discrétion concerne aussi l'habillement. Une tenue de couleur sombre sera toujours préférable à une rouge. S'il suit les talus en bord de grève et sait s'armer de patience, l'amoureux de la nature pourra alors approcher les hivernants à une vingtaine de mètres.

La fontaine miraculeuse

A l'entrée du bourg de Locquénolé, juste avant l'église, une voûte en pierre protège une fontaine qui s'écoule dans un lavoir. La légende rapporte qu'au VIe siècle saint Guénolé a fait jaillir cette source du bout de son bâton. Y puisant de l'eau, il a rendu la vue à un aveugle. Pendant longtemps, après ce miracle, les paroissiens du village et des alentours sont venus chercher la guérison de leurs troubles visuels en buvant ou s'humectant les paupières de l'eau de cette fontaine. La tradition rend compte d'un autre fait extraordinaire. Au fond de cette fontaine repose parmi d'autres une dalle qui a toujours rejoint seule son emplacement chaque fois qu'elle en avait été extraite.

Le trésor de l'église

« Pendant longtemps, on a pensé que de tels objets ne pouvaient être présentés que dans les grandes pièces de musées régionaux ou nationaux. Mais hors de leur environnement, hors du lieu qui les a accueillis et vénérés depuis des siècles, ces pièces auraient perdu leur âme et Locquénolé bien plus ».

  • Michel Le Bourhis, un passionné d'histoire locale, qui a consacré plusieurs ouvrages au riche passé de son village, parle ici de ce qui constitue le « trésor de l'église de Locquénolé ». La très belle statue de la Vierge à l'Enfant est l'oeuvre la plus ancienne. Elle date du XIIIe siècle. Le groupe de Sainte-Anne, la Vierge et l'Enfant, disposés à côté, sont d'une facture plus populaire. Sculptés au XVIe siècle, ils ne manquent pas de grâce lui non plus. Le «coffre de fabrique» placé au bas de la niche surprend par ses trois ouvertures et serrures. Il servait à recueillir les deniers concernant les différents chapitres de recettes. Afin d'éviter toute tentation de détournement des finances paroissiales, trois personnes possédaient chacune une des différentes clés de ce coffre.
  • Les objets d'orfèvrerie forcent aussi l'admiration : ostensoir, calice, patène, boîte aux saintes huiles, bras-reliquaire (longtemps exposé à Nantes) et buste-reliquaire. Ce dernier (notre photo), qui pourrait dater du XVe siècle, est en argent avec des parties dorées. La relique qu'il contient est un os de la boîte crânienne. En dehors de l'été, seuls les fidèles assistant au culte peuvent admirer ces trésors.

Le clocher solitaire

En arrivant sur la place principale de Taulé, on est surpris de voir un clocher solitaire se dresser face à la « nouvelle » église de style gothique. Celle-ci fut construite entre 1902 et 1904. Datant des XVe et XVle siècles, la tour trapue isolée est le dernier témoin du lieu de culte d'autrefois. Un incendie l'avait ravagé en 1824. Il fut ensuite reconstruit puis de nouveau détruit.

  • Les deux ossuaires aménagés à sa base, les triples contreforts et la balustrade à compartiments flamboyants de ce clocher continuent à séduire les amateurs d'architecture sacrée.
  • La porte ornée d'une statue de saint Pierre -et abritant une dalle portant les armoiries des Boutouiller de Kéromnès- ne peut non plus les laisser insensibles.

Comme l'église Saint-Melaine de Morlaix, le vieux clocher de Taulé a été construit par les Beaumanoir.

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