
L' inauguration de la Ligne à grande vitesse -est , après-demain, met un terme à cinq ans de travaux pour la construction de 300 k m de voies.
Dès après-demain , la capitale ne sera donc plus qu ' à 2 h eures 20 de Strasbourg, 1 h eure 30 de Nancy ou encore 45 minutes de Reims. « Quelque 37 millions d ' Européens sont concernés. Un réseau de relations à grande vitesse se met en place avec tout le reste de l ' Europe » , se réjouit Alain Le Guellec, le directeur du TGV- est européen de la SNC F.
Les objectifs sont à la mesure des travaux : 78.000 tonnes d ' acier , 64 millions de mètres - cubes de terre déblayés ... Mais les dirigeants de la SNCF se demandent si cette ligne sera rentable. La facture est énorme : quatre milliards d'euros, partagés entre les collectivités et les usagers (lire par ailleurs) . Ce coût se répercutera, en plus, sur le prix des billets.
La polémique devrait toutefois être mise en sourdine le 15 mars prochain, pour l' inauguration de l ' infrastructure. L e ministre des Transports , Dominique Perben , voyagera à pleine vitesse jusqu ' au viaduc de Jaulny (Meurthe-et-Moselle), après un arrêt en gare Champagne-Ardenne. Le baptême de la LGV sera ponctué d ' un spectacle pyrotechnique inédit. En une dizaine de minutes, le plus long et le plus rapide feu d ' artifice du monde parcourra les 300 km de la ligne à une vitesse de 5.400 km/h . C omme un prélude au record de vitesse sur rail que tentera de battre un TGV- e st début avril. La première phase de la ligne, entre l ' Ile-de-France et la Lorraine, devrait être suivie par une seconde, permettant de réaliser 100 km de voies nouvelles supplémentaires entre Baudrecourt (Moselle) et Vendenheim (Bas-Rhin) à l ' horizon 2015. Strasbourg ne serait plus alors qu ' à 1 heure 50 de la capitale.
Qu'est-ce qui est prévu pour la Bretagne ?
Deux phases de travaux pour un seul projet. D'abord une ligne à grande vitesse (LGV) entre Rennes-Le Mans (précisément à Connerré, à 20 km à l'Est du Mans). Soit 182 km de ligne nouvelle. 40 % des surfaces nécessaires à cette nouvelle ligne, soit 850 hect ares, sont déjà acquises. Dans le même temps, la rénovation des lignes actuelles, Rennes-Brest et Rennes-Quimper, a débuté en 2006 : ripage de courbes, suppression de passages à niveaux. Cent millions d'euros ont été votés par la Région en 2006 pour un chantier qui durera encore cinq ans.
A quelle échéance la LGV ?
La mise en service de la ligne à grande vitesse entre Le Mans et Rennes est prévue pour fin 2012. L'enquête publique est close. L'avis favorable a été donné par la commission d'enquête le 20 novembre. Est attendue la signature de la déclaration d'utilité publique par le ministre des transports, au premier semestre. Et si possible, espère-t-on, avant les échéances électorales, pour éviter tout retard. Début des travaux de cette LGV en 2009.
Pour quel gain de temps ?
Début 2013, Rennes sera à 1 heure 27 de Paris. Soit un gain de 37 minutes. Brest sera à 3 heures 06 de Paris et Quimper à 3 heures 08. Gérard Lahellec, vice-président de la Région, insiste pour que les deux chantiers de construction et de rénovation soient menés de front. Pour que les usagers de la pointe de la Bretagne gagnent du temps sur leur trajet vers Paris, en même temps que les Rennais. De Rennes à Quimper et Brest, c'est la technologie du train pendulaire qui est retenue. L'adaptation des rames coûtera 100 millions d'euros. « C'est la seule technologie qui permette de gagner du temps sur Brest et Quimper » confirme Gérard Lahellec.
Combien ça coûte ?
Une fortune. De Connerré (72) à Rennes, la nouvelle ligne revient à 2,9 milliards d'euros. Et la rénovation de Rennes-Brest et Rennes-Quimper, entre 800 et 900 millions d'euros. Soit presque 3,7 milliards. Les financements ne sont pas complètement arrêtés. Réseau ferré de France se dit prêt à financer 22 à 25 % des travaux. « On considère 30 % comme un niveau raisonnable » dit Gérard Lahellec. L'Europe aussi se fait tirer l'oreille pour participer à hauteur de 100 millions d'euros, parce que ce dossier d'infrastructures n'est pas considéré comme un dossier d'innovation, axe privilégié par l'Europe. Sous 15 jours, les Bretons retournent à Bruxelles pour plaider leur cause.
Et mes impôts ?
La Région vient de mandater la banque d'affaires Lazare pour réaliser une expertise financière sur le financement « dont l'architecture n'est pas arrêtée ». Pour la Région, la participation maximale envisagée est de 615 millions d'euros d'ici 2013. On espère autant des quatre départements, des villes et des collectivités locales. Une certitude : par un biais ou un autre, ce grand chantier pèsera sur les impôts locaux des Bretons. En plus d'un emprunt, la Région pourrait avoir recours « à un financement innovant ». Pourquoi pas du capital risque ? Le voyageur pourrait avoir à débourser 2,50 euros supplémentaires sur chaque billet.
Le conseil général de la Moselle a donné le ton et d emandé à la SNCF de revoir ses tarifs et menacé de revoir sa position quant au financement de la deuxième phase de la ligne . Dans un récent courrier à Jacques Chirac, l e sénateur (non inscrit) de la Moselle Jean Louis Masson et la députée (UMP) Marie-Jo Zimmermann ont dénoncé « des tarifs considérablement supérieurs à ceux des autres LGV alors que les régions de l ' Est sont les seules à avoir participé au financemen t » . Adrien Zeller, le président UMP de la Région Alsace rejette ces critique s . « Le cofinancement était le seul moyen de payer le TGV » relève-t-i l . Fabienne Keller, maire UMP de Strasbourg , partage cet avis. Quant au maire (divers droite) de Metz, Jean-Marie Rausch, il reproche aux élus critiques « un assaut de démagogie »