
Alphonse Allais n'est sans doute jamais allé à Callac. Sinon, il aurait su que la ville à la campagne ça existe. Callac se donne des allures urbaines avec sa grande église, son imposante salle des fêtes, ses vastes places, son cinéma, ses commerces, ses maisons serrées grimpant le long des ruelles à l'assaut de la butte.
Pourtant, la cité ne compte guère que 2.600 habitants (chiffre de 1992). Des habitants bien minoritaires : les seuls bovins atteignent le chiffre de 35.000 têtes; la ville abrite une station de haras, elle est la capitale de l'épagneul breton, une asinerie n'en est guère éloignée et on recense 11 piscicultures dans la campagne avoisinante.
La faune sauvage contribue encore à accentuer cette dominante animale du pays callacois : rivières poissonneuses, loutres, rapaces protégés, rares oiseaux nicheurs peuplent les environs. Au sud-est de Callac, entre Saint-Servais et Saint-Nicodème, s'étend une vaste zone de bois et de landes, comme il en existe peu. Les jeunes cours d'eau y vivent leur vie, de vallée encaissée en large marécage. L'enrésinement artificiel n'y a pas altéré l'équilibre sylvestre entre feuillus et résineux.
C'est également dans ce secteur, du côté des landes de Locarn, que se trouve la réserve de rapaces de 172 hectares, sur laquelle veille avec soins le vétérinaire callacois Guy Joncour, auteur d'un livre sur l'épervier en Basse-Bretagne. Eperviers, faucons, busards, chouettes, hiboux y côtoient d'autres oiseaux rares qui ont choisi ce havre de paix pour venir nicher.
Les épagneuls bretons sont nés ici, au début du siècle, lorsque Joseph Patin a créé la race à partir d'un setter et d'un « chien de charbonnier » local. Depuis, Callac est resté le royaume des épagneuls bretons : une demi-douzaine d'éleveurs-dresseurs professionnels sont concentrés sur la commune et fournissent au monde entier les fleurons de cette race canine à la fois performante et si attachante. Les élevages callacois produisent des chiots, des jeunes épagneuls débourrés et des chiens dressés âgés d'un an à un an et demi.
Pour remercier la Vierge de lui avoir rendu son fils enlevé, dit-on, par un singe, le seigneur de Pestivien a fait édifier en 1530 la magnifique église de Bulat, à une dizaine de kilomètres au nord de Callac.
Témoignage de l'importance accordée par Callac aux animaux, la célébrité locale glorifiée dans le bronze par la statue de la nouvelle place est un cheval : Naous, l'imposant étalon dû au sculpteur animalier Guyot, veille devant la station des haras.
Au pied de la butte, où se perche la ville, le lac de la Verte Vallée étend ses huit hectares. Le plan d'eau, encaissé entre ses berges abruptes couvertes de bois, offre aux promeneurs un site de toute beauté. Reposant ? Pas forcément. Ceux qui souhaitent marcher tranquillement à leur rythme le long des rives peuvent bien sûr le faire. Mais ceux qui ont envie de se dépenser ont aussi la possibilité de libérer leur énergie en s'amusant sur les agrès de bois du CRAPA, un circuit sportif de chicanes et d'obstacles aménagé sur les sentiers.
Quoiqu'il en soit, les eaux de ces sources se retrouvent au fil de 200 kilomètres de rivières à truites, dans un rayon de 15 kilomètres. Et ça, ce n'est pas une légende.