
Dans ce pays, on a écrit l'histoire au nom de la fidélité, de la conviction et de la foi. Ici, autour d'Auray, s'est concentrée en une décennie sanglante toute la force bretonne d'attachement et d'entêtement, de volonté et de sacrifice, d'adhésion et de résistance.
C'est la terre des chouans, une terre de bataille et de recueillement, où l'on combat pour ce en quoi l'on croit ou tout simplement pour ce que l'on croit juste. Une terre douce à l'oeil mais qui ne suffit pas d'être belle : il lui faut aussi être aimée, comprise et défendue. Une terre exigeante qui demande au passant plus qu'un regard d'esthète, et qui lui offre plus qu'une image de carte postale. A l'écart des grands flux des migrations touristiques, juste en bordure de mer et déjà en plein coeur de Bretagne, les alentours d'Auray vivent leurs chemins creux et leurs rivières marines comme des passeports pour l'authentique.
Ils ont élevé par centaines des mégalithes de plusieurs tonnes; ils ont jalonné leur sol des traces de leurs combats, du débarquement de Quiberon au champ des martyrs en passant par le mausolée de Cadoudal; ils ont parsemé leur terre de monuments à la mesure de leur foi, qu'il s'agisse de chapelles, d'églises, de Chartreuse ou de basilique; ils se sont fait une réputation de pêcheurs d'aventure jusque dans les mers hostiles du nord de l'Irlande et d'Ecosse; d'ici, Gérard d'Aboville le magnifique a lancé ses défis victorieux aux océans.
Audacieux et volontaires et pourtant accueillants, les gens du pays d'Auray sont à l'image de leur terre, où se succèdent falaises rocheuses et inhospitalières, plages reposantes, barre dangereuse mais aussi paisibles rias, ports abrités, vallées fertiles et campagnes boisées. C'est cette facette calme du Pays d'Auray, là où la rivière a perdu un peu de son goût de sel, que nous évoquons ici.
Venant d'Auray, on accède au petit port du Bono en franchissant un élégant pont suspendu à la chaussée de bois. Construit voici un siècle et demi, il a été modifié en 1907 par Gustave Eiffel.
Cela fait des millénaires que la vie marine marque les gens du Bono. En témoigne l'animal fétiche des populations primitives qui peuplaient ce lieu voici 2.500 ans : ce totem est un poulpe, que l'on retrouve gravé sur certains des piliers du tumulus néolithique de Kernourz. Ce tumulus, à l'intérieur duquel on peut accéder (allée couverte coudée), est entouré de tombelles rondes qui contenaient à l'origine de petits dolmens abritant les vases funéraires et des objets personnels des défunts. Certains de ces objets (poignards, bracelets...), retrouvés lors de fouilles, sont présentés au Musée préhistorique de Carnac.
Depuis le Ve siècle, la mère de Marie est vénérée en ce lieu. La première chapelle des origines a été détruite vers l'an 700, et il a fallu attendre un millénaire pour que son culte renaisse, lorsque sainte Anne est apparue plusieurs fois à un pieux laboureur, Yves Nicolazic. La deuxième chapelle, construite sur le site de la première au XVIIe siècle, voit les pèlerins commencer à affluer à l'initiative des pères Carmes qui font construire dans la foulée la chapelle, le cloître, la Scala Sancta et la fontaine miraculeuse.
La seconde chapelle a, à son tour, été détruite pour laisser la place à la basilique, un majestueux ouvrage à la mesure de la dévotion des Bretons pour celle qui était devenue leur sainte patronne. Construite en 1866, elle allie la puissance de l'élan gothique à la gracieuse élégance Renaissance. Sa flèche, surmontée d'une statue de bronze, s'élance à 80 mètres au-dessus de la vaste esplanade pavée du parvis, où se massent les milliers de pèlerins, lors du grand pardon du 25 juillet. Enfin, le mémorial a été élevé en 1923, à la mémoire des 240.000 Bretons tombés au cours de la Première Guerre mondiale.
Bâti au confluent des rivières d'Auray et du Bono, le château de Kerisper dresse son élégante silhouette Renaissance en bord de la route.
Construit par les comtes de Lestrolan au XVIe siècle, il a été agrandi et rénové aux XVIIe, XIXe et, au début du XXe, par ses propriétaires successifs : le marquis de Mantaigü (dont il porte les armes, au sommet de sa grande grille d'accès en fer forgé) puis une famille d'industriels nantais. Il était en 1992 la propriété de Michel Pommais, maire de Pluneret, qui l'a maintenu en l'état où il l'a trouvé, avec le « confort moderne » des demeures bourgeoises du début du siècle.
M. Pommais dirige en effet un élevage de petits carnivores, non loin de là : un élevage important, avec 100.000 peaux par an, et assure le tiers de la production française. Son fils quant à lui s'est lancé dans la confection de vêtements.