Emploi. Ces salariés qui ont plusieurs patrons

Depuis 1997, emboîtant le pas des exploitations agricoles, des entreprises bretonnes ont créé des structures spécifiques, les groupements d’employeurs, pour recruter ces salariés d’un nouveau type, cassant l’image traditionnelle du travailleur embauché pour la vie dans la même entreprise. Les temps évoluent, employeurs et salariés s’adaptent à la nouvelle donne économique.

« Des chefs d’entreprises n’ont pas les moyens financiers de créer un poste à eux seuls, et souvent, notamment dans les PME et les très petites entreprises, ils n’ont besoin que d’un temps partiel », raconte Frank Delalande, le directeur du premier groupement d’employeurs breton, Venetis, qui va fêter ses dix ans d’existence à Vannes.

Michelin, Bic Sports, Intermarché...

Venetis, qui a démarré avec 16 entreprises adhérentes et une quarantaine de salariés à temps partagé, compte aujourd’hui 140 entreprises et va franchir le cap des cent salariés. Aux grandes sociétés qui ont fait le premier pas, comme Michelin, Bic Sports, Cecab, Intermarché, Kelt, les transports TFE... se sont greffées des entreprises de taille plus modeste.

Le travail partagé répond à trois types d’attente des entreprises. Il peut s’agir de besoins saisonniers, comme pour ce salarié qui travaille chez Bic Sports (kayaks et planches à voile) de janvier à juillet et dans une entreprise du secteur de la pâtisserie-chocolaterie de septembre à Noël. Mais aussi de besoins de compétences (un directeur de ressources humaines par exemple) ou d’impératifs de pics de production journaliers, comme pour ce salarié qui s’occupe des chambres d’hôtel le matin et prépare les commandes d’un transporteur routier l’après-midi.

« Plusieurs de ces emplois, à 90 % en CDI, n’auraient pas été créés sans le groupement d’employeurs», assure Frank Delalande.

Travailler en réseau

Une dizaine de groupements d’employeurs ont vu le jour en Bretagne.

Huit d’entre eux (1), représentant 350 entreprises et 800 salariés à temps partagé, ont décidé de travailler en réseau en créant, en septembre dernier, le Centre de ressources des groupements d’employeurs (CRGE) de Bretagne, présidé par le Morbihannais Michel Guernévé, président du groupe agroalimentaire coopératif Cecab et fondateur de deux groupements d’employeurs agricoles.

« Nous voulons être reconnus comme acteur majeur de la politique de l’emploi, commente Michel Guernévé. Le CRGE va permettre de mutualiser et de capitaliser nos bonnes pratiques, de nous professionnaliser encore davantage pour répondre à la fois à la flexibilité pour les entreprises et à la sécurité pour les salariés ».

Il est fréquent, au bout de deux ans et demi à trois ans de travail partagé, que le salarié se voit proposer un emploi à temps plein dans l’une des entreprises où il travaille.

1. Venetis (Vannes), Helys (Rennes), Solutis (Vannes), Cornouaillia(Quimper), Labour Kenta (Landivisiau), Tisserent (Loudéac), Triskell(Carhaix), Atouts Pays de Rance(Saint-Malo).

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