
La grande marmite est posée sur le gaz. A feu doux jusqu'au 11 juillet 2008. Tranquillement à mijoter, à 469 jours d'un festin aux trompeuses apparences. Cette cinquième édition devrait dépoter. Le premier grand raout d'hier soir, organisé au Quartz, en compagnie des parrains et des partenaires (actuels et futurs) de la fête, a hissé très haut les couleurs et les prétentions du rassemblement. Les organisateurs avaient sorti la grosse artillerie autour d'un Paul Amar et d'une bordée de parrains débordants d'enthousiasme.
Cinquième édition du grand rassemblement des vieux gréements, Brest 2008, a été lancé hier soir, en présence de plus de 300 invités auxquels la fête a été présentée avec d'autant plus de convivialité qu'ils figurent, pour la plupart, parmi ceux qui apporteront leur soutien à la manifestation. Pour larguer les amarres, au Quartz de Brest, les organisateurs avaient rassemblé du beau monde autour du journaliste Paul Amar (ça tombe bien !) qui, pour avoir vu le jour sur les terres de Constantine, en Algérie, n'en a pas moins parlé avec chaleur du rapport qu'il entretient avec la mer depuis sa tendre enfance. D'autres en firent de même, parmi lesquels Roland Jourdain, le navigateur, Allain Bougrain-Dubourg et Jacques Pradel , les hommes de télévision et de radio, Hervé Hamon, l'écrivain, ou encore l'amiral François Rollin, préfet maritime venu renouveler le soutien que la Marine apporte, depuis son origine, au grand rassemblement brestois. Olivier de Kersauson, parrain de la manifestation, puis Patrick Poivre-d'Arvor et Charles Claden, commandant de l'Abeille-Bourbon, sont également intervenus, mais par vidéo interposée, faute de pouvoir participer à cette entrée en matière très réussie.
L'équipage avait fière allure, hier soir, pour le lancement de la manifestation à l'intention des entreprises. Avec un journaliste en patron « amoureux fou de la mer », et devant lui plus de 300 responsables et salariés d'entreprises, Brest 2008 a relancé la machine avec une assurance et un professionnalisme qui sentaient plus le 16 soupapes que le chanvre ou le calfat. « Regardez la vitrine que nous donnons à voir, venez nous rejoindre dans l'aventure ! », argumentait le nouveau directeur de la fête, Jean-Michel Le Pimpec.
Pour enfoncer le clou, une dizaine d'ambassadeurs triés sur le volet racontaient, micro à la main ou caméra au fond des yeux, leur attachement viscéral à la mer. Le capitaine de ces débats en tête, Paul Amar, remontait à son enfance en Algérie et racontait avec émotion le bonheur qu'il éprouvait à aller à la mer, en pleine guerre. « Aller voir la mer, c'était respirer cette intense liberté ». Roland Jourdain enchaînait, sur des images fortes de son Véolia dans la plume. Charles Claden rappelait les aléas du sauvetage, Olivier de Kersauson son attachement à cette fête populaire, Patrick Poivre d'Arvor la magie d'un tel rassemblement, Hervé Hamon montait à l'assaut des intégrismes, Jacques Pradel ajoutait sa pierre avec la sensibilité maritime qu'on lui connaît. Comment rester sur les quais d'un tel rassemblement ?
François Bourgeon, l'auteur de bandes dessinées résidant en pays bigouden (« Les passagers du vent », « Le cycle de Cyan »), a réalisé l'affiche qui représente des marins et des visiteurs de toutes les époques dans les mâts d'un voilier. Le château et ses remparts sont plus présents que dans les autres affiches, histoire d'ancrer encore plus nettement la ville. C'est le graphiste finistérien (né au Faouët) Alain Le Quernec qui a réalisé le logo de cette cinquième édition. Un Brest 2008 tout en rondeur qui n'est pas sans rappeler les peintures de bateaux, les couleurs chaudes du pays bigouden ou les motifs sphériques des broderies. Quant à Allain Bougrain-Dubourg, il s'affichait, hier soir au Quartz, dans la peau de « l'emmerdeur de service » : « Même dans le cadre d'une fête maritime, il ne faut jamais oublier les maux et les dangers qui pèsent sur la mer. Oh, je sais, je vais encore passer pour un rabat-joie, mais il faut profiter d'une telle opportunité pour activer et faire passer ces messages. Comptez sur moi pour jouer mon rôle jusqu'au bout ! ».
E l'occasion du démarrage de sa saison, la Recouvrance accueille, samedi, de 10 à 12 h 30 et de 14 h à 17 h, le public à bord (à quai). Les visiteurs profiteront de la présence du dessinateur François Bourgeon, qui dédicacera son affiche.
La demande de renouveler les animations est forte. Les Brestois, notamment, veulent être surpris, espèrent être étonnés par une fête qui revient pour sa cinquième édition. Le fonds de commerce du rassemblement sera évidemment toujours les bateaux à quai et naviguant en rade. Difficile de modifier fondamentalement la recette, même si les organisateurs ont l'intention d'apporter quelques épices et autres surprises plus salées que sucrées.
Une attention particulière devrait être portée autour des parades maritimes. De nuit comme de jour, on espère faire naviguer les bateaux encore plus près des quais. La fête devrait surtout se rééquilibrer vers la Penfeld, autour du futur port du Château. Oubliée l'extension tristounette autour du cinquième bassin ; la fête va basculer davantage à l'Ouest, autour de la Penfeld. Oui, oui, autour, on ne rêve pas ! Des discussions sont actuellement en cours avec la Marine pour ouvrir également au public la rive droite, le côté Recouvrance, comme et même davantage qu'en 2000. Le dossier a été avalisé par le préfet maritime, qui confirmait, hier soir, cette ouverture des deux rives.
L'équipe organisatrice, de trois permanents en 2006, vient de passer à sept. Alain Le Pimpec, précédemment directeur général adjoint au pôle vie des habitants à la Cub-ville, en est le capitaine. Les bureaux sont situés quai Malbert, en face de la Recouvrance.
Parmi les nouveaux bateaux attendus, on attend, dans la liste des navires à passagers, un spectaculaire ancien express côtier norvégien, qui ne devrait vraiment pas passer inaperçu en rade.
Des marins galiciens, des croates et sans doute des suédois présenteront leurs savoir-faire à terre, dans le village. À noter que les Galiciens sont déjà venus il y a quelques mois rencontrer les professionnels du chantier du Guip pour un projet de construction d'une unité ancienne, à la manière de la Recouvrance.
Où en est-on à 469 jours de l'échéance ? Les appels pour le matériel (tentes, barnum, toilettes...) sont en préparation, le dossier sécurité est sur le point de partir, les contacts avec les flottilles et les pays étrangers suivent leur cours.
Le programme de la fête sera arrêté avant l'été. Les grandes lignes se dégagent néanmoins : les organisateurs réfléchissent à deux spectacles pyrotechniques et quatre parades le soir, modifiant le trois et trois de 2004.
Deux cents bateaux sur les 1.500 attendus sont déjà inscrits. La compét' sera rude pour les plus grosses unités recherchées par Rouen, dont le rassemblement s'achève le même week-end du 14 juillet.