Ilôt Wrac'h : Au coeur d'une querelle judiciaire.

Le propriétaire d'un petit îlot, couvert à marée haute et découvert à marée basse, a-t-il le droit de consolider l'enrochement de l'endroit à l'aide de granit importé, sans quoi l'îlot pourrait disparaître à jamais ? C'est toute la question qui se pose au tribunal de Brest à propos d'une minuscule, mais superbe, île au bord de Plouguerneau.

Une fois n'est pas coutume, le prévenu aura été le seul à ne pas parler au cours de cette affaire. Le débat est, il est vrai, tellement technique, que seuls les avocats s'en emparent. L'enjeu se trouve dans un endroit charmant et pittoresque, dans l'échancrure de l'Aber Wrac'h. Un îlot, en fait, qu'a racheté un homme en 1974 ; un îlot sur lequel se trouve une maison protégée par les rochers et un enrochement artificiel. Par deux fois déjà, il a consolidé la maçonnerie mise à mal par les tempêtes et la houle. En 1999, il décide de recommencer l'opération et fait venir des blocs de granit. Il finance les travaux, ce que la mairie voit d'un oeil bienveillant. Le prévenu ajoute : « En clair, j'ai suivi les conseils de la DDE ».

« Pas d'autorisation »

Le problème est que l'association Bretagne Vivante ne voit pas les travaux d'un bon oeil. Le site a été classé en 1982 et donc, selon le code de l'environnement, « les sites classés ne peuvent ni être détruits, ni être modifiés dans leur état ou leur aspect, sauf autorisation spéciale ». Une instruction est ouverte et ballottera durant quatre ans de tribunaux en appel, jusqu'à hier. E la barre, Bretagne Vivante n'en démord pas. « Le site est modifié. E partir de là, comme l'autorisation n'a pas été sollicitée, le délit est réel ». Le parquet, qui avait pourtant conclu au non-lieu lors de l'instruction, se rallie à cette logique, en estimant que « le site ne pouvait être modifié que sur décision administrative ». E titre principal, la procureure demande la remise en état du site.

L'araignée, le bourdon et le puceron

Voilà qui a le don de faire bondir la défense de M e Elard. Il en appelle à l'esprit de la loi, qui « comme une toile d'araignée, laisse passer le bourdon et empêtre le puceron ». Il s'étonne et veut savoir qui, par exemple, donne les autorisations pour certaines constructions tout au bord du littoral, « dont un célèbre hôtel au Conquet ». Pour lui, ici, « nous ne parlons que de l'entretien d'un enrochement déjà existant. Le propriétaire a restauré la maison et il a remis en état des lieux abandonnés ».

Délibéré le 6 juin

Il décrit les travaux : pas de modification de la topographie, pas de surélévation, rien. Au contraire, il déclare que, sans la main de l'homme, l'îlot Wrac'h est promis à la disparition sous les flots, à plus ou moins long terme. « Aurait-on préféré que la maison disparaisse, elle qui a abrité des ostréiculteurs auparavant ? Si je comprends bien, c'est ce que le parquet nous demande en requérant la remise en état ». Convaincu « que Bretagne Vivante se trompe d'objet de contestation », le plaideur finit en tapant sur le crâne de l'administration « incapable d'éclairer le citoyen sur la loi » et même complice de l'avoir aidé à bâtir cette consolidation. Attentif, le président Durand s'est donné jusqu'au 6 juin pour trancher le cas de l'îlot Wrac'h.

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