
Les Kerhorres ont laissé quelques mauvais souvenirs chez les agriculteurs des bords de la rade de Brest : ces nomades nautiques, pas mauvais bougres mais chapardeurs en diable, ne rechignaient pas à se servir dans les champs ou les poulaillers. Aussi les escales de leurs bateaux, caractéristiques au mouillage avec leur toile de tente tendue ("koubahnée" en kerhorre) sur le grand aviron couché en long, éveillaient-elles la méfiance des riverains au début du siècle.
Il en est resté quelques traces dans l'imagerie populaire. Ainsi cette illustration conservée par Jean Kernéis, où l'on voit des marins kerhorres déterrant des pommes de terre avec l'ancre de leur chaloupe mouillée en bord de grève tandis qu'accourent pour les chasser des paysans furieux.
Mais les Kerhorres n'étaient pas renommés uniquement pour leurs menus larcins. Ils étaient aussi de sacrés marins qui allaient pêcher dans les eaux difficiles du Conquet, jusqu'à Molène et même Ouessant, à bord de leurs petits bateaux creux. Des canots durs à mener : leur faible tirant d'eau n'en faisait pas les meilleurs voiliers et leurs grands avirons étaient épuisants à manier; aussi les pêcheurs de Kerhuon devaient-ils naviguer finement en exploitant au mieux les courants et les vents.
Quoiqu'il en soit, sa passion maritime -qu'une pleine carrière dans la Royale n'a pas suffi à épuiser- a trouvé à s'exprimer à travers ces recherches et s'est concrétisée par la réalisation de magnifiques maquettes : avec son kerhorre, Jean Kernéis a remporté le Premier Prix d'authenticité et d'exécution du concours de maquettes de Douarnenez 1986.
Sans doute avait-elle été construite au début des années 1930 au Pouldu.
Caractéristiques du "Mari Lizig"
Longueur : 6,20 mètres; largeur : 2,20 mètres; tirant d’eau : 0,60 mètre; surface de voilure : 20 m2; budget : 170.000 F.