Une bonne douzaine de milliers de fidèles ont suivi le 380 e pardon de Ste-Anne d'Auray. Un rendez-vous plein de ferveur : la foule est restée recueillie, deux heures durant, afin de suivre la messe pontificale au pied du Mémorial...
On pouvait craindre le pire, ce mardi 26 juillet 2005. Certes, les fidèles étaient déjà venus en nombre, dès la veille : 7.000, 8.000 personnes peut-être pour la veillée débutée à 21 h 30. A 7 h, ce mardi, la première messe pouvait compter sur les plus fidèles aussi, comme la messe en breton, faisant le plein cette année encore, à 9 h. Mais le ciel, lourd, chargé de nuages noirs, menaçait.
Et n’a pas raté son entrée : à 10 h 45, alors que la procession des évêques, suivis des personnalités civiles et militaires, sortait de la basilique pour se diriger lentement vers le Mémorial, l’épaisse couche nuageuse se perçait, arrosant généreusement évêques et fidèles. Pourtant, la foule n’a pas bronché : suivant la longue procession, vaguement abritée sous un parapluie ou un arbre, les douze à treize mille personnes n’ont pas rebroussé chemin. Car beaucoup venaient de loin, tel ce couple d’Allemands de Kiel, amoureux de la Bretagne où ils se rendent tous les deux ans, et fidèles de ce pardon immanquable dès lors qu’ils sont dans la région : « On est venu la première fois il y a une vingtaine d’années, sur les conseils d’amis à nous. On avait encore les enfants, à cette époque-là. Eux ne sont pas très croyants, c’est plus facile de venir sans eux ! ».
Alors, certes, au bout d’une bonne heure passée à se faire rincer d’une pluie ininterrompue, quelques-uns se sont résignés à lever le camp, pliant poussette et siège démontable pour aller se mettre au chaud. Les touristes en avaient vu suffisamment, à leur goût. « C’est un événement vraiment populaire », appréciait quant à lui Patrick Le Gal, évêque aux armées, invité pour présider le pardon. « Ce n’est pas guindé, poursuivait-il, il y aussi bien des gens du coin que des vacanciers, et des gens ayant une foi toute relative. Malgré tout, j’ai trouvé un vrai silence, durant la célébration : ça ne trompe pas, cela montre une vraie démarche de prière ». De fait, l’homme qui découvrait le pardon cette année, s’est livré à une homélie des plus classiques, sans message politique particulier : « L’important, c’est d’entrer dans une proximité avec les gens. Moi, je présente l’Evangile dans son aspect spirituel. Ensuite, chacun est assez grand pour faire face aux problèmes du monde ». Et savoir si sa foi résiste aux caprices du ciel...
Parmi les quelque dix à douze mille chrétiens présents hier, ce Pardon revêtait une saveur toute particulière pour l’un d’eux : Monseigneur Gourvès, évêque de Vannes, qui prend sa retraite cette année et devait participer à son dernier Pardon.
Quelle signification a ce pardon ?
« Dieu veut que je sois honorée ici » : tels sont les mots de sainte Anne le 26 juillet 1624, apparaissant à Yvon Nicholazic. En nous faisant pèlerins en ce lieu, nous répondons à un désir de Dieu lui-même, et nous nous inscrivons dans la suite ininterrompue de pèlerins qui, depuis les apparitions de 1623-1625, sont venus prier sainte Anne et honorer la famille du Christ. »
On imagine que vous avez vécu ce pardon avec une émotion particulière ?
« Oui, car c’est le dernier pardon que j’organise en tant qu’évêque de Vannes, mon successeur, Monseigneur Centène, prenant ses fonctions le 16 octobre. Mais je reviendrai, peut-être invité en tant qu’évêque émérite ou alors incognito, tout simplement »
Quel sentiment vous anime aujourd’hui. De la nostalgie ?
« Oui, il y a un peu de nostalgie, c’est normal, après avoir assuré la vie et l’avenir de ce pardon, où je me rendais enfant avec mes parents, en Breton, vrai de vrai. La première fois ? Je ne sais pas, je devais avoir 7 ou 8 ans. Alors je suis un peu nostalgique de quitter cette fonction, de quitter ce peuple toujours si présent. »
Quel souvenir gardez-vous de ces années ?
« La venue du pape défunt Jean Paul II, en 1996, pour introduire le nouveau millénaire. C’est le moment le plus fort que j’ai vécu, et qu’a vécu le sanctuaire Sainte-Anne. Cette année, il y a encore eu deux événements exceptionnels avec le 50 e anniversaire de la consécration des cinq diocèses bretons à Marie Immaculée, et le passage des reliques de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus au cours d’une mission dans le diocèse. »
La messe en breton, introduite l’année dernière, semble être un pari gagné ?
« Oui, on avait longtemps hésité avant de l’instaurer, et aujourd’hui, on voit une chapelle pleine, avec des gens s’y parlant en breton. Cette langue revit aujourd’hui, on voit de plus en plus de jeunes soucieux de l’apprendre, c’est bien, car la culture et la foi ont toujours été liées. Aujourd’hui, on vit trop sur le modèle américain, sur une culture ketchup, qui n’a pas de sens. Or, les gens ont besoin de retrouver leurs racines, leur histoire. »
Quel message souhaiteriez-vous laisser à vos fidèles ?
« D’abord, de bien accueillir l’évêque Centène, de le recevoir avec toute la sympathie qu’il mérite. Ensuite de rester fidèles, fidèles à l’Evangile et à leur Eglise, fidèles à leur foi. Il n’y a pas d’autre chemin. »