
Le mythique lac Titicaca, les lagunes multicolores perchées sur l'Altiplano, le salar d'Uyuni, La Paz, grouillante capitale, Sucre et son architecture coloniale, Potosi et ses mines d'argent à l'histoire tourmentée, l'Amazonie luxuriante du nord ... la Bolivie ne manque pas de sel!
Un vent frais sifflote sur les plaines et rafraîchit l'atmosphère ensoleillée. 15 °C à peine. Une Ave Maria, échassier noir et blanc, se pose à deux pas, majestueuse, sur un sol bariolé de blanc, de gris et d'émeraude. Entouré de volcans bruns saupoudrés de neiges éternelles, on se prélasse dans un petit bassin naturel. Une source à 35 °C... On « altiplane » à 4.000. Un moment d'éternité comme en offre la Bolivie, ce Tibet des Andes injustement méconnu. Plus stupéfiant que la traditionnelle feuille de coca, dont les autorités, sous la pression occidentale, tentent d'éradiquer la culture (dans les deux sens du terme), l'Altiplano fait tourner la tête. Des couleurs à couper le souffle sur des plateaux haut perchés, des sommets toutefois accessibles, une faune rustique qui se nourrit d'on ne sait quoi... Comme une pause topologique au sud d'une cordillère Royale plus accidentée, plus propice aux treks, à l'andinisme (l'alpinisme local), l'Altiplano est un livre géologique à ciel (bleu) ouvert. Il recèle des immensités de sable, de pierre, de poussière - un peu envahissante. Un champ de geysers, à 4.850 m, bouillonne et exhale des odeurs de souffre.
Quelques lacs aiment à se blottir au flanc des pics et ponctuer les balades d'instants de magie. Chacun sa couleur, selon les minéraux qu'il contient. Les 4X4 bardés de carburant et de nourriture pour les trois jours d'expédition (avec nuits en refuges) approchent la Laguna Colorada. Des lamas s'abreuvent dans une rivière bordée d'une fine couche de glace. Le rose des nuées de flamants adoucit la teinte écarlate du lac. Et un volcan en sommeil veille sur la quiétude du lieu. La Laguna Verde, qui oscille, au fil de la journée, entre le turquoise et le vert pomme, ourle ses rives d'une écume immaculée. Un vent fort et froid ride sa surface. S'élève là le Licancabur (5.960 m), volcan parsemé d'ichus, ces omniprésentes touffes de paille andine. Il marque la frontière avec le Chili (et son désert d'Atacama), honni depuis qu'il a privé la Bolivie d'accès au Pacifique en 1884. Viennent les Laguna Blanca, Amarillo (jaune soufre), Guinda (bordeaux), Celeste (bleue), en remontant vers le nord...
Le salar d'Uyuni, lui, est le plus grand désert de sel du monde : des siècles de réserves. Avec ses 12. 100 km², il couvrirait deux départements français. Cette ancienne mer évaporée, surélevée par la poussée des Andes, se mue en miroir dès lors que la pluie l'inonde. Les véhicules roulent alors sur une pellicule d'eau, entre le ciel azur et son reflet. Au milieu de rien. A sec, le salar, dur comme de la roche, blanc comme neige, révèle une mosaïque d'hexagones sculptés par le vent. Au c?ur de l'immensité, des îles, comme celle des pêcheurs (Isla de los Pescadores), hérissée de cactus géants. Gare à qui s'y frotte... Un restaurateur breton ! Uyuni, 14.000 habitants isolés, n'a pas connu la croissance que la construction de ses larges avenues rectilignes, façon Far West, avait anticipée. Les nuits d'hiver (mai, juin), le thermomètre frise les -40 °C. Le chauffage n'existe ni dans les hôtels ni dans les maisons. C'est aussi la ville où, à La Loco, on peut manger un steak de lama sauce roquefort, au poivre ou aux champignons. L'un des deux associés français, Eric, est originaire de Plougonvelin. Et finalement, malgré la bonne cuisine locale, cela fait du bien de déguster une crêpe au dessert, au coin du feu !
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