
Baignée par la mer Rouge, la péninsule désertique du Sinaï compte parmi les plus beaux jardins coralliens au monde. Immersion.
Au premier abord, le site de Sharm el Sheikh peut laisser le visiteur européen perplexe. Dès la sortie de l'aéroport, un impeccable ruban d'enrobé longe cette péninsule désertique qui se jette dans la mer Rouge. D'un côté, les contreforts arides de la chaîne montagneuse du Sinaï, de l'autre, un interminable chapelet d'hôtels qui se disputent le front de mer dans une surenchère architecturale qui n'a d'égale que la prétention de leurs enseignes : Baron resort, Club magic Life, Eden Resort, Sharm dream resort.
Dans un alignement méticuleux, les palmiers éclairés de spots et la moquette gazonnée achèvent de donner à l'ensemble une impression de décorum ridicule. Colonnes et frontons façon stuc, allées en béton lavé et piscines carrelées de bleu en guise de bienvenue. C'est qu'ici, le tourisme est une véritable industrie greffée de toutes pièces sur des terres désertiques. Cet eldorado, où les complexes hôteliers affichent parfois plus de 1.000 chambres, s'appuie pourtant sur un argument de poids : la richesse des fonds marins. Ces derniers sont même considérés comme les tout meilleurs spots de plongée au monde. Vérification sur place, au parc marin de Ras Mohammed, situé à l'extrême sud de la péninsule.
Quelques kilomètres en 4X4 sur les pistes de ce parc national suffisent à effacer notre première impression. Oublié l'aspect artificiel et surfait de la station balnéaire Sharm el Sheikh et de Na' ama Bay. Nous sommes ici dans un sanctuaire. Des eaux cristallines, grâce un taux de salinité record de 4,1 %, et une température jamais inférieure à 22-23° C favorisent le développement de l'un des plus beaux systèmes coralliens au monde. Encadré par le centre de plongée Red sea diving college, chaque visiteur peut découvrir le site à son niveau et son rythme : en apnée avec seulement palmes, masque et tuba (PMT) ou avec bouteilles, débutant ou confirmé.
Une balade en bouteille à seulement 5 m de profondeur permet déjà de planer entre les ergs, ces colonnes de corail qui abritent une quantité hallucinante de poissons. Il faut presque se pincer pour en croire ses yeux, tant ce ballet multicolore paraît irréel. Anthias, rascasses volantes, poissons Napoléon, mérous, poissons-clowns, carangues évoluent presque à portée de main. Presque, car certaines espèces peuvent piquer si elles sont dérangées, comme les rascasses ou les raies pastenagues à points bleus. Et surtout parce que les formations coralliennes sont très fragiles. C'est pourquoi il est conseillé de ne pas porter de gants pour éviter toute tentation inutile. Autres habitants des lieux très prisés des plongeurs, les grandes tortues et les dauphins bien sûr, mais aussi les murènes, et les espèces endémiques : comme les poissons-papillons, surprenants par leur couleur d'un jaune éclatant et leur nage gracieuse. E noter enfin un absent de marque, pourtant très présent en mer Rouge, le requin corail ou requin à pointes blanches. L'agitation et la fréquentation générées par les 300.000 plongeurs annuels l'ont quelque peu dérangé dans ses habitudes. Seuls moments pour l'observer à coup sûr : le lever et le coucher du soleil, c'est-à-dire l'heure du repas...