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Bugaled : Ces anglais qui doutent de leur Navy

Un député anglais qui explique la pression que subissent les marins anglais, la présidente de la fédération nationale des pêcheurs britanniques qui exprime « sa honte » devant l'attitude de son gouvernement, une association convaincue que la Royal Navy « cache quelque chose », une récolte de fonds lancée pour ériger une stèle du souvenir sur les falaises du Cap Lizard... Plus de trois ans après le naufrage du Bugaled-Breizh, de nombreux Anglais restent mobilisés sur ce dossier où l'hypothèse d'une croche du chalutier bigouden avec un sous-marin est défendue par les parties civiles. Mais à la suite des derniers éléments livrés par le gouvernement anglais, cette hypothèse a pris l'eau au parquet de Quimper. Pourtant, les Britanniques vus à Plymouth, Truro, Penzance et Newlyn doutent de la sincérité de la Royal Navy. Manquent les preuves.

En France, les familles des cinq victimes du Bugaled-Breizh, l'armateur et le comité local des pêches du Guilvinec (29), toutes parties civiles, pensent qu'un des sous-marins des exercices militaires Aswex 04 ou Thursday War a coulé le chalutier bigouden, le 15 janvier 2004. Et en Cornouailles anglaise, trois ans après les faits, c'est aussi le mot « submarine » qui revient dans toutes les bouches de la communauté maritime.

« Les garde-côtes appelaient un sous-marin »

À Newlyn, premier port de pêche britannique, Jo Andrews, patron de The Excellent, se souvient. Il était en pêche au moment du drame. « Juste après, les garde-côtes de Falmouth appelaient un sous-marin dans les parages de l'accident ». Comme lui, la communauté maritime cornouaillaise garde ce 15 janvier 2004 très ancré en mémoire. Plusieurs personnes se sentent, depuis ce jour-là, « sous pression des autorités britanniques ». Un sentiment relayé officiellement en février dernier par Andrew George, le député libéral démocrate de Cornouailles (lire ci-dessous).

La présidente des pêcheurs se fait envoyer paître

Parmi ces personnes, il y a Elizabeth Stevenson. Avec sa famille installée au port de Newlyn depuis des décennies, elle possède le tiers de la flottille d'ici, soit une trentaine de bateaux. En plus de son activité d'armateur, Élizabeth est présidente de la fédération nationale des pêcheurs britanniques. Habituée au relationnel, elle n'a donc pas supporté le peu courtois « Back off » - « Dégage » -, que lui ont renvoyé les garde-côtes de Falmouth le week-end même du naufrage du Bugaled-Breizh. À la suite de cette rude réplique, elle a de nouveau essayé d'interroger d'autres autorités. « Mais les surveillants de la MCA locale (les secours locaux) avaient reçu des consignes pour se taire sur ce sujet. C'est sûr. Depuis, on m'a toujours dit d'aller "mettre mon nez ailleurs". C'est très inhabituel comme attitude ! ».

Trois bateaux de pêche tirés par des sous-marins

Chez les Stevenson, on n'est pourtant pas du genre à poser tous les maux des marins sur les épaules des autres : « Il y a beaucoup de drames en mer et souvent, ce sont les pêcheurs eux-mêmes qui sont les fautifs. Mais dans l'affaire du Bugaled, c'est autre chose : je suis convaincue à 100 % que c'est un sous-marin », assène Elizabeth, tapant du poing son bureau. Ces dernières années, trois bateaux de la flottille Stevenson ont été tractés par des submersibles pris dans leurs filets. Tirés sur plusieurs milles dans les eaux anglaises, ils n'ont pas sombré. « Deux sous-marins ont fait surface, l'autre pas ». Expérience aidant, Elizabeth a donc demandé à Barry Deas, haute autorité maritime du pays, de poser quelques questions à la Royal Navy sur la position des sous-marins, le jour du naufrage du Bugaled. Réponse : « Back off ». De son côté, le capitaine du port de Newlyn, Andrew Munson, dit aussi avoir « entendu des personnes faisant état de pressions ». Troublant.

« Absurde », dit le ministre de la Défense

Dans un courrier daté du 12 février dernier, écrit au député Andrew George, le ministre Adam Ingram a qualifié « d'absurdes les articles de presse » suggérant que le gouvernement britannique a tenté « de couvrir » des faits durant l'enquête, notamment l'existence du Thursday War. « Pas convaincue » par les explications livrées par le ministre, Elizabeth Stevenson pense tout le contraire : « J'ai honte du comportement de mon gouvernement dans cette affaire ».

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Pratique

Andrew George dénonce les pressions

Depuis son bureau de Penzance, à l'extrême ouest de la Cornouailles anglaise, Andrew George, député libéral démocrate au parlement britannique, interroge son gouvernement sur le dossier Bugaled-Breizh depuis la semaine suivant le drame.

À ce stade de l'enquête, êtes-vous convaincu par les réponses de votre gouvernement ?

Je ne suis ni convaincu, ni non-convaincu. Je cherche juste la vérité. Je ne pense pas que nous ayons de preuves à ce stade de l'enquête pour désigner tel ou tel responsable. Mais je ne crois pas en une conspiration.

Dans votre courrier du 19 février dernier au ministre de la Défense, vous avez néanmoins fait état de pressions qui pèsent sur la communauté maritime de Cornouailles. Quelles sont ces pressions ?

J'ai eu connaissance de personnes qui ont voulu poser des questions sur le Bugaled-Breizh. « Back off », « ne vous mêlez pas de ça », est le « conseil » qui a été donné à ces gens issus de la communauté maritime cornouaillaise. Ils en sont aujourd'hui inquiets. Le ministre de la Défense m'a demandé de leur dire de se présenter à lui sans crainte et avec des preuves. Mais beaucoup hésitent...

Pourquoi ces personnes sont-elles inquiètes et hésitent-elles ?

Elles ne sont pas inquiètes pour leur vie mais inquiètes pour leur activité. Si certains marins sont en limite de légalité lorsqu'ils pêchent, ils n'aimeraient pas forcément voir davantage de contrôles sur leur bateau. Or, ici, c'est la Navy qui opère ces contrôles, vous savez... Avec ce « conseil » qui leur a été lancé, les marins craignent de perdre leur licence de pêche ou de subir d'autres sanctions.

Avez-vous votre propre conviction sur le naufrage ?

Je ne dis pas que la thèse du sous-marin est la bonne, mais je dis que c'est une option suffisamment importante pour être étudiée jusqu'au bout. Nous devons être sûrs que si des exercices militaires britanniques, hollandais, français ou autres se tiennent en mer, l'industrie de la pêche peut continuer à travailler dans de bonnes conditions de sécurité.

Que vous inspire le cas du sous-marin anglais Le Turbulent, suspect dans cette affaire ?

Il faudrait davantage de vérifications sur la validité des documents fournis par la Royal Navy et être bien sûr que ces documents ne sont pas contredits par d'autres. Globalement, les réponses fournies par le gouvernement sont minimales.

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En ligne 417 visiteurs / 0 membre - Mis à jour le dimanche 20 juillet 2008

Crédit photo (panoramique fond de page) : Christophe ALLAIN