La déferlante de Sein
La mésaventure du bateau Enez Sun III, frappé par une déferlante samedi près de l'île de Sein n'est pas due à des conditions météorologiques difficiles. « Ce n'était pas une mer trop compliquée et une déferlante est imprévisible », soulignait, hier, Jean Cam, directeur de la compagnie maritime Penn Ar Bed. En revanche, la houle était particulière et dangereuse.
En accostant à Saint-Evette, des passagers encore secoués par cette mauvaise expérience, ont estimé que le bateau avait peut-être pris trop de risques en effectuant la traversée. Jean Cam ne cherche pas la polémique, mais se défend : « Ce n'était pas une mer très compliquée pour nos marins professionnels qui connaissent bien la mer. Les annulations sont très rares, même pendant l'hiver, et, depuis 1992, c'est la première fois que nous enregistrons un accident aussi important qui, il est vrai, aurait pu être une catastrophe ».
Pas de météo exceptionnelle
Comment était la météo aux abords de Sein en ce début d'après-midi de samedi ? « Une excellente visibilité, une mer normale avec, il est vrai, une houle résiduelle assez importante », répond le commandant Jean-Marie Figue de la préfecture maritime. Et de poursuivre « Le vent était d'environ 15 noeuds (30 km/h) ; donc rien de bien méchant pour un bateau solide comme l'Enez Sun ». Sur Sein, on dit aussi « qu'il y avait de la houle et que l'Enez Sun avait déjà été un peu secoué lors de sa première rotation » ; « de la houle et une mer un peu mauvaise mais rien de plus ». Ce que Jean-Marie Figue résume par « ce n'était pas une météo exceptionnelle ». D'ailleurs, « Quand la mer est mauvaise, les équipages font toujours rentrer les passagers dans la cabine et samedi, ils n'avaient pas de raisons de le faire », rappelle encore le directeur de la Penn Ar Bed.
Au mauvais endroit au mauvais moment
Il reste donc que le navire s'est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. L'Enez Sun III avait commencé sa manoeuvre en virant pour entrer dans la passe de l'île, « un sale coin bordé de roches », quand la vague déferlante l'a frappé sur le côté tribord « l'a soulevé et fait basculer sur le flanc ». Mais, « Sauf à aller sur les cailloux, l'Enez Sun ne pouvait plus changer de cap pour prendre la vague de face », notent encore le directeur de l'armement et le Commandant Figue.
« Une conjonction de deux houles »
En fait, cette vague plus forte que les autres et que l'on appelle déferlante « n'est pas rare dans ce secteur ». Une déferlante est « la conjonction de deux houles qui se fondent et dont le mouvement s'amplifie encore quand les fonds remontent comme c'est le cas à proximité des côtes », détaille encore Jean-Marie Figue. Et comme la vitesse de la crête de la vague est supérieure à celle de la vague elle-même, la crête « plonge » et se retourne sur elle-même en formant ce tunnel apprécié par les surfeurs ou alors « glisse » et déferle, comme à Sein.
Une houle particulière et actuellement dangereuse
Depuis quelques jours, la côte bretonne subit une houle qui n'est pas exceptionnelle mais qui reste un peu particulière et qui, surtout, est «
dangereuse quand elle arrive sur la côte », commente le prévisionniste marine de Météo-France de Brest, Alain Kerzreho. En milieu de semaine dernière, s'est formée « une dépression très creuse au sud de l'Islande », explique-t-il. Cette dépression a fait naître « une houle de longue période souvent dangereuse quand les fonds marins remontent et qu'elle arrive sur les côtes ». La houle prévue samedi devait être « d'environ 5 à 6 mètres dans le secteur d'Ouessant ». Elle a bien été mesurée. En revanche, l'appareil de mesure de la bouée d'Ouessant « a aussi enregistré, samedi en fin de matinée, une énorme vague de dix mètres ; totalement imprévisible ». Samedi, les zones littorales qui en raison de leur configuration (goulet, fonds qui remontent brusquement, etc.), sont sensibles aux phénomènes des déferlantes formées par la houle ont été particulièrement agitées. Ce fut le cas dans le secteur de Sein et de Lampaul-Plouarzel, près de Brest où une autre déferlante a renversé un bateau de plaisance, samedi vers midi.
Enquête judiciaire ouverte : "une procédure normale"
Une enquête judiciaire a été ouverte. « C'est une procédure tout à fait normale dans ce genre d'affaire », expliquaient hier, la préfecture maritime et le capitaine Oréfice de la compagnie de gendarmerie de Quimper. Dès samedi soir, le capitaine de l'Enez Sun, les responsables de la Penn Ar Bed et les membres de l'équipage ont été entendus par la gendarmerie d'Audierne et la procédure suit son cours. Hier soir, il restait encore six personnes en observation médicale et « la grande majorité des blessés est sortie des centres hospitaliers, sauf les deux personnes victimes de fractures », expliquait Jean Cam qui a passé la journée à recevoir, à Audierne, les passagers de l'Enez Sun III.


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