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Gourinis : Le naufrage après la série d'avaries

Comment Le Gourinis, le catamaran chargé d'assurer la liaison Quiberon-Houat, a-t-il pu, par un temps calme et aux mains d'un capitaine expérimenté, heurter des rochers connus de tous ? Deux jours après le naufrage qui n'a fait aucune victime parmi les 29 passagers et quatre membres d'équipage, ces questions restent sans réponse. Le procureur de la République évoquait, hier soir, une « fortune de mer », mettant hors de cause le commandant de bord. Après une carrière parsemée d'embûches en tous genres, le Gourinis repose aujourd'hui par 17 mètres de fonds. Les conditions de son renflouage doivent être déterminées aujourd'hui.

Sur Port-Haliguen, à Quiberon, la nouvelle a vite circulé. Et suscité les mêmes interrogations : comment le Gourinis, a-t-il pu heurter les rochers des « Trois pierres », par une mer calme ? Le brouillard installé au moment de l'accident n'explique pas tout : « Le moindre pêcheur connaît les Trois pierres, c'est sur toutes les cartes marines... », s'étonnait ainsi un commerçant du port.

« Ça va jamais passer »

La vedette avait quitté l'île d'Houat à 12 h 10. C'est vers 12 h 50 que le choc s'est produit. « On était sur le pont, on voyait qu'on se rapprochait de la roche. On s'est dit "ça ne va jamais passer". Et ce n'est pas passé », témoigne Sylvia Dallier, jeune Normande qui rentrait d'Houat avec sa belle-mère, son fils et ses deux neveux. Pourquoi ce choc ? « Ce qui est sûr, c'est que les rochers n'ont pas bougé. C'est vraisemblablement une erreur de navigation. Une procédure d'enquête est engagée », commentait, laconiquement, Patrick Alix, directeur commercial à la SMN, quelques heures après l'accident. Hier soir, le procureur de la République mettait toutefois hors de cause le commandant de bord, concluant à « une fortune de mer ».

Passagers sains et saufs

Le choc a créé une brèche à tribord arrière, entraînant une importante voie d'eau dans au moins deux des quatre compartiments de la vedette catamaran. Le commandant alerte alors le Crossa Etel et prend la décision d'évacuer les passagers. Rapidement, les canots de sauvetage de la SNSM de La Trinité, Belle-Ile-en-Mer et du Crouesty arrivent sur place, ainsi qu'une vedette des Douanes, les canots pneumatiques de la SNSM de Quiberon, et un hélicoptère de la sécurité civile. Tous les naufragés prennent position sur les bateaux de survie, puis embarquent sur le Vendilis, qui assure la liaison Belle-Ile - Quiberon. Tous, sauf une mère et sa fille, très choquée, qui sont évacuées sur une vedette de plaisance, le « Siglin ». Aucun blessé n'est à déplorer : selon les témoignages recueillis (lire ci-dessous), l'évacuation s'est déroulée dans de bonnes conditions, sans aucune panique. À 14 h 15, les 29 passagers et les quatre membres d'équipage étaient débarqués à la gare maritime de Quiberon, où un poste de secours avait été aménagé. Pendant ce temps, la préfecture maritime tentait de remorquer le Gourinis vers Port-Haliguen, avant de renoncer, le bateau (25 mètres de long) étant trop immergé. Un avis urgent aux navigateurs a été émis pour sécuriser la zone.

« Il est perdu »

« Les passagers sont sains et saufs, et il n'y a pas de pollution majeure : l'essentiel est assuré », se félicitait ainsi, lundi soir, Sylvain Le Berre, porte-parole de la préfecture maritime. Des traces d'irisation ont été constatées sur le lieu du sinistre. Le Gourinis contenait au maximum 2.000 l de gazole de propulsion, considéré comme volatil. Lundi soir, la préfecture maritime a mis en demeure l'armateur (la SMN) de trouver une solution pour le Gourinis, toujours posé sur la roche, à quelque 15 mètres de profondeur. Des plongeurs ont inspecté la coque, afin de déterminer l'ampleur des dégâts. « C'est clair, il est perdu », estimait, hier, Patrick Alix. Dans la nuit de lundi à mardi, le bateau a sombré. Une barge, le Laminaria, commandée par la SNM, assure désormais la surveillance du lieu. Des encres ont été posées à l'épave afin d'éviter toute dérive. « Maintenant, il faut le renflouer le plus vite possible, ne serait-ce que pour que le gazole contenu dans l'épave ne se disperse pas », avance Patrick Alix. La SMN doit établir les modalités de l'évacuation de l'épave aujourd'hui, lors d'une réunion avec ses assureurs et la DDE Phares et balises. En attendant, la liaison Quiberon - Houat est rétablie. Dès 9 h, hier, le Kerpenhir, navire de la Navix, avait pris le relaiss du Gourinis.

Un catamaran au CV plutôt salé

Quelques épisodes qui ont jalonné une carrière pour le moins tumultueuse.

1997 : Le Gourinis toujours en panne.

Le Gourinis est à l'arrêt pendant trois mois, de la mi-avril à juillet.

Juillet 1998 : Le Gourinis en arrêt technique.

Comme en 1997, à la même époque, le Gourinis est de nouveau en arrêt technique depuis le 1 e r juillet, pour quinze jours. Les liaisons Sauzon/Lorient et Sauzon/Quiberon ainsi que les excursions vers Houat sont annulées. Les commerçants des îles grondent.

2001-2002 : les tuiles s'enchaînent.

17 août 2002 : pour l'équipage du Gourinis, nouvel incident : une voie d'eau dans le port de Sauzon, à Belle-Ile-en-Mer, vécu comme un coup du sort. L'année précédente, le bateau avait perdu une hélice. En juillet, le moteur s'était cassé en deux. Trois cylindres avaient été réparés. Mais à peine à l'eau, les autres cylindres étaient tombés à leur tour en panne.

25 avril 2006 : le feu à bord.

À mi-traversée, vers 12 h 15, un départ de feu est signalé sur le moteur tribord. Un compartiment d'environ 50 m² est totalement enfumé. L'équipage parvient, toutefois, à éteindre l'incendie, mais le bateau est ingouvernable et se retrouve sans propulsion. Les passagers sont pris en charge par une vedette de la SNSM qui les transporte jusqu'à Quiberon, sains et saufs.

Le Gourinis, sorti des chantiers en 1979, peut transporter 194 passagers à la vitesse de 25 noeuds. Le Département s'en est porté acquéreur auprès de la Société d'Armement de l'Ouest en juin 1997, pour 15.000 € (il devait alors être remotorisé). Il naviguait pour la SMN depuis 1987.

Les passagers : "Il n'y a eu aucune panique"

Cela restera une « avarie heureuse », selon le mot du commandant Serge Delaunay. Car, si l'accident aurait pu virer au cauchemar, les passagers, tous sains et saufs, semblaient s'accorder lundi sur la rapidité des secours et le calme qui a présidé à l'évacuation.

Vers 14 h 15, lundi, la gare maritime de Quiberon est transformée en poste de secours avancé. Gendarmerie, pompiers, représentants de la préfecture et de la mairie de Quiberon ont investi (et bouclé) les lieux. Des employés de la SNM apportent, quant à eux, réconfort et collations aux naufragés en attente de leurs bagages.

« Jamais sentis menacés »

Dominique Dallier, de Verneuil-sur-Avre (Eure) est une habituée de la liaison : elle possède une maison sur l'île depuis trente ans. Ravie d'avoir retrouvé la terre ferme, elle explique : « Heureusement, le pilote a tourné à droite (tribord), sinon on allait directement sur les cailloux et l'on se brisait. Nous le remercions car sans lui... Puis on a entendu un grand bruit. Mon petit-fils a eu très peur. En fait, il s'est surtout inquiété pour nos bagages contenant ses cahiers. Mais à aucun moment on ne s'est senti menacés ».

« Tous restés calmes »

Même tonalité chez sa belle-fille, Sylvia, qui attend sa dernière valise aux abords de la gare routière. « Le choc nous a pas mal secoués, on a bien senti le rocher sous le bateau... On a stoppé net. On a vu que la coque se remplissait rapidement sur un côté, qui commençait à couler. Mais il n'y a eu aucune panique, tout le monde est resté calme, même si des enfants pleuraient. Le commandant est intervenu rapidement : au bout de dix minutes, on était sur les canots de sauvetage. Bon, la descente à l'échelle était un peu « sport », mais bon... Non, à aucun moment je n'ai eu peur, si ce n'est pour les enfants ». Malgré l'émotion, le triste sort du Gourinis semblait même presque satisfaire Dominique Dallier : « Vu son âge et son histoire, je crois que tout compte fait, ce bateau n'était plus l'idéal, si vous voyez ce que je veux dire... ». Vers 15 h 30, les derniers passagers du Gourinis ont tous quitté les lieux. Certains sont partis sans leurs bagages. « Il y a eu un petit peu de perte, semble-t-il, mais nous avons recueilli toutes les identités et contacts, et tous seront indemnisés », assure, pour la SNM, Patrick Alix.

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En ligne 298 visiteurs / 0 membre - Mis à jour le dimanche 27 juillet 2008

Crédit photo (panoramique fond de page) : Christophe ALLAIN