L'ex-Colbert au cimetière

Gris étaient la mer et le ciel, gris également les remorqueurs et l'ancien croiseur lance-missiles Colbert, lorsque hier matin, vers 10 h, le convoi a franchi les passes en direction de Lanvéoc-Poulmic .

Pas de quoi donner du baume au coeur des quelques anciens venus, sur le quai de la Santé, assister au dernier départ d'une unité qui, lors de son lancement, en 1956, avait fait la fierté de l'arsenal de Brest. Sous les averses, le Buffle en tête et quatre remorqueurs portuaires ont convoyé, vers le cimetière des bateaux, une coque dont les signes distinctifs avaient été masqués, nom sur l'arrière, et numéro de coque. Seul le dispositif mis en place pour obturer la cheminée mettait un peu de couleur. L'ex-Colbert - qui, depuis son arrivée à l'épi des porte-avions, a été délesté d'une bonne partie de son mobilier - a fait l'objet de mesures conservatoires en vue de son séjour dans l'anse de Landévennec. Quid de son démantèlement ? Une décision à laquelle ne sont pas insensibles les adhérents de l'association Mor-Glaz, qui ont profité de l'occasion, par la voix de Christian Bucher et de Jean-Paul Hellequin, pour rappeler leur volonté de voir l'ancien croiseur mais aussi d'autres vieux navires, qu'ils soient civils ou militaires, être déconstruits à Brest.

Le quatrième du nom

L'ex-croiseur antiaérien C 611 est le quatrième bâtiment de la marine française à porter le nom du ministre de la marine de Louis XIV. Un ministre auquel Brest est redevable de la modernisation de son port, dans les années 1660. Le premier Colbert fut construit à Cherbourg, de 1845 à 1848. C'était une corvette à roues de 1.566 tonneaux, dont la machine avait été construite à Indret. C'est sur des plans de Dupuy de Lôme que le second Colbert, un cuirassé de premier rang, fut mis en chantier à Brest en 1870. La machine fut aussi construite à Indret et il atteignait une vitesse de 15 noeuds. Coque bois, 96 m de long, il était également gréé en trois-mâts carré. Mis sur cale à Brest en 1927, le troisième Colbert fut un croiseur de la série des 10.000 tonnes et mesurait 194 m de long, pour un effectif de 650 hommes. Affecté à l'escadre de la Méditerranée, il effectua plusieurs transports d'or, notamment en direction du Canada pendant la Seconde Guerre mondiale. En juin 1940, il participa au bombardement de la ville italienne de Gênes. Il se saborda à Toulon, en novembre 1942. Mis sur cale à l'arsenal de Brest en décembre 1953, lancé le 24 mars 1956, le C 611 affichait un déplacement en charge de 11.300 tonnes et pouvait atteindre une vitesse de 32 noeuds. Long de 180 m, il était propulsé par deux groupes de turbines alimentées par quatre chaudières. Il fit l'objet d'une refonte de 1970 à 1972 et fut équipé de missiles MM 38 en 1980.

Ils l'ont tant aimé ...

Armand, Claude, Yves... : une palanquée de souvenirs

En 1964, à bord du Colbert, Armand, Claude, Jeannot, Jean-Louis et Yves frayaient en bonne compagnie, dans les eaux de l'Amérique du Sud. « Nous étions avec « le Grand Charles » (de Gaulle) et « Tante Yvonne », son épouse. La seule femme à bord car, à l'époque, elles n'avaient pas autorisation d'embarquer. Le général étant de grande taille, il avait fallu allonger le lit de l'amiral, qu'il occupait ». Image inaltérable : « Un soir, nous avions tout le grand Sud face à nous et le Grand Charles nous racontant l'Histoire de France. C'était autre chose que le Vendée Globe ». Bateau amiral, le Colbert, qui vécut 30 ans, était alors basé à Toulon. « En 28 ans de marine, je n'ai jamais mieux mangé que là. C'était une bonne gamelle ». « Les p'tits gars de la Marine » évoquent encore le souvenir du commandant Brasseur Kermadec. « Un manoeuvrier hors pair. Pendant la guerre, il avait fait le convoi de l'Atlantique. Quand le bateau filait en PMP (puissance maximum possible), à 32-33 noeuds, les rambardes étaient pliées. E l'avant du bateau, il n'y avait plus rien... ».

Roger Lars : « Une plus-value touristique »

Le livre d'or du Colbert sous la main, Roger Lars, maire de Landévennec, s'étonne : « Vous avez vu ce monde, rue de Brest, et sur les bas-côtés de la route, pour suivre l'arrivée du navire ? Et cette foule, au belvédère ? Le Colbert, ce n'est pas le Clemenceau. Les gens y sont très attachés ». Landévennécois de souche, lui tient autant à son cimetière à bateaux, autrefois station navale, qu'à son abbaye. « Cimetière est un terme impropre car on ne meurt pas ici. C'est l'avant-dernière étape avant la démolition. Il est important de conserver la mémoire de ces vieilles coques d'une autre façon que dans un entretien coûteux. La station navale, créée en 1840, avec ses navires, ses équipages et leurs familles, a fait vivre Landévennec. Ea fait partie de notre patrimoine, même si ces bateaux ne nous appartiennent pas ». Pour sa commune, le maire revendique aussi un intérêt matériel : « C'est une plus-value touristique incontestable. Il n'est pas toujours possible d'approcher un navire de guerre ».

Michel Boezennec : une maquette au 1/100

Michel Boezennec n'a jamais mis les pieds sur le Colbert. Son fils, lui, l'a servi dans les années 80. « E partir de photos qu'il m'a données, et d'un plan, je l'ai reproduit au 1/100. Il a une jolie forme. Une vraie forme de bateau. Comme le De Grasse. Aujourd'hui, les navires ne sont rien d'autre que des sabots ». 1,80 m : c'est la longueur de sa maquette, connue dans les expositions alentour. « Je n'ai acheté que les hélices. Le reste, c'est de la récup' ».

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En ligne 241 visiteurs / 0 membre - Mis à jour le mardi 7 octobre 2008

Crédits : Réalisation Le Studio T sous eZ publish
Photo (panoramique fond de page) : Christophe ALLAIN