Maud Fontenoy : Au bout de son rêve
Maud Fontenoy touche au but et est en passe de réussir son pari. Hier à la mi-journée, « L'Oréal Paris », sous gréement de fortune depuis le 14 février (le bateau a démâté le 10 février), progressait à une vitesse de six noeuds et n'était plus qu'à une centaine de milles de l'île de La Réunion, terme de ce tour du monde à l'envers contre les vents et courants dominants. Pour ses dernières heures en mer, l'océan Indien a été sans pitié et elle a encore essuyé des rafales à 40 noeuds. Hier après-midi, elle a été rejointe par le navire de la Royale « La Boudeuse » qui va l'escorter jusqu'à la ligne d'arrivée qu'elle devrait franchir cet après midi. La Réunion lui prépare un accueil enthousiaste. A quelques heures de cette « délivrance », Maud Fontenoy nous a confié ses impressions par téléphone.
- Dans quel état d'esprit êtes-vous à l'approche de l'arrivée ?
« Depuis lundi, j'ai été pas mal secouée et stressée car la météo était compliquée. J'étais sur le qui-vive. La nuit passée (de lundi à mardi), j'ai eu des rafales à 40 noeuds et je craignais pour mon gréement de fortune. Là, cela va mieux, je commence à être un peu soulagée. Et bien sûr, je suis heureuse d'approcher du but et impatiente de toucher terre. »
- Vous attendez ce moment de l'arrivée avec impatience mais peut-être aussi avec un brin d'appréhension ?
« Pour dire la vérité, je suis partagée. Cinq mois en mer, c'est très long et, en plus, il y a eu une grosse tension nerveuse tout le temps. Je me sens décalée et j'ai un peu d'appréhension par rapport au bain de foule qui m'attend. Cela va être un choc. J'espère arriver à bien le vivre. »
- Maud, vous qui êtes un être très social, qui aimez le contact avec les gens, comment avez-vous supporté la solitude pendant ces quatre mois et demi ?
« C'est vrai que j'aime bien les gens. Cela a été un vrai choix de partir seule. Je voulais me retrouver, me confronter à moi-même, assumer mes défauts et mes qualités face à cette mer qui est neutre. J'avais envie de régler des comptes avec moi. Et tout cela avait un sens parce que j'étais seule. J'ai vraiment tiré ce que je souhaitais de cette expérience et, aujourd'hui, je me sens prête à me diriger encore plus vers les autres et à donner après cette aventure intérieure et personnelle. »
- Il y a eu beaucoup de moments difficiles dans votre périple. Il y a sans doute eu des joies des émotions très fortes. Quels seront les plus jolis souvenirs que vous garderez de ces cinq mois de mer ?
« Les soleils couchants, les heures à rêver sous les étoiles, le vol majestueux des albatros vont me manquer. On part, non pas parce qu'on aime souffrir. On appareille parce qu'on va chercher autre chose, une plénitude. Dans ce voyage, il y a une quête intérieure, un besoin d'harmonie avec la nature, une émotivité qu'on peut trouver que lorsqu'on est si longtemps isolé face à la mer. Elle m'en a fait baver mais, par certains côtés, elle m'a protégée. Il y a eu des satisfactions techniques comme les passages des caps, Le Horn bien sûr qui a été un moment émouvant. »
- Vous n'êtes pas forcément une bricoleuse née. Monter ce gréement de fortune après le démâtage de « L'Oréal », c'était un challenge ardu ?
« C'est sûr, je ne suis pas du tout bricoleuse (elle en rit). Je suis une vraie " fifille ". C'est mon frère qui m'a aidé à préparer le bateau. Là, je me suis retrouvée seule avec la caisse à outils sur le pont. L'important, c'est de mettre un peu d'intelligence dans chaque chose, que l'on fasse la tarte au citron ou qu'on essaie de se dépatouiller d'une situation extrême. J'ai fait comme d'habitude, morceau de la montagne par morceau. Et petit bout par petit bout, j'ai réussi à m'en sortir. »
- La phrase de Saint Exupéry « Fais de ta vie un rêve et de ton rêve une réalité », inscrite dans la grand-voile de fortune, c'est votre maxime ?
« A chaque projet, il y a toujours une petite phrase qui m'accompagne, liée au rêve et à la réalisation de soi. Cette maxime écrite au scotch dans la grand-voile illustre cet état d'esprit. Peu importe le temps qu'on met, ce qui importe c'est d'aller au bout, de réaliser son rêve. Il ne faut jamais lâcher. La vie est courte et nous donne peu de ces instants extraordinaires. Il faut pouvoir se dire j'ai fait le maximum, j'ai tout donné pour ne jamais rien regretter. »
- Est-ce que vous avez senti des réserves du milieu nautique sur votre projet quant à la performance pure ? Et verra-t-on Maud Fontenoy en compétition face à d'autres marins ?
« Pour dire la vérité, je suis éloignée du monde de la course que j'admire énormément. Je n'en faais pas partie. Chacune de mes aventures a été portée par une envie de véhiculer des valeurs, de travailler avec des écoles, de faire rêver des enfants en cancérologie, de partager une aventure. Me confronter aux autres, être meilleure par rapport à mon voisin n'est pas mon objectif premier... »
- De quoi avez-vous envie dans l'immédiat ? Vos premiers désirs en retrouvant la terre ferme ?
« J'ai terriblement envie, de vert, d'arbres, de végétation de fleurs. Pour cette raison je suis très contente d'arriver dans une île comme La Réunion. Sinon, j'aimerais boire de l'eau minérale pure dans un joli verre. Par contre, je ne rêve pas d'une entrecôte frites. J'ai envie de manger des framboises et aussi des sushis. Pour la dernière nuit, je me suis gardé un paquet de fraises tagadas. »
Née à Meaux le 7 septembre 1977, Maud Fontenoy a navigué toute sa jeunesse avec ses parents avant de suivre la formation de l'école de voile des Glénans. Elle a également pratiqué la natation et l'équitation. Impressionnée par la performance de Gérard d'Aboville, premier homme à traverser l'Atlantique à la rame, elle décide de se former à cette discipline. Ainsi, le 13 juin 2003, elle entreprend la traversée de l'océan Atlantique dans le sens ouest-est. Partie de Saint-Pierre-et-Miquelon, elle rejoint la Corogne en Espagne le 10 octobre et devient la première femme à avoir réalisé cette performance. En 2005, elle se lance un nouveau défi dans l'océan Pacifique. Le 12 janvier, elle quitte le port de Callao au Pérou pour tenter de rallier Tahiti en suivant l'itinéraire du radeau Kon-Tiki de Thor Heyerdahl qui avait réalisé cette traversée en 1947. Après 73 jours de mer et 6.900 km, elle touche l'île de Hiva Oa aux Marquises.


Transports
Horaires Marées
Pavillon BLEU
Météo







