Sous-marin nucléaire : Bête noire en chantier
Habituellement, ce chantier fait partie des zones militaires les plus contrôlées de France. Le bassin de réparation des sous-marins, à Brest, est un haut lieu des dispositions secret-défense. Samedi, les familles de DCN Brest et des entreprises sous-traitantes sur ce chantier avaient accès à la bête.
Dans le milieu, les bêtes noires, celles que l'on nomme le plus rarement possible, sont les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE), en référence à leur aspect, leur taille et leur discrétion opérationnelle. Ces impressionnants et coûteux condensés de technologie, comme Le Téméraire, en réparation à Brest, embarquent dans leurs entrailles pas moins de seize missiles nucléaires, afin d'assurer une mystérieuse et pesante dissuasion à travers le monde.
Tous les huit ans
La France en possède quatre (si si !) ; les grands entretiens de ces navires (Iper) étant de formidables défis industriels, programmés tous les huit
ans. Lors de cet entretien majeur qui revient à une révision complète de l'engin, il s'agit de démonter, vérifier et remonter pièce par pièce la quasi-totalité des matériels et équipements embarqués. Seule la coque, construite en acier à très haute limite élastique, reste entière, mais fait l'objet de milliers de points de contrôle. Le reste, et surtout l'ensemble des systèmes hydrauliques et circuits à liquides, fait l'objet d'une vérification totale. On estime qu'un grand carénage de sous-marin équivaut aux efforts d'entretien déployés sur la Jeanne-d'Arc pendant ses 45 années d'existence ! C'est dire la dimension toute particulière de ce chantier.
Pas d'autre arrêt majeur possible
« Avec ce type d'engin qui emporte avec lui un coeur et des armes nucléaires, on n'a pas le droit à l'erreur », explique l'un des responsables de ce carénage, Michel Drévillon. « Sa mission repose sur la fiabilité et la permanence. Vous imaginez la crédibilité de la dissuasion si notre unique sous-marin en patrouille était obligé de rentrer à la maison au moindre pépin technique ». Alors on met le prix. Le prix de la sécurité, qui profite également aux 112 hommes embarqués.
21 mois auront été nécessaires à ce grand carénage, soit 14 mois de moins que pour le Triomphant, le premier de la série qui avait essuyé les plâtres, et fait l'objet de vérifications encore plus poussées.
30.000 pièces démontées
Sur le Téméraire, pas moins de 30.000 matériels et circuits eau de mer (du manomètre à la pièce de dix tonnes) ont été entièrement démontés, vérifiés, testés et remontés. Les pièces les plus sollicitées ont été changées, un bon nombre ayant été remplacé en préventif, comme dans l'aviation. Les délais d'obtention pour les plus pointues d'entre elles, fabriquées dans des matériaux complexes et le plus souvent tout spécialement à l'unité, peuvent ralentir le rythme de ce chantier hors normes. 750 personnes employées pendant ces presque deux années ont assuré plus de deux millions d'heures de travail sur place et dans leurs ateliers spécialisés.
Partie nucléaire à l'Ile-Longue
La partie nucléaire, le coeur qui alimente et propulse le navire, lui procurant une autonomie quasi illimitée (*), ainsi que les systèmes de lancement des seize missiles, ne sont pas les parties les moins gourmandes du budget. Les opérations de démontage et remontage du coeur nucléaire font appel aux spécialistes les plus pointus du domaine, avec les exigeantes conditions de manipulation qu'on imagine. Toute cette partie s'effectue à l'Ile-Longue, dernière étape de l'incroyable puzzle.
* L'autonomie des SNLE n'est limitée que par les réserves de vivres embarquées et la résistance psychologique des équipages, occupés entre 60 et 70 jours par patrouille.


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