Les trésors de la laisse de mer
A marée haute, la mer dépose sur les plages un cordon d'algues mêlé d'objets insolites. Ces rejets constituent une grande richesse à préserver.
Les algues brunes représentent l'essentiel de la laisse de mer. Arrachées par les vagues, dans les eaux peu profondes de la zone de balancement des marées, elles sont transportées par les flots et s'échouent sur les plages. Cela fait partie du cycle de vie de ces grands végétaux.
Les laisses qui se déposent lors des grands flux d'équinoxe, en septembre et en mars, ne sont pas reprises par les prochaines marées. Il faudra attendre les vives eaux d'équinoxe suivantes pour que les vagues viennent les extraire du sable où elles se seront, petit à petit, enfouies. A certains endroits de la côte, la laisse de mer est formée par l'accumulation d'algues vertes. Cela révèle alors un déséquilibre engendré par un apport trop important de sels nutritifs d'origine terrestre.
A cette laisse de mer végétale viennent se mêler les cadavres d'animaux marins morts en mer. Ces restes, parfois bien embarrassants lorsqu'il s'agit de ceux d'une baleine, se retrouvent inexorablement rejetés sur le haut de la plage par le ressac.
Un indicateur des marées
Dans la laisse de mer, on trouve aussi des bois flottés qui terminent là des années de dérive. Nos très lointains ancêtres les utilisaient, ainsi que les stipes (entendez par là les « tiges »), des grandes laminaires, pour alimenter leurs feux.
- La laisse de mer joue un rôle écologique très importantdans le bon fonctionnement des écosystèmes littoraux. En pourrissant, les algues qui la constituent fertilisent le haut de la plage. Même si l'odeur n'est pas toujours agréable, leur décomposition nourrit les plantes de la dune voisine en sels minéraux.
-
Ces plantes retiennent le sable et ralentissent considérablement l'érosion de la côte. Cet amas d'algues échouées joue aussi un rôle de brise-lames et protège, directement, la dune de l'assaut des vagues. A l'opposé, le «jus» nourricier des algues en décomposition s' écoule, doucement, vers le bas de l'estran et vient enrichir les eaux côtières en sels minéraux, indispensables au développement du phytoplancton? La boucle est bouclée et la grande laminaire « devient » minuscule plancton.
Mais la laisse de mer n'est elle pas, avant tout, un repère sur nos côtes à marées ? Elle nous indique d'un seul coup d' ?il jusqu'où les vagues sont montées à l'assaut de la plage et par la même, nous renseigne sur le pouls de l'océan.
Ne souillons pas la laisse de mer...
Les laisses de mer deviennent, hélas, trop souvent des dépotoirs. On y trouve toutes sortes de détritus produits par les activités humaines. Ces objets sont composés de matériaux qui résistent, très longtemps, aux processus naturels de dégradation : une bouteille de plastique, par exemple, ne se fragmente pas, elle n'est pas grignotée par les détritivores comme les puces de mer et l'action des bactéries est inefficace à la réduire.
Ainsi, s'ils ne sont pas ramassés, les contenus de nos poubelles peuvent « errer » de grève en grève, repris par la mer à chaque marée d'équinoxe, pendant plusieurs dizaines d'années avant de disparaître.
Voici les temps de dégradation de quelques-uns de nos déchets :
? Mouchoirs en papier : deux mois
? Pelures d'orange : six mois
? Filtres de cigarettes : un à deux ans
? Chewing-gum et huile de vidange : cinq à dix ans
? Boulette de mazout : plusieurs mois
? Canette en aluminium : 100 ans
? Sacs et bouteilles plastique : 100 à 500 ans
? Bouteilles en verre : 4.000 ans.
Autres articles sur : Grande Bleue
Pratique
Nos copains de l'estran...
La puce de mer : tout en haut des plages, parmi les algues en décomposition, la puce de mer est un petit crustacé marin qui vit en bandes nombreuses. C'est l'habitant le plus connu de la laisse de mer. Ce petit crustacé amphipode joue un rôle écologique très important dans le recyclage des algues échouées.
La méduse : attention, une méduse, même échouée, conserve son pouvoir urticant.
Les vellèles : animaux proches des méduses, elles dérivent à la surface des eaux et s'échouent, parfois, en grande quantité.
La ponte du bulot : ces petites capsules agglutinées délivrent, chacune, des dizaines de buccins miniatures.
L' ?uf de raie : une petite raie autonome sort de cette « bourse du diable », huit mois après la ponte.
L' ?uf de roussette : petite et grande roussette sont deux espèces distinctes qui pondent des «bourses de sirène».
L'« os » de seiche : cette coquille interne maintient l'animal et l'aide à flotter car elle est poreuse et remplie de gaz.







Commentaires pour Laisse de mer