Pêche à la mouche. Gardien de la tradition
Trente ans qu'il en fabrique avec autant de conviction : sans Yann Le Fèvre, de Douarnenez, la tradition de la mouche bretonne aurait quasiment disparu. L'oeuvre d'un passionné qui sera parmi les premiers, samedi, pour l'ouverture de la pêche à la truite.
À l'heure où l'on délocalise allègrement à Taïwan, ils ne sont plus que trois en France à fabriquer leurs propres mouches. Celles du Douarneniste sont à son image : simples, discrètes mais efficaces. Des mouches de et pour les pêcheurs, précise Yann Le Fèvre, soulignant que sa passion de la pêche a toujours nourri celle du montage.
Depuis que Charlot, un charcutier de Lanvollon (22), l'a initié, à l'adolescence, Yann n'a plus jamais pratiqué d'autre type de pêche que la mouche. « C'est écologique ; on rejette le poisson à l'eau. Et puis, ça force à observer et donc à mieux connaître et défendre la rivière. C'est aussi une pêche plaisir. Quand on réussit à placer sa mouche à l'endroit choisi, c'est formidable même si on ne prend rien ». Le bonheur, c'est aussi de les fabriquer, ces petites mouches. Yann en a passé des heures à rencontrer les anciens, à les écouter lui expliquer comment ils faisaient leurs propres modèles. De ce patient mais si enrichissant travail de collectage est née une impressionnante collection privée. Yann s'en est inspiré pour créer ses propres montages.
« Il en faudrait 2.000 ! »
Uniquement des mouches sèches ; celles qui imitent les insectes prêts à prendre leur envol à la surface de l'eau. « Je ne fais pas de mouches noyées - qui imitent les nymphes qui montent à la surface de l'eau à l'éclosion des larves - car ce n'est pas mon type de pêche ». D'autre part, se refusant à fabriquer des répliques des insectes - « Il en faudrait 2.000 » -, Yann se situe résolument dans l'école impressionniste. Il joue sur la silhouette, la taille et les nuances de teintes : claires, mi-foncées et foncées. On est loin ici des couleurs chamarrées des mouches anglaises, comme celles que les paysans bretons récupéraient, autrefois, dans les arbres, après le départ des pêcheurs britanniques. De fait, Yann Le Fèvre n'utilise pas les plumes des oiseaux exotiques que les Anglais rapportaient des colonies. Mais des matériaux locaux : plume de paonne et bourre de sanglier pour le saumon et coq gris cendré, poils de lièvre et plumes molles de bécasse pour la truite.
Un vrai patrimoine
Tradition soit. Mais le coup de génie est d'avoir réussi à créer trois types de mouches polyvalentes, au large spectre, correspondant aux silhouettes basiques des trichoptères, éphémères et diptères. « Avec trois mouches que l'on décline en tailles et couleurs différentes, on peut pêcher partout ». Sa gamme « truite » est désormais aboutie ; le saumon suivra. Mais Yann n'a pas fini de prendre la mouche. Il travaille sur un projet de modèles pour la pêche en lac. Seul regret : qu'il n'existe pas en Bretagne, un lieu de mémoire dédié à la mouche traditionnelle, comme en Irlande ou en Angleterre. « Et pourtant, il s'agit d'un vrai patrimoine, au même titre que la faïence de Quimper ».







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