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Berlin. La métamorphose et les cicatrices du Mur

Dix-huit ans après la chute du mur, la capitale allemande garde encore quelques stigmates d'un demi-siècle de division. Mais les Berlinois savent aussi mettre l'histoire entre parenthèses pour profiter d'une métropole verte et créative.

Novembre 1989. L'horrible ruban de béton qui ceinturait l'ouest de la ville s'effondre. Devant les caméras du monde entier, le peuple de Berlin s'embrasse et fête déjà la réunification qui s'annonce. C'était il y a 18 ans. Depuis, la métropole a retrouvé son rang de capitale de toute l'Allemagne et s'est profondément transformée. Certes, le célèbre Checkpoint Charlie est toujours à la même place. Mais les deux sentinelles postées devant la guitoune ne font plus peur. L'un arbore un uniforme soviétique et l'autre a tout l'air d'un soldat US. Envie d'une photo entre deux fantômes de la guerre froide ? Il faudra débourser un euro, annonce l'écriteau. À dix mètres de là, c'est l'entrée du Mauermuseum, le musée du mur. Un incontournable pour qui veut se replonger dans la grande et la petite histoire d'une ville coupée en deux pendant un demi-siècle. Les unes de journaux, les films et autres reliques rappellent que Berlin fut non seulement l'un des points chauds du globe, mais aussi une communauté humaine fracturée par les aléas de la géopolitique.

Le « no man's land » fait place aux immeubles

Malgré sa mue impressionnante, la capitale fédérale n'a pas effacé toutes les cicatrices de sa division. Quelques pans colorés du fameux mur jalonnent encore la ville, comme sur Potsdamer Platz. Mais cet ancien « no man's land » est devenu le fief des immeubles de verre, des touristes et des hommes pressés munis d'attachés-cases. Dans la mémoire collective des Berlinois, la fin du régime communiste à l'Est évoque des moments très forts d'un point de vue émotionnel. C'est le cas de Maren, 48 ans, qui tient une mercerie à Zehlendorf, au sud-ouest de l'agglomération. « Quand je repense à la chute du mur, je revois les visages de tous ces gens de l'Est qui roulaient pendant des jours et des jours à bord de leur Trabant. Ils n'en revenaient pas de ce qu'ils découvraient à l'Ouest. » Évoquer cet épisode lui met la larme à l'oeil. Les anecdotes rejaillissent avec force car beaucoup de Berlinois ont vécu dans leur chair l'emprise du rideau de fer. Il y a ceux qui ont réussi à passer à l'Ouest, sans trop d'encombre, avant le blocus de 1948. Il y a aussi ces hommes et ces femmes qui ont déployé des trésors d'ingéniosité pour franchir le mur : en creusant d'improbables tunnels, ou bien en construisant des avions de toutes pièces. Au péril de leurs vies, bien souvent, comme on peut le voir au Mauermuseum, où des panneaux en français racontent ces folles tentatives. C'est là aussi qu'on peut découvrir l'épopée de Jutta Gallus, cette femme passée à l'Ouest qui brûla un jour la politesse au chancelier Kohl devant les caméras de télévision pour dénoncer la séquestration arbitraire de ses deux filles à l'Est.

Phare de la culture européenne

Etudiante originaire de Stahnsdorf, au sud-ouest de Berlin, Laura n'avait pas encore un an lorsque le mur est tombé. Elle n'ignore pas le passé de sa ville. Toutefois, Laura confie que les jeunes générations « ne s'en préoccupent plus vraiment et sont tournées vers l'avenir ». La vague de nostalgie autour de l'ancien régime communiste la laisse franchement indifférente. Il faut dire que Berlin ne manque pas de nouveautés et de créativité. Musique, mode, architecture... La capitale allemande a retrouvé son statut de phare de la culture européenne et de nombreux quartiers offrent aux visiteurs un visage futuriste. À commencer par le coeur politique de la république fédérale : le Reichstag. L'ancien parlement, dont l'incendie servit de prétexte à Hitler en 1933 pour s'emparer totalement du pouvoir, a conservé sa façade d'origine. Il est aujourd'hui surmonté d'un impressionnant dôme de verre et d'acier que l'on gravit de l'intérieur via une rampe en colimaçon. De tout là-haut, on peut admirer la porte de Brandebourg, redevenue artère et non plus frontière. Ainsi que Tiergarten, cette véritable forêt au coeur de la ville, symbole d'une métropole qui sait reprendre sa respiration pour mieux aborder ses propres bouleversements.

Pratique

Y aller.
En avion : au départ de Paris, Air France et Lufthansa proposent des vols quotidiens directs vers l’aéroport de Berlin-Tegel. Les compagnies à bas coût, Air Berlin et Easy Jet, occupent également le marché avec des dessertes quotidiennes au départ d’Orly. Depuis les aéroports bretons, possibilité de voyager sur Ryan Air au départ de Nantes et de Dinan via Londres-Stansted : les prix sont intéressants, mais il faut patienter plusieurs heures pour la correspondance.

En train, certains trajets promotionnels proposés par la SNCF ont des tarifs compétitifs, à condition de réserver plusieurs semaines à l’avance. Le voyage se révèle toutefois très long : comptez entre 9 et 12 heures de trajet entre Paris et Berlin.

Coût de la vie. Berlin est une ville relativement bon marché par rapport à d’autres grandes capitales européennes. Globalement, manger au restaurant revient moins cher qu’en France. Les kebabs et autres fastfoods à la mode locale (saucisses à toutes les sauces) y sont très nombreux et très bon marché. Un ticket de transport coûte 1,20 € et des cartes hebdomadaires permettent de se déplacer à moindre frais sur les nombreuses lignes de métro, de RER et de bus.

Bons plans. Visiter la ville par bateau en naviguant sur les quatre fleuves qui la traversent. Découvrir les marchés de Noël pendant la période de l’Avent. Arpenter les 180 musées de la ville, notamment dans le quartier de Museuminsel (l’île aux musées). Se promener dans les immenses espaces verts du centre-ville, on s’y sent comme en forêt. Déguster une bière en plein air dans le parc de Tiergarten. Manger un brunch à 8,50 € le dimanche, de 10 h à 16 h, chez Kuchenkaiser, dans le quartier de Kreuzberg (Oranienplatz).

Pour en savoir plus. www.visitberlin.de/francais/index.php

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